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Le Chlorate de potasse a une action physiologique faible ; on lui attribue un effet sédatif sur les systèmes nerveux et circulatoire, mais il est peu marqué. Il est diurétique. Son action principale se manifeste sur les muqueuses buccales, pharyngiennes, laryngiennes et nasales, qu'il excite et modifie. Son administration est suivie d'une salivation marquée et incommode ; son application médicale est en rapport avec cette propriété. C'est le remède de la stoma- . tite mercurielle et de la stomatite ulcéro-membraneuse. Au bout de 24 heures, quelquefois de 2 à 3 jours, les effets se manifestent et la guérison ne tarde pas. Sous son influence, la salivation se guérit même en continuant l'usage du mercure ; et, si on le donne d'avance, il empêche la salivation de se produire. On l'a employé avec quelque succès dans l'angine couenneuse et dans le croup, avec la précaution de ne pas se fier complètement à son action, si l'affection est grave, et de recourir au besoin aux autres médicaments connus. A l'extérieur, on s'en est servi comme topique des aphtes, des ulcérations de la stomatite ; il vient en aide à l'usage interne. La dose ordinaire est de 1 à A grammes en dissolution dans une potion gommeuse. On peut l'élever à 20 et 30 grammes par jour. Il faut se rappeler que ce sel est peu soluble et que la proportion d'eau doit augmenter avec celle du chlorate.
Cinq minutes après l'administration du chlorate de potasse on le
retrouve dans la salive, et, dix minutes après, dans l'urine. On a pu le retrouver aussi dans la sueur, le lait, le mucus nasal, la bile. Au bout d'une demi-heure l'élimination est à son maximum ; elle est achevée après 45 à 48 heures au plus. (M. Isambert. Thèse.)
Le chlorate de potasse ne contient pas d'eau de cristallisation. Ce sel est incolore; sa saveur est fraîche et acerbe; il cristallise en lames rhomboïdales. Il est soluble dans l'eau beaucoup plus à chaud qu'à froid; 100 parties d'eau à -f 15,4 en dissolvent 3,3 parties; à 49°,1, 6,9 pp.; à + 71°,9, 16 pp.; à + 104°,8, 60,2 pp.
11 détone vivement par le choc quand on l'a mêlé avec des substances combustibles. C'est une propriété qu'il ne faut pas perdre de vue quand on fait entrer le chlorate de potasse dans quelque mélange. Il doit être pulvérisé à part et mêlé aux autres substances, sans trituration et surtout sans choc brusque ; il en pourrait résulter une détonation funeste à l'opérateur.
On prépare le chlorate de potasse en faisant passer du chlore dans une dissolution de carbonate de potasse pur, marquant 30° à l'aréomètre; on continue à faire passer du chlore jusqu'à ce que la liqueur en soit sursaturée, époque à laquelle elle prend une couleur jaune prononcée. L'appareil se compose, du reste, d'un vase contenant les matières propres à fournir le chlore, d'un flacon qui sert à le laver, et d'un autre flacon qui contient la dissolution alcaline. Le tube qui plonge dans la potasse doit être très-large, autrement il s'obstruerait bientôt par le dépôt de chlorate de potasse qui s'y formerait ; on plonge par l'ouverture du flacon une tige de fer recourbée sur elle-même à son extrémité, de manière à former deux branches parallèles : la plus longue sort du flacon ; on la tient à la main, et elle donne le moyen de guider la branche plus courte, que l'on fait mouvoir dans l'intérieur du tube pour le désobstruer. M. Berzélius conseillait, pour le même objet, d'attacher à l'extrémité du tube, au moyen d'un tube de caoutchouc, un entonnoir de verre. Le courant du gaz est assez fort pour détacher continuellement la couche mince du sel qui se forme à la surface de l'entonnoir.
On observe, quand le chlore arrive dans la liqueur, qu'il se fait un dépôt de sel ; c'est du chlorure de potassium mêlé souvent de bicarbonate de potasse, suivant l'observation de M. Geiger; plus tard, c'est du chlorate de potasse qui se dépose et qui reste mêlé de chlorure de potassium. Le chlore, en agissant sur le carbonate, en déplace l'acide carbonique, qui se porte sur la potasse non décomposée et constitue du bicarbonate de potasse. Celui-ci est dé-
composé à son tour à mesure que la proportion du chlore augmente dans la liqueur. L'action du chlore sur l'oxyde alcalin donne d'abord un hypochlorite de potasse et du chlorure de potassium ; le chlore s'erflpare du potassium de l'alcali pour former du chlorure de potassium, et l'oxygène de la potasse se combine à une autre partie de chlore, et le fait passer à l'état d'acide hypoehloreux, et, par suite, à l'état d'hypochlorite. Fait-on arriver un excès de chlore dans la liqueur, celui-ci, par sa tendance à se combiner avec le potassium, décompose la base de l'hypochlorite, forme du chlorure de potassium et met en liberté de l'oxygène et de l'acide hypochloreux, en même temps que du chlore devient libre et peut réagir sur une nouvelle quantité d'hypochlorite. C'est après cette décomposition que le chlorate se forme par une action secondaire ; soit que le chlorure ou l'hypochlorite de la liqueur soit oxydé directement par l'acide hypoehloreux, soit que l'équilibre, une fois rompu par l'action du chlore, les éléments qui restent, savoir : oxygène, acide hypoehloreux et hypochlorite, réagissent pour former le composé le plus stable, savoir : le chlorate de potasse. Une fois que la liqueur contient un excès de chlore, il suffit de laisser réagir spontanément pour que le chlorate se forme. On peut aider la réaction par une chaleur de 80e à 100; mais alors on perd toujours 2 à 3 p. 100 d'oxygène.
Quand le chlore cesse d'agir, les produits sont un dépôt cristallin qui est un mélange de chlorate de potasse et de chlorure de potassium, une liqueur qui contient beaucoup d'hypochlorite de potasse en dissolution, mêlée d'un peu de chlorate et de beaucoup de chlorure. On reçoit le dépôt salin sur un entonnoir pour le laisser égoutter, et l'on soumet la liqueur à l'ébullition dans un vase évaporatoire en grès, jusqu'à ce qu'elle ait perdu l'odeur propre aux hypochlorites. A cette époque on la laisse refroidir; on recueille le sel qui s'est déposé, et on rejette l'eau mère, qui ne contient que des traces de chlorate de potasse. Pendant la concentration, l'hypochlorite de potasse s'est décomposé : il s'est changé en chlorure de potassium et en chlorate de potasse ; mais cette réaction est toujours accompagnée d'un dégagement de gaz oxygène.
Les sels obtenus sont réunis ; on les pèse à l'état humide, et on les fait dissoudre à l'ébullition dans deux fois leur poids d'eau. Le eblorate de potasse se dépose presque pur par le refroidissement ; on le purifie en le faisant dissoudre de nouveau dans l'eau et le laissant cristalliser. Il est pur quand il ne précipite plus la dissolution de nitrate d'argent. Les eaux mères, par de nouvelles
cristallisations, peuvent donner encore du chlorate de potasse.
On a proposé de se servir du chlorure de chaux pour la préparation du chlorate de potasse ; l'opération consiste à changer l'h vpochlorite en chlorate par l'action de la chaleur, à dissoudre Mans l'eau et à ajouter du chlorure de potassium. Il en résulte une double décomposition qui donne lieu à la formation du chlorate de potasse; mais, jusqu'à présent, ce procédé a été peu avantageux parce qu'il faudrait, avant tout, éviter la déperdition d'oxygène qui se fait quand on chauffe le chlorure de chaux et que l'on n'en connaît pas le moyen. Mieux vaudrait sans doute faire passer un excès de chlore dans la solution mixte d'hypochlorite de chaux et de chlorure de calcium additionnée de chlorure de potassium.
Le chlorate de potasse du commerce est souvent impur. Le plus souvent il renferme du chlorure de potassium ; alors la dissolution donne, avec le nitrate d'argent, un précipité blanc caillebotté insoluble dans l'acide nitrique et soluble dans l'ammoniaque.
On a mêlé par fraude le chlorate de potasse avec du mica ou du nitmte de potasse. Le premier se reconnaît aisément, fiuisqu'il est insoluble dons l'eau. Un chlorate mêlé de nitre étant mélangé d'un peu d'eau et de tournure de cuivre, puis additionné d'un peu d'acide sulfurique, donne des vapeurs rutilantes ni t reuses, tandis que le chlorate pur ne peut donner que des vapeurs jaunes d'oxyde de chlore.