TARTRATE DE MERCURE
2HgO, H- T + 2Aq.
On connaît deux combinaisons de l'acide tartrique avec les oxydes de mercure, savoir : le tartrate mercureux, ou tartrate de protoxyde, et le tartrate mercurique ou tartrate de deutoxyde; le premier est le seul qui figure dans le Codex.
Le tartrate mercurique s'obtient aisément en versant de l'acide tartrique dans une dissolution d'acétate mercurique ; il se précipite aussitôt ; on le purifie par les lavages, et on le fait sécher à l'abri de la lumière. C'est un sel extrêmement peu soluble dans l'eau, sous la forme d'une poudre blanche légère, d'une saveur métallique. Il se dissout aisément dans l'acide tartrique ; la lumière ne l'altère pas.
Le tartrate mercureux, ou tartrate de mercure médicinal, est un sel blanc micacé, d'une saveur mercurielle faible, qui n'a ni couleur ni odeur. Il est insoluble dans l'eau et facilement soluble dans l'acide tartrique ; la lumière l'altère rapidement, aussi faut-il le conserver dans des flacons couverts de papier noir ; autrement la portion du sel qui reçoit les rayons lumineux noircit. Ce sel est formé de : protoxyde de mercure, 2 pp., acide tartrique, 2 pp., eau, i pp.
Pour préparer du prototartrate de mercure, on fait dissoudre du proto-azotate de mercure dans de l'eau faiblement acidulée par l'acide azotique, ainsi qu'il a été dit (page 500), et l'on verse cette dissolution dans une dissolution de tartrate de potasse. 11 se fait aussitôt un précipité de tartrate de mercure ; on le fait sécher à l'abri de la lumière, et on le conserve à l'obscurité.
La formation de ce sel provient de la double décomposition de
l'azotate de mercure par le tartrate de potasse, d'où résulte de l'azotate de potasse qui reste en dissolution, et du tartrate de mercure qui se dépose. Il faut se servir d'une dissolution d'azotate de mercure aussi peu acide que possible, pour éviter qu'il ne se fasse de la crème de tartre, qui se mêlerait au sel mercuriel ; pour la même raison, il vaut mieux verser le sel de mercure dans le sel de potasse, que d'opérer d'une manière inverse. Il est important de ne pas sécher ce sel à la chaleur, car elle le décompose avec une singulière facilité.
On ne pourrait préparer ce sel avec le protoxyde de mercure et l'acide tartrique, car on obtiendrait, pour la plus grande partie, du tartrate de deutoxyde et du mercure métallique.
On trouve cité dans toutes les pharmacopées un tartrate double de potasse et de mercure : tout ce qui a été employé comme ter jusqu'à présent a été un mélange en proportions variables de tartrate de mercure, de tartrate de potasse neutre et de crème de tartre. C'est ce sel double, à base variable de protoxyde et de peroxyde de mercure, qui devait faire partie de la liqueur de Pressavin, abandonnée avec raison par les praticiens comme un médicament infidèle.
Suivant M. Burckhart, on obtient un tartrate de mercure potassé en faisant bouillir 1 partie de crème de tartre avec 3 parties de protoxyde de mercure (si l'on employait les proportions inverses, le protoxyde de mercure serait décomposé), ou en faisant bouillir le tartrate neutre de mercure avec la crème de tartre. Le sel double cristallise en petits prismes transparents ; il est insoluble dans l'eau et très-altérable par la lumière. Le tartrate de bioxyde de mercure potassé se prépare de préférence en faisant bouillir du tartrate de deutoxyde de mercure avèc du tartrate neutre de potasse. 11 se fait par refroidissement des cristaux blancs prismatiques à peine solubles dans l'eau. Ces deux sels mercuriels n'ont pas été analysés, et je doute qu'ils constituent des composés bien définis.
CYANUHE DE MEKCLHE (Cyanure mcrcurique, Prutsiete de mercure.)
: HgCy.
Le cyanure de mercure correspond au deutoxyde et au bichlorure de mercure. Le cyanure de mercure est incolore ; sa saveur est désagréable ; il est vénéneux *. il cristallise en prismes rhomboïdaux
DU MEKCURE.
qui ne contiennent pas d'eau de cristallisation ; il est soluble dans l'eau et plus à chaud qu'à froid. Suivant M. Dominé, 100 pp. d'eau à -f dissolvent 5,47 de cyanure, et à + 100" en dissolvent 37. Le cyanure de mercure est soluble dans l'alcool, qui, à + 13° en dissout 1/10 de son poids et trois fois plus à l'ébullition. On prépare ce sel de la manière suivante :
Pr. : Bleu de Prusse 4
On réduit en poudre très-fine, sur un porphyre, l'oxyde de mercure et le bleu de Prusse, on les fait bouillir dans une capsule de porcelaine ou de grès, avec 40 parties d'eau ; quand la matière a pris une couleur d'un brun clair, on sépare le liquide par la filtration et l'on fait bouillir le résidu pendant quelques instants avec une nouvelle quantité d'eau ; on filtre encore ; on évapore les liqueurs et on les laisse cristalliser.
Il arrive assez souvent que l'on n'obtient pas du premier coup du cyanure de mercure pur : s'il est pur, on le reconnaît à ce qu'il est incolore, à ce que sa dissolution l'est également, et à ce que les cristaux sont nets, à faces planes et sans végétations en choux-fieurs. Une liqueur colorée annonce un excès de fer, des cristaux mamelonnés annoncent un excès d'oxyde de mercure ; dans le premier cas, on fait digérer le cyanure de mercure avec de l'oxyde de mercure pour achever de précipiter le fer ; mais alors on forme une partie de cette combinaison d'oxyde de mercure et de cyanure de mercure, qui cristallise en agglomérations mamelonnées ; pour la détruire, on fait passer un peu d'hydrogène sulfuré jusqu'à ce que la liqueur, bien agitée, conserve une légère odeur d'acide hydrocyanique. L'hydrogène sulfuré décompose une partie de cyanure de mercure en formant du sulfure noir qui se dépose et de l'acide hydrocyanique ; tant qu'il y a de l'oxyde de mercure dans la liqueur, l'acide hydrocyanique le décompose en eau et en cyanure mercuriel, et, aussitôt que l'odeur hydrocyanique persiste après l'agitation, c'est une preuve que tout l'oxyde de mercure a été transformé ; à cette époque on filtre, on évapore et l'on fait cristalliser.
Quant à la réaction de l'oxyde de mercure sur le bleu de Prusse, elle est fort simple. Le bleu de Prusse contient du protocyanure et du deutocyanure de fer ; il s'établit un échange entre ces deux composés et l'oxyde de mercure, d'où il résulte du cyanure de mercure, du protoxyde et du deutoxyde de fer ; ce sont ces deux oxydes qui
Oxyde de mercure Eau distillée
se déposent et qui forment le résidu de l'opération avec l'alumine que le bleu de Prusse du commerce contient toujours à l'état de mélange.
Winckler a conseillé, pour préparer le cyanure de mercure, de prendre l'acide obtenu par le procédé de Pessina : on met à part une partie de l'acide, et on verse le reste sur de l'oxyde de mercure pulvérisé ; on agite jusqu'à ce que l'odeur hydrocyanique ait disparu ; la liqueur contient de l'oxydocyanure de mercure ; on la sépare et l'on y mêle l'acide hvdrocyaniquc que l'on a conservé, dans la proportion convenable pour transformer l'oxydocyanure en cyanure simple ; on filtre, on évapore et l'on fait cristalliser. Il est à remarquer qu'il faut employer assez d'eau pour dissoudre le cyanure de mercure formé ; si la liqueur conservait l'odeur prussique en même temps qu'il resterait de l'oxyde non attaqué, ce serait une preuve que l'eau manquerait ; il faudrait en ajouter. Ajoutons qu'au lieu d'oxyde de mercure pulvérisé, il est préférable de prendre l'hydrate d'oxyde de mercure obtenu par la décomposition d'un sel de deutoxyde au moyen de la potasse.
On prépare encore le cyanure de mercure par le procédé suivant, indiqué par M. Liebig et modifié par M. Dominé :
Pr. : Perrocyanure de potassium 2
Sulfate mercuriqnc 3
Eau bouillante 15
On fait bouillir pondant un quart d'heure et l'on filtre. On évapore à siccité à une chaleur très-modérée, et l'on reprend la masse à l'ébullition par l'alcool à 90e (36° Cart.), qui dissout le cyanure de mercure et qui laisse le cyanure de fer et le sulfate de potasse.
Propriétés médicinales. — Le cyanure de mercure a été vanté, comme étant le plus puissant des antisyphilitiques ; on a prétendu qu'il ne causait jamais de salivation , de cardialgie , de diarrhée ; mais malgré tous ces éloges il est à peu près abandonné. M. Mialhe croit qu'en présence des chlorures alcalins et par conséquent dans l'économie, il se charge en bichlorure de mercure et en acide cyanhydrique.
Oxydocyamire de mercure. — Il forme de petits cristaux aciculaires qui sont l)eaucoup plus solubles que le cyanure simple de mercure. L'oxydocyanure de mercure est mal connu dans sa composition, qui, probablement, est susceptible de varier.
On le prépare en faisant digérer dans l'eau 100 parties de cyanure de mercure et 22 parties d'oxyde de mercure ; on filtre et on éva-
pore à siccité à une chaleur très-douce, car ce composé est facilement décomposable par la chaleur.
L'oxydocyanure de mercure a été préconisé par M. Parent, comme un remède très-efficace. C'est un médicament fort actif, qu'il ne faut employer qu'avec une grande prudence. (Il est à peu près inusité.)
CYANO-OYDRARGYRATE D'IODURE DE POTASSIUM.
Kl + HgCy.
Ce sel résulte de la combinaison de 1 pp. de cyanure de mercure, 1 pp. d'iodure de potassium. Il forme de belles paillettes blanches nacrées ; il est soluble dans l'eau, peu soluble dans l'alcool froid, mais très-soluble dans l'alcool bouillant ; les acides le décomposent instantanément en précipitant du biiodure de mercure. On prépare ce sel en mélangeant deux solutions, l'une de cyanure de mercure, l'autre de biiodure, et faisant cristalliser.
Ce sel a été employé avec succès contre des affections syphilitiques rebelles. (Inusité aujourd'hui.)
lODURE DE MERCURE.
Deux combinaisons d'iode et de mercure sont employées en médecine, savoir : le proto-iodure et le deuto-iodure de mercure.
Ces deux iodures sont employés tant à l'intérieur qu'à l'extérieur contre les maladies vénériennes et scrofuleuses.