DES PRÉPARATIONS DU MERCURE
forte, il ne peut s'y unir; bien plus, cette forte chaleur sépare l'oxygène des oxydes de mercure. Le nombre proportionnel du mercure est 162,58 = Hg.
Il y a deux oxydes de mercure : le protoxyde Hg'O n'existe qu'en combinaison avec les acides ; quand on l'en sépare par un alcali, il se partage en mercure et en deutoxyde. Le deutoxyde a pour formule HgO. Il y a des sulfures, chlorures et iodures de mercure, correspondant à ces deux oxydes.
Sels de mercure, — Il est important, sous le rapport chimique et sous le rapport médical, de distinguer les sels de protoxyde et de deutoxyde de mercure. Chimiquement, ces sels ont comme caractère commun de donner du mercure quand on les chauffe avec un carbonate alcalin, de former sur une plaque de cuivre une tache blanche de mercure, qui disparait en chauffant.
Sels mercureux. — Blancs ou jaunâtres, les alcalis y forment un précipité noir, le cyanoferrure de potassium un précipité blanc, le cyanoferride un précipité rouge brun. L'acide sulfhydrique et les sulfures alcalins les précipitent en noir; le précipité n'est pas soluble dans un excès de sulfure. L'iodure de potassium les précipite en jaune verdàtre, et le chromate de potasse en rouge vif. L'acide chlorhydrique et les chlorures alcalins y forment un précipité blanc, que le chlore peut dissoudre.
Sels mercuriques. — La potasse y forme un précipité jaune d'oxyde de mercure; l'ammoniaque les précipite en blanc; le carbonate de potasse les précipite en rouge, le carbonate d'ammoniaque en blanc.
Le cyanoferrure potassique donne un précipité blanc qui bleuit à l'air. L'acide hydrosulfurique et les sulfures donnent un précipité gris, qui passe au jaune rougeâtre et au noir par une plus grande quantité de liqueur sulfurée. L'iodure de potassium donne un précipité d'un rouge vif, soluble dans un excès de l'un ou de l'autre sel. Le chromate de potasse les précipite en jaune rouge. L'acide chlorhydrique et les chlorures n'y forment pas de précipité.
Propriétés médicinales du mercure. — Le mercure employé par les Arabes dans le traitement des maladies de la peau, a été appliqué au traitement des maladies vénériennes par Bérenger, de Carpi et par Fallope. L'usage continué de ses diverses préparations amène un état de cachexie ; le malade est pâle ; son sang, sans consistance, ne donne qu'un caillot très-mou ; et comme conséquences surviennent des hémorrhagies et l'anasarque.
De l'usage continué du mercure résulte, chez un grand nombre
d'individus, une salivation abondante qui oblige à interrompre le traitement. Les gencives sont gonflées, douloureuses, couvertes d'une pellicule blanche ; le malade perçoit une saveur métallique ; son haleine est fétide ; si on continue l'emploi du mercure, le pharynx et la voûte du palais s'enflamment et finissent par s'ulcérer. Le remède à ce fâcheux état est la suspension de l'administration des préparations mercurielles ; puis l'on combat la salivation par les gargarismes de borax ou d'essence de térébenthine, ou par la cautérisation à l'aide de l'acide hydrochlorique, et surtout par l'emploi à l'intérieur du chlorate de potasse.
Chez les individus qui sont exposés à respirer les vapeurs du mercure, il se manifeste des accidents plus graves et presque incurables; c'est une diminution de l'intelligence, de la manie avec hallucinations, des tremblements, et enfin la paralysie.
Les maladies principales auxquelles on applique l'usage du mercure sont, au premier rang, la vérole dont il est le spécifique, puis les maladies des os, les scrofules, les affections de la peau. A l'extérieur, c'est un puissant modificateur des tissus sur lesquels on l'applique. Son emploi domine toute la thérapeutique des maladies de la peau.
Quelquefois, pour arrêter des phlegmasies menaçantes, on provoque à l'aide du mercure une saturation de l'économie qui détermine une salivation et un état cachectique qui met le sang hors d'état de produire ou d'entretenir un état inflammatoire.
CHLORUKE DE MEKCUKE.
Le chlore se combine avec le mercure en 2 pp. : le Protochlorure de mercure a pour formule Hg'Cl ; la formule du Deutochlorure est HgCl.
DEUTOCIILOUURE DE MERCURE.
(Chlorure merourîque. Bichlorure de mercure, Muriate oxygéné de mercure, Sublimé oorro.if.)
HgCl.
Le Deutochlorure de mercure, ou sublimé corrosif, est blanc ; sa saveur est excessivement àcre et désagréable. C'est un poison des plus énergiques ; il est volatil, plus que le protochlorure de mercure; il est peu soluble dans l'eau : 100 parties d'eau à 10° dissolvent 0,57 de sel, à 20°, 7,39, et à 100°, 53,9G parties ; il se dépose
par le refroidissement en cristaux qui ne contiennent pas d'eau; il est plus soluble dans l'alcool que dans l'eau ; il faut moins de trois parties d'alcool froid pour le dissoudre ; il est beaucoup plus soluble encore dans l'alcool chaud.
On le prépare par la double décomposition du deutosulfate de mercure et du chlorure de sodium.
On pulvérise séparément chacune de ces matières ; on les mélange exactement, et on en remplit à moitié des matras de verre à fond plat ; on place ces matras sur un bain de sable, où on les enterre jusqu'au col. Après trois à quatre jours, on commence le feu ; celui-ci se fait ordinairement au moyen du bois, qui donne une chaleur suffisante, et qui permet plus facilement d'activer le feu sur un point ou sur un autre. Le bain de sable doit d'ailleurs être placé sous une hotte qui tire bien. On chauffe d'abord doucement pour dégager l'humidité que la matière peut retenir. Tant qu'il en sort, on laisse les matras ouverts ; quand elle parait tout à fait dissipée, on enlève du sable pour que chaque matras ne soit couvert qu'à moitié, l'on met sur chacun d'eux un petit pot renversé, et Ton augmente le feu ; il doit être conduit régulièrement, et n'être ni trop faible ni trop fort; il faut qu'il soit suffisant pour déterminer la volatilisation du sublimé, et qu'il ne soit pas assez fort pour qu une partie du sublimé s'échappe en vapeurs. Il faut alternativement abaisser et augmenter le feu. Si l'on s'apercevait que du sublimé se perdit, on dégarnirait immédiatement le haut du matras du sable qui le recouvre. L/opération dure huit à dix heures. Quand elle est terminée, on donne un coup de feu pour fondre le sublimé, afin que les pains aient de la cohérence : cette partie de l'opération est difficile ; car, si l'on chauffe trop, on perd une partie du produit. On recouvre les matras de sable chaud, et on les laisse refroidir lentement, de peur qu'ils ne se brisent en morceaux ; quand ils sont froids, on les casse, et l'on enlève les pains de sublimé corrosif qui se sont formés.
Le sulfate de mercure, que Ton emploie à l'opération précédente, est quelquefois tout entier à l'état de sulfate de deutoxyde ; assez souvent cependant il contient un peu de sulfate de protoxyde, et c'est pour cette raison, comme nous le dirons bientôt, que Ton ajoute du peroxyde de manganèse. La formation du sublimé ré-
Pr. : Deiilosulfate de mercure
Sel marin décrépi té
Peroxyde de manganès»;.
suite d'un échange qui se fait entre le chlorure de sodium et l'oxyde du sulfate de mercure ; \ pp. de sodium cède 1 pp. de chlore, et prend 1 pp. d'oxygène, d'où résulte 1 pp. de soude qui se combine à l'acide sulfurique du sulfate de mercure ; 1 pp. de mercure, qui a cédé 1 pp. d'oxygène au sodium, prend 1 pp. de chlore que celui-ci a abandonnée, et il en résulte du deutochlorure de mercure qui se volatilise.
Éléments de la réaction :
Sodium 4 pp. -|~ chlore 4 pp. = chlorure de sodium. Mercure 4 pp. -f oxygène I pp. = deutoxyde de mercure.
Le produit est :
Sodium 1 pp. -f- oxygène I pp. = oxyde de sodium. Mercure i pp. chlore 1 pp. = deutochlorure.
Si Ton opérait la décomposition entre le sel marin et le sulfate de protoxyde de mercure, comme la base de celui-ci ne contient qu'une demi-proportion d'oxygène, il ne se ferait qu'une demi-proportion de soude, et il ne se séparerait qu'une demi-proportion de chlore, qui, se combinant avec la proportion de mercure, donnerait du protochlorure de mercure : c'est ce qui arrive toujours en partie dans l'opération précédente, parce que le sulfate de mercure que l'on emploie contient presque toujours du sulfate de protoxyde. Mais cela est peu important dans une fabrication continue, parce que, le mercure doux étant moins volatil que le sublimé corrosif, il ne se volatilise qu'en dernier, et on le retrouve à la partie inférieure des pains.
L'oxyde de manganèse a pour effet de s'opposer à cette formation de protochlorure. L'excès d'acide sulfurique que contient le sulfate, favorise la séparation d'une partie de l'oxygène du peroxyde de manganèse. Cet oxygène se porte sur le sodium, et met du chlore en liberté : celui-ci fait passer à l'état de deutochlorure le mercure doux qui s'est formé par la décomposition mutuelle du sel marin et du protosulfate de mercure. C'est une action toute pareille à celle par laquelle on produit le chlore au moyen du sulfate acide de potasse du sel marin et de l'oxyde de manganèse dans le procédé de Mohr.
On peut éviter l'emploi de l'oxyde de manganèse et tout convertir en sublimé; il faut pour cela que le sulfate ne contienne que du deutoxyde de mercure. Pour s'en assurer, quand le sulfate de mercure est préparé, on en jette un peu dans une dissolution bouillante de sel marin. S'il ne donne pas de précipité, c'est qu'il est tout entier à l'état de deutosulfate; s'il donne un précipité, il faut l'humecter avec de l'acide sulfurique et chauffer de nouveau.
nu MERCURE. 461
Emploi médicinal du sublimé corrosif. — Le sublimé corrosif, employé d'abord dans les maladies scrofuleuses, a été, vers le seizième siècle, appliqué à la guérison des maladies vénériennes. C'est un agent actif, mais redoutable, dont l'administration exige une grande circonspection.
L'une des propriétés remarquables du sublimé corrosif est celle qu'il possède de se combiner avec certaines matières et certains tissus organiques : elle offre, sous le point de vue médical, un intérêt
Quand on fait tremper dans une dissolution de sublimé corrosif un tissu organisé, du bois, de la chair, de la peau, des intestins, etc., le sublimé corrosif est absorbé par ces parties ; elles contractent avec lui une combinaison ; en même temps qu'elles prennent de la consistance, elles deviennent imputrescibles. Cette propriété a été mise à profit pour la conservation des animaux ou des parties d'animaux.
Le sublimé corrosif mis en contact avec de l'albumine coagulée produit le même phénomène : si l'albumine est à l'état de dissolution, il se fait un précipité qui est constitué par une combinaison d'albumine et de sublimé corrosif. Cette combinaison est fort peu soluble dans l'eau, mais elle est soluble dans un excès de liqueur albumineuse : elle est soluble aussi dans les chlorures alcalins (chlorures de sodium, de potassium), et surtout dans le chlorure ammonique.
M. Lassaigne a prouvé que le sublimé corrosif est combiné à la matière animale, sans avoir éprouvé de changement. Le composé albumineux serait formé, suivant ce chimiste, de 93,55 parties d'albumine et 6,43 de sublimé corrosif.
Les observations précédentes s'appliquent le plus heureusement à quelques points de la pratique médicale ; et d'abord, dans le cas d'empoisonnement par le sublimé corrosif, l'eau albumineuse devient d'un bon secours, en transformant le poison en une matière insoluble, moins corrosive et moins vénéneuse ; mais, comme elle se redissout dans un excès d'albumine, il faut avoir le soin de l'expulser en provoquant des vomissements.
Le sublimé corrosif commence par contracter une combinaison avec le tissu de l'intestin ; mais les chlorures et l'albumine amenés sans cesse par la circulation redissolvent peu à peu le composé formé, qui, sous cette nouvelle forme, parcourt l'économie sans pouvoir être coagulé de nouveau et sans offrir le même danger que le sublimé corrosif isolé.
En partant de cette donnée incontestable, M. Mialhea conseillé d'associer toujours le sublimé destiné à l'usage interne avec des chlorures alcalins et l'albumine, de manière à ce que l'absorption s'en fasse directement et sans combinaison préalable avec les tissus. Sans se rendre un compte exact de cette réaction, les médecins savaient déjà que l'on pouvait dulcificr le mercure en l'associant à des matières albuminoïdes ; le lait, les émulsions d'amandes, le lait de poule, le blanc d'œuf ou la farine, par la matière caséeuse ou l'albumine qui s'y trouvent, réalisent en partie cette édulcoration du sublimé. Le même effet est produit d'une manière plus complète dans diverses préparations, et en particulier dans les biscuits que le docteur Ollivier a imités des gâteaux mercuriels de Bru.
Il ne faudrait pas croire, toutefois, que les matières d'origine organique ont toutes une même action sur le deutochlorure de mercure ; le sirop de sucre pur, en particulier, ne le décompose pas. Il en est plusieurs qui le décomposent lentement, en le transformant successivement en protochlorure de mercure, puis en mercure métallique. Telle est la manière d'agir des liqueurs chargées dê la partie extractive des plantes, des sirops composés, des extraits. Le médecin doit tenir compte de ces effets, et ne faire faire de semblables mélanges qu'au moment où ils doivent être employés. Le sirop sudoritique composé, ou de Cuisinier, dans lequel on administre souvent le sublimé corrosif, est l'une des préparations qui produisent le plus promptement cet effet de réduction.
Les préparations qui ont pour base le sublimé corrosif, doivent être soigneusement distinguées en deux séries : celles dans lesquelles le sublimé corrosif n'a éprouvé aucun changement; celles où il est en tout ou en partie décomposé, ou bien où il a contracté quelque combinaison qui modifie ses propriétés.
lo Préparations qui contiennent le sublimé corrosif sans altération.
On dissout le sublimé corrosif dans l'alcool, et l'on ajoute l'eau distillée. Dix grammes de cette liqueur contiennent un centigramme de sublimé corrosif. (Voy. Liqueur normale mercuhielle, p. 407.)