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SYSTÈME DE GENEVE

Le système de Genève consiste, avons-nous dit, à refouler dans un tonneau ou récipient plein d'eau, du gaz acide carbonique qui s'y comprime, se dissout dans l'eau, et la rend mousseuse et pétillante.

Le tonneau qui reçoit l'eau et le gaz est en cuivre très-épais et parfaitement étamé. Sa capacité, qui peut varier, s'élève le plus ordinairement à cent litres. Il est muni à sa partie supérieure d'une ouverture assez grande B, qui se ferme à vis au moyen d'un couvercle que l'on n'ouvre que de temps en temps quand on veut nettoyer à fond l'appareil. Le couvercle de cette ouverture est percé d'une autre ouverture d'environ 6 centimètres de large, qui se ferme par un bouchon en métal qui y entre à vis, dont la tête est carrée, et qui peut être serré facilement à l'aide d'une clef. C'est par cette ouverture, pratiquée au couvercle, que Pon remplit ordinairement le tonneau. Ce tonneau porte en T une tubulure à laquelle vient s'adapter le tube qui amène le gaz carbonique refoulé par la pompe, et qui se ferme à volonté au moyen d'un robinet.

R est un robinet placé à la partie la plus basse du tonneau, et sur la construction duquel nous reviendrons plus tard. Enfin, M est un agitateur à manivelle qui sert à mettre l'eau en mouvement et à faciliter l'absorption du gaz.

Les pièces qui composent l'appareil de Genève sont ainsi disposées : 1° le vase où se produit l'acide carbonique (p. 632) ; 2° le ton-

EAUX MINERALES ARTIFICIELLES. 635

neau de lavage (p. 632) ; 3° le gazomètre (p. 633) ; 4° une pompe qui puise le gaz dans le gazomètre et le refoule dans le tonneau ; 5° le récipient ou tonneau de fabrication avec son robinet, la pé-

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Fig. 15.

dale B qui sert à maintenir la bouteille et l'armature A qui garantit l'opérateur des éclats de verre. Le mieux est de faire mouvoir la pompe par une roue à volant qui mette en même temps en mouvement l'agitateur. En ce cas, il faut pouvoir rendre indépendants l'un de l'autre le mouvement de la pompe et celui de l'agitateur.

On remplit complètement le tonneau avec de l'eau pure, et l'on ferme toutes les ouvertures, a l'exception du robinet du tubeT; alors, au moyen de la pompe, on commence à refouler de l'acide carbonique sans agiter, en laissant le robinet de décharge R entr'ouvert ; on déplace ainsi cinq litres d'eau qui se trouvent remplacés à la surface du tonneau par du gaz carbonique. Cette manipulation a pour objet : 1° de laisser un vide qui permette de donner à l'eau un mouvement plus tumultueux lors de l'agitation brusque et instantanée exercée en des sens différents ; 2° de former à la surface de l'eau un réservoir plein de gaz carbonique sur lequel l'eau puisse constamment agir ; 3° d'enlever autant que possible l'air atmosphérique que l'eau n'absorberait que très-imparfaitement, qui augmenterait sans

utilité la pression superficielle et qui rendrait le jeu des pompes plus difficile. Cette expulsion de l'air est une chose fort utile dans la pratique, et il faut toujours, quand on monte l'appareil à neuf, se débarrasser par un premier courant de gaz de tout l'air contenu dans les vases de lavage et de dégagement et dans les tubes de communication. J'indiquerai encore, comme précaution générale, de placer l'appareil dans un lieu frais, favorable à l'absorption du gaz et qui conserve, été comme hiver, une température moyenne.

A mesure que l'on introduit le gaz carbonique tlans le tonneau, il s'accumule à la surface de l'eau, et il se dissout ensuite facilement à l'aide du mouvement imprimé par l'agitateur. C'est une bonne pratique d'entretenir l'agitation pendant tout le temps que dure l'introduction du gaz ; le jeu des pompes en devient plus facile.

J'ai observé que la quantité de gaz reste toujours plus grande à la surface de l'eau que dans l'eau elle-même. L'eau dissout un volume égal au sien d'acide carbonique ; pour lui en faire dissoudre davantage, il faut que le gaz qui se trouve à la surface du liquide exerce sur celui-ci une pression forte ; aussitôt qu'elle cesse, l'acide carbonique contenu dans l'eau se dégage avec effervescence. On pouvait croire que l'équilibre devait avoir lieu quand le gaz carbonique est partagé uniformément dans l'eau et dans l'atmosphère du récipient ; il n'en est rien.

Quelque précaution que j'aie prise, je n'ai pu arriver à faire absorber à l'eau une quantité d'acide carbonique égale en volume à celle qui forme l'atmosphère supérieure du tonneau. Lorsque l'eau contient cinq fois son volume de gaz, que, par conséquent, un espace d'un litre en renferme cinq litres, le même espace, dans l'atmosphère gazéiforme, qui est à la surface de l'eau, s'est trouvé presque constamment en contenir six litres. La différence serait bien plus grande si l'on n'avait pas pris la précaution de débarrasser l'appareil de l'air atmosphérique : celui-ci, s'accumulant dans le tonneau, pourrait exercer quelquefois une pression de 7 à 8 atmosphères à la surface de l'eau, qui ne serait elle-même chargée que de 3 à 4 volumes de gaz.

On reconnaît la quantité de gaz introduite dans le tonneau en mesurant, au moyen de la règle graduée du gazomètre, le volume de gaz qui a été soutiré ; on reconnaît la pression intérieure en adaptant un manomètre sur le tonneau.

Le robinet dont on se sert est un robinet ordinaire ayant une douille peu allongée. Cette douille traverse une espèce de capsule renversée à fond plat, dont les bords descendent presque au même niveau que

l'orifice du robinet. L'espace laissé entre la douille et les parois de la capsule est rempli avec des rondelles de caoutchouc superposées ; un anneau en cuivre , qui se visse sur la capsule de cuivre, refoule les disques de caoutchouc, et s'oppose à ce qu'ils puissent tomber.

Au moyen d'une bascule B que le pied fait mouvoir et qui met en mouvement un support sur lequel la bouteille est posée ( Voy. la figure p. 635), l'opérateur presse la bouteille contre le caoutchouc, et cette pression suffit pour s'opposer à toute issue du gaz. 11 ouvre le robinet; mais aussitôt qu'il s'aperçoit que la pression dans la bouteille s'oppose à l'écoulement de l'eau, il cède avec intelligence pour livrer passage aux gaz intérieurs. 11 renouvelle cette manœuvre à plusieurs reprises, jusqu'à ce que la bouteille soit remplie. Alors il ferme le robinet, il tire la bouteille sur le côté, et il y pose rapidement le bouchon. C'est là une manœuvre difficile qui demande une main adroite, et surtout exercée. La qualité de l'eau dépend en grande partie de l'habileté de celui qui la met en bouteilles ; s'il n'est pas leste à boucher, une partie de l'eau et du gaz est jetée au dehors, la bouteille est en partie vidée, et l'eau a perdu une grande partie de son gaz. L'opérateur doit saisir le bouchon par son bout le plus gros, entre l'index et le médius de la main droite ; il appuie le pouce sur le bord de la bouteille pour servir de régulateur, abaisse le bouchon sur l'orifice, et le fait entrer par un léger mouvement de rotation. Il l'enfonce d'abord avec la main, puis il achève de le faire entrer au moyen d'une tapette en bois. Il passe aussitôt la bouteille à un aide qui se hâte d'assujettir le bouchon au moyen d'une ficelle.

On ne peut éviter une certaine déperdition de gaz pendant le temps assez court nécessaire pour placer le bouchon sur les bouteilles. M. Selligue, le premier, je crois, a trouvé le moyen de boucher la bouteille sur place. Plusieurs dispositions pour arriver à ce résultat ont été adoptées depuis ; elles évitent une grande déperdition de gaz, et elles mettent le premier venu à même de mettre en bouteilles, sans avoir besoin de faire aucun apprentissage. Cette modification réduit à une manipulation très-facile la partie jusqu'à présent la plus difficile de la fabrication des eaux minérales. Il faut concevoir que le conduit qui amène l'eau vient s'ouvrir dans un cône en cuivre ouvert à ses deux bouts. La partie inférieure de ce cône est munie circulairement et en dehors d'un ajutage en cuivre garni en caoutchouc, pareil à celui du robinet ordinaire. C'est contre ce caoutchouc que le bord de la bouteille vient presser. Par la partie supérieure du cône, on introduit un bouchon de liège, et au moyen d'une tige refoulée par un moyen mécanique, on l'enfonce dans le cône de ma-

nière h ce qu'il forme le plafond supérieur de cette partie du robinet. Quand la bouteille est pleine, sans la bouger de place, on enfonce le bouchon pour le faire sort ir en partie du cône et pénétrer dans le goulot .

M. Viel Cazal a employé pour la machine à boucher un système de levier coudé très-ingénieux dont la figure ci-contre donnera une idée suffisante.

Quand on se sert de la machine à boucher, on fait usage de bouchons plus gros que d'habitude ; le refoulement qu'ils éprouvent en passant dans le cône les malaxe et y forme souvent des passages que le gaz traverserait si le bouchon pouvait revenir à son volume primitif. Il en résulte un autre inconvénient, c'est qu'une fois retiré par le consommateur, le bouchon ne peut plus servir à reboucher la bouteille. Cependant les fabricants l'ont Fig te aujourd'hui adoptée presque exclusivement.

Avec de l'habitude et de la dextérité, on peut se passer de cette machine à boucher pour la préparation des eaux minérales. Elle est indispensable quand on veut gazer des liqueurs visqueuses, comme les vins et les limonades.

V embouteillage des eaux gazeuses n'est pas sans danger : beaucoup de bouteilles ne résistent pas à la pression et volent en éclats. L'opérateur doit avoir la main, qui saisit la bouteille, armée d'un gant de buffle épais qui soit assez montant pour garantir également le bras. La bouteille, pendant qu'elle se remplit, reste entourée par un demi-cylindre en cuivre A qui tourne librement sur le robinet, il eàt amené entre l'opérateur et la bouteille pendant que celle-ci se remplit. Un grillage en fil de laiton épais permet de suivre des yeux et sans danger l'ascension du liquide ( Voy, la figure p. 635). Au moment de boucher, l'on détourne l'armure de cuivre en la faisant tourner sur elle-même; on saisit la bouteille, on y adapte le bouchon, et l'on ficelle aussitôt.

Si l'on veut mastiquer la bouteille, on plonge le bouchon et la téte de la bouteille dans un vernis résineux. La qualité que l'on recherche dans ce mastic est qu'il soit adhérent et que, cependant, il se détache complètement par le choc. La recette suivante donne un bon produit.

Colophane, 6 parties ; craie pulvérisée, 5 parties ; essence de térébenthine, \ partie ;rocou, 4/8 de partie. On fait d'abord fondre la colophane, on ajoute l'essence, puis la craie et le rocou.

On a remplacé les ficelles et le mastic par une petite calotte en plomb ou mieux en étain, que l'on serre hermétiquement contre le col de la bouteille au moyen d'un tour de corde.

La corde a environ 6 millimètres de diamè- n

tre ; elle est fixée solidement en l'air par l'un de ses bouts; à l'autre bout est attachée une planchette sur laquelle on peut appuyer avec le r

, pied pour tendre la corde ; on fait faire à celle- (

ci un tour autour de la capsule posée sur la bouteille; on appuie le pied pour tendre la corde; alors, en tournant la bouteille dans les mains, les bords de la calotte de plomb s'affaissent et viennent s'appliquer exactement contre leverre.

A mesure que l'on soutire de l'eau gazeuse, PiK. n.

le vide qui se fait graduellement dans le récipient a pour effet de diminuer de plus en plus la pression à la surface du liquide, de permettre à l'eau déjà faite de laisser dégager une partie du gaz dont elle est chargée.

Il en résulte que, dans la fabrication par le système de Genève, l'eau devient moins gazeuse à mesure que le tirage avance. On pourrait cependant se mettre à l'abri de cet inconvénient en refoulant du gaz carbonique dans le tonneau à mesure qu'il se vide, de manière à entretenir une pression constante à la surface de l'eau; il est vrai * qu'alors le tonneau restera plein de 5 à 600 litres de gaz carbonique. On l'utilisera si, au lieu de déboucher le tonneau pour remplir d'eau et de faire une nouvelle opération, on fait aspirer cette eau par la pompe ; elle est refoulée dans le tonneau où elle absorbe le gaz. On peut aussi par un tube de communication, renvoyer le gaz dans le gazomètre.

SYSTÈME DE VERNAUT ET BARRUEL

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