OXYDE D'OR
Il est employé en médecine. M. Chrestien le recommandait surtout contre les maladies scrofuleuses. On l'administre en frictions sur la langue à la dose de 5 milligrammes à 5 centigrammes. On en fait aussi des tablettes ou des pilules.
M. L. Figuier indique le procédé suivant comme donnant le plus fort produit et l'oxyde d'or le plus pur :
On dissout une partie d'or dans 4 parties d'eau régale ; on évapore presque à siccité et l'on reprend par l'eau ; il reste un peu d'or métallique et de sous-chlorure d'or que l'on redissout par un peu d'eau régale et l'on évapore la solution comme la première. A cette dissolution de chlorure d'or on mélange une dissolution d'une partie de chlorure de bary um. On ajoute alors aux liqueurs un faible excès de potasse caustique qui précipite la presque totalité de l'or à l'état d'aurate de baryte très-lourd et très-facile à laver par décantation. Cet aurate de baryte bién lavé est traité par l'acide azotique étendu qui dissout la baryte et laisse l'oxyde d'or qu'on lave par décantation.
Ce procédé a l'avantage de ne laisser que des quantités insignifiantes d'or dans les liqueurs.
Les eaux mères qui proviennent du lavage de l 'aurate de baryte sont concentrées par l'évaporation ; on précipite ensuite la baryte par l'acide sulfurique ; on décante et on précipite l'or à la manière ordinaire par le sulfate de fer.
Pelletier a donné aussi un bon procédé pour la préparation de l'oxyde d'or.
On prend du chlorure d'or, qui a été privé par l'évaporation du trop grand excès d'acide qu'il contient ; on le dissout dans environ 40 fois son poids d'eau distillée et on le met sur le feu dans une capsule de porcelaine, avec un excès de magnésie caustique (4 parties pour i de chlorure d'or) ; on chauffe légèrement ; on lave le précipité à l'eau froide à plusieurs reprises, et l'on a soin de conserver les eaux de lavage.
On met le précipité lavé en contact avec de l'acide nitrique trèspur étendu de 20 parties d'eau; on lave l'oxyde d'or qui reste, d'abord avec de l'eau acidulée par de l'acide nitrique, puis avec de l'eau pure, jusqu'à ce que les liqueurs ne précipitent plus ni par l'azotate d'argent ni par le phosphate de soude, et on le fait sécher à l'air libre et à l'abri de la lumière. Le produit est de l'oxyde d'or hydraté d'une couleur jaune rougeâtre.
La théorie de ce procédé est celle-ci : la magnésie décompose presque complètement la dissolution d'or, il se fait du chlorure de magnésium soluble qui reste en dissolution, et il se précipite une
combinaison insoluble d'oxyde d'or et de magnésie (aura te de magnésie) ; cependant une faible quantité d'or reste dans les liqueurs. Le grand avantage du procédé de Pelletier consiste précisément dans cette précipitation presque complète de l'oxyde d'or. L'acide azotique, en agissant sur l'aurate de magnésie insoluble, s'empare de la magnésie et laisse l'oxyde d'or à l'état d'hydrate; si l'on employait de l'acide azotique fort, l'oxyde aurait une couleur brune et contiendrait moins d'eau. L'acide azotique, en agissant sur l'aurate de magnésie, entraîne aussi un peu d'or en dissolution.
Pelletier a conseillé, pour retirer l'oxyde d'or de la liqueur magnésienne, de l'évaporer à siccité et de la reprendre par l'eau, et cela à plusieurs reprises; mais j'ai vu que le dépôt qui restait alors contenait et de l'or et de la magnésie ; que quatre à cinq évaporations successives ne dépouillaient pas la liqueur de tout l'or qui y était contenu ; aussi je préfère précipiter de suite cès liqueurs magnésiennes par le sulfate de fer pour en retirer l'or métallique qui y est contenu et qui sert pour une autre opération.
Les liqueurs azotiques retiennent aussi de l'or en dissolution, bien qu'en plus petite quantité ; le mieux est de les évaporer à siccité, de chauffer un peu fortement le résidu, et de reprendre par un acide faible qui laisse l'or métallique.
Je dois parler encore de la préparation de l'oxyde d'or par le procédé de M. Chrestien, parce que ce procédé est encore recommandé par de bonnes pharmacopées.
On se procure une dissolution peu acide de chlorure d'or ; on la met dans un matras de grande capacité, on la porte à une température voisine de l'ébullition et l'on y ajoute par petites parties une dissolution de bicarbonate de potasse jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'effervescence et, dit-on, jusqu'à ce que la liqueur ne soit plus colorée ; on lave le précipité qui est l'oxyde d'or, et on le fait sécher à l'abri de la lumière et de la chaleur.
Quand la liqueur cesse de faire effervescence, elle est encore colorée, et une nouvelle quantité de bicarbonate n'en précipite pas l'or qui y est contenu en assez grande quantité. En abandonnant ia liqueur à elle-même, elle laisse déposer à la longue de l'oxyde d'or sous la forme d'une poudre noire ; mais on obtient moins d'oxyde par ce procédé que par celui de Pelletier ou de Figuier.
Dans la préparation de l'oxyde d'or, on ne peut recourir à l'emploi de la potasse ou de la soude caustique, à cause de la propriété que possède l'oxyde d'or de former avec ces alcalis des combinaisons solubles ; en effet, quand on verse de la potasse dans une dissolution
de chlorure d'or (le chlorure restant en excès), le précipité ne se fait de suite qu'autant que Ton élève la température ; c'est de l'oxyde d'or qui retient du chlorure d'or et de la potasse ; la liqueur retient une forte quantité de chlorure d'or indécomposé ; si l'on emploie un excès d'alcali au lieu d'un excès de chlorure, le précipité représente à peine le dixième de l'or dissous, parce que l'oxyde d'or est redissous en partie par l'excès d'alcali. Ici, tout le chlorure d'or est bien détruit, mais l'oxyde d'or reste dans la liqueur à l'état d'aurate de potasse.
La portion qui est précipitée est du protoxyde d'or, suivant M. L. Figuier.