‹ Traite de pharmacie theorique et pratique v. 2, 1870Chapitre 29 sur 494 · ACONIT · texte numérisé non relu

ACONIT

L* Aconit officinal de la pharmacopée française est VAconitumNaj)eUus Lin. (Renonculacées); c'est l'espèce européenne la plus active, suivant le docteur Schroff.

En 1808, Steinacher attribua les propriétés médicinales de l'aconit à un principe volatil. Braconnot, dans son travail général sur les Renonculacées, isola de cette plante une matière acre analogue à celle des autres Renonculacées. Vauquelin obtintles mêmes résultats, et Bucholz, dans le cours de son travail sur la même plante, fut, à plusieurs reprises, vivement incommodé par les émanations de cette substance. La présence d'un principe acre volatil dans l'aconit a donc été admise depuis longtemps, et pourtant les propriétés de ce principe sont encore à peine connues, ou, pour mieux dire, leur existence est niée par M. E. Hottot, qui a démontré que les efTets signalés par ses devanciers sont dûs à l'entraînement de l'aconitine.

L'aconit contient deux alcaloïdes (Aconitine, Napelline)^ de la chlorophylle, de l'albumine, de la cire, de la gomme, des acides aconitique et malique, quelques sels. Parmi ces derniers figure l'aconitate ou pyrocitrate de chaux, sel fort peu soluble et qui se trouve en abondance dans plusieurs espèces du genre Aconitum.

ACOixrnNE.

UAconitine a été isolée, en 1819, par Brandes; elle a été plus tard purifiée, puis étudiée par Geiger et Hesse, Berthemot, Stahlschmidt, Horson et enfin E. Hottot. La composition de cet alcaloïde est exprimée par la formule C*^H^AzO^^, dont l'exactitude aurait besoin d'être vérifiée.

L'aconitine est une base végétale très-vénéneuse. Elle ne cristallise pas et se présente sous la forme d'une masse incolore et transparente

:>i MKDICAMKNTS FOliRMS PAR LES VKGKTAI \.

qui se réduit facilement en une poudre blanche ; elle n'a pas d'odeur; sa saveur est amère, et plus tard acre et brûlante. Soumise à Faction de la chaleur, Taconitine fond vers 85® et se décompose à 140'; à cette température, quelques traces d'alcaloïde sont entraînées plutôt que volatilisées. L'aconitine se dissout à peine dans Teau, mais elle est très-soluble dans Téther et surtout dans Talcool. Elle forme des sels incristal lisables qui sont précipités par Tiode et par la noix de galle et offrent les réactions générales des alcaloïdes fixes.

Soubeiran a obtenu Taconitine par un procédé fort simple. On râpe la racine fraîche d'aconit et on Tépuise par l'alcool à 80*^ ; on agite la solution avec de l'hydrate de chaux et l'on filtre; on sature à l'aide d'une petite quantité d'acide sulfurique la solution alcoolique et l'on filtre de nouveau. On distille pour séparer tout l'alcool, on filtre la liqueur et on l'agite avec du carbonate de potasse et de l'éther. L'évaporation de Téther laisse de l'aconitine entièrement soluble dans l'alcool, dans l'éther et dans l'eau acidulée.

Pour obtenir l'aconitine, Geiger donne le procédé suivant. On épuise les feuilles d'aconit récenunent séchées par l'alcool à 90^, au moyen de la lixiviation. Onsfjouteà la liqueur de la chaux hydratée, le vingtième du poids de l'aconit employé. Après 24 heures, on filtre, puis on ajoute un très-léger excès d'acide sulfurique et l'on filtre de nouveau. On évapore alors à une très-douce chaleur pour réduire la liqueur au quart. On y ajoute la moitié de son volume d'eau, et l'on continue l'évaporation afin de chasser tout l'alcool; on filtre après le refroidissement, i.a liqueur est précipitée pai* une dissolution concentrée de carbonate de potasse, le précipité est recueilli sur un filtre, et séché sur du papier. On le dissout dans l'alcool absolu, et, s'il est nécessaire, on décolore la solution à l'aide d'un peu de charbon. On ajoute à la liqueur alcoolique assez d'eau pour la rendre laiteuse, et on laisse déposer dans un lieu chaud.

Pour obtenir l'aconitme pure, M. Planta fait dissoudre l'aconitine du commerce* dans l'éther, évapore la solution, redissout le résidu dans l'alcool absolu, et verse la liqueur dans de l'eau qu'il agite continuellement. L'aconitine se précipite, elle est séchée sur du papier d'abord, puis dans le vide.

L'aconitine a été, dans ces dernières années, l'objet de recherches intéressantes dues à MM. E. Hottot et Liégeois. Ces savants ont régularisé le procédé de préparation de cette substance, et sont arrivés à obtenir d'une façon constante un alcaloïde doué d'une activité médicinale considérable, et dont les propriétés physiques difTèrent notablement de celles assignées aux substanc>es antérieurement désignées

alcaloïdes. -. AGOMIT. 55

sous le nom d'Aconitine. Voici le mode opératoire de M. E. HotAot, tel qu*il a été adopté par le Codex de 1866.

On fait macérer pendant 10 jours la racine d'aconit napel dans une quantité suffisante d'alcool à 85"" légèrement acidulé par Tacide sulfurique. On distille au bain-marie; on laisse refroidir le liquide restant dans la cucurbite et Ton enlève l'huile verte qui surnage et se solidifie à 20*"; on continue Tévaporation jusqu*à consistance sirupeuse, et l'on agite avec une petite quantité d'éther que Ton décante ensuite. Ce traitement par l'éther a pour but de séparer les dernières portions d*huile qui nuiraient aux opérations subséquentes. La liqueur est reprise par l'eau et précipitée par un excès de magnésie. On l'agite plusieurs fois avec son poids d ether à 65^, et on laisse évaporer spontanément l'éther après décantation. Le résidu est deTaconitine impure; on la traite par l'acide sulfurique dilué, on décolore par le charbon et Ton précipite par Tammoniaque; on fait bouillir la liqueur et l'on recueille l'aconitine sur un filtre ; on la sèche et on la dissout dans l'éther; on évapore à siccité, et l'on traite par une très-petite quantité d'acide sulfurique dilué. Le sulfate d'aconitine est précipité goutte à goutte par l'ammoniaque dilu4; on sépare la première partie du dépôt qui est colorée, et l'on continue de précipiter jusqu'à ce que la liqueur ait une légère odeur d'ammoniaque; on lave le précipité, qui est complètement incolore, et on le sèche à une basse température.

M. E. Hottot ajoute que le composé ainsi obtenu est un hydrate d'aconitine qui contient 25 pour 100 d'eau; il fond vers 85", perd son eau et abandonne l'aconitine anhydre. On peut, du reste, préparer cette dernière, en soumettant à l'évaporation spontanée la dissolution d'aconitine hydratée dans l'éther pur. MH. Hottot et Liégeois ont reconnu le fait important que le produit cristallisé nommé primitivement aconitine par H. Morson diffère de l'aconitine véritable par une énergie d'action physiologique et toxique infiniment moins grande. H. JMorson a, depuis leur travail, donné à cette substance, complètement distincte de l'aconitine, le nom de Napelline, afin de rappeler son origine et d'éviter des confusions dangereuses. Ce résultat du travail de MM. Hottot et Liégeois est certainement très-intéressant au point de vue de la chimie pharmacologique.

Dans la Thèse qu'il a présentée à la Faculté de médecine, M. Hottot a donné un exposé complet des expériences physiologiques et thérapeutiques dont Taconit et racx)nitine pure ont été l'objet; nous en présenterons les conclusions telles qu'elles ont été résumées par l'auteur.

r>r^ MKOICAMKNTS FOURNIS PAR LKS VfX.KTAL'X.

1** Il serait important de substituer complètement, dans les préparations pharmaceutiques dont l'aconit napel est la base, les racines aux feuilles ' et aux tige^ ; Tcxpérience ayant démontré (Soubeiran) que la proportion d'aconitine est beaucoup plus considérable dans les racines que dans ies parties vertes.

i^ L'aconitine pure et à l'état d'hydrate, telle qu'on Tobtient par le procédé Hottot (Codex 1866), est la seule que Ton doive employer. Elle se présente sous la forme d'une poudre blanche, amorphe et n'est pas cristalline.

3* L'aconitine pure est extrêmement vénéneuse; elle détermine rapidement la mort ; chez une grenouille, à la dose de 2 milligrammes, et chez les lapins et les chiens à la dose de 1 à 2 centigrammes.

4/^ Les substances désignées dans le commerce sous le nom d'Aconitine sont souvent très-impures, et partant douées d'une énergie trèsvariable. 11 faut éviter de confondre avec l'aconitine la substance cristallisable obtenue par H. Morson, et désignée actuellement sous le nom de napelline.

5® Le principe volatil auquel plusieurs auteurs attribuent les propriétés irritantes de l'aconitu'existe pas dans cette plante; les propriétés irritantes de celle-ci sont exclusivement dues à la présence de l'aconitine.

6<^ L'action irritante de l'aconitine s'exerce spécialement sur les muqueuses.

7° L'absorption de l'aconitine par le tube intestinal est plus rapide que celle de la strychnine et du curare. Ce fait explique la rapidité de la mort des animaux chez lequels des doses extrêmement petites d'aconitine ont été introduites dans Testomac.

8® L'aconitine agit sur les centres nerveux et successivement sur le bulbe, la moelle et le cerveau. Les symptômes apparaissent dans l'ordre de succession suivant : abolition de la respiration, de la sensibilité générale, de la sensibilité réflexe, des mouvements volontaires.

9^ L'aconitine trouble les fonctions du cœur en agissant sur la substance même de cet organe.

iO® Les effets du poison sur les nerfs périphériques succèdent aux effets du poison sur les organes centraux.

li® L'excitabilité des filaments nerveux moteurs ou sensibles disparait dans les fibres périphériques, avant de cesser dans les troncs nerveux.

i2® L'aconit et l'aconitine exercent une même action physiologique.

alcaloïdes. — ACONIT. 57

\7if^ Les effets de Taconitine sur l'homme isont les survants: irritation des muqueuses, salivation, nausées, aflaiblissement musculaire, fourmillements, sueurs, pesanteur de tête, douleurs sur le trajet des nerfs de la face, dilatation de la pupille, gène de la respiration, dépression du pouls, affaiblissement de la sensibilité.

i4* L'aconitine est un sédatif puissant ; en applications externes, elle a été employée avec succès pour calmer les douleurs névralgiques et rhumatismales ; à l'intérieur, elle peut être administrée depuis i demi-milligramme jusqu'à la dose maximum de 3 milligrammes.

Le docteur Tumbull prescrit l'aconitine contre les maladies nerveuses, le tic douloureux, les maladies des yeux et des oreilles, les névralgies dentaires, et presque toujours alternativement avec la vératrine et la delphine. Dans le traitement des maladies d'oreille, l'aconitine a pour effet particulier de rétablir prompt ement la sécrétion du céiumen; voici les formules adoptées par le docteur Tumbull.

LINIMEKT D^GONflPE.

Pr. : Aoonitine 1 gr

HuUe d'olive 2

Azonge 30

Mêlez.

Ce Uniment est employé en frictions deux ou trois fois par jour contre les maladies nerveuses, la cataracte récente, certaines maladies de l'oreille. (Tumbull.)

EMBItOCATION D*ACONITI>'£:.

Pr. : Aconitine 1 pr.

Alcool rectifié 125

Faites dissoudre pour employer en frictions. Les gouttes d'aconitine du docteur Tumbull ont la même composition.

PILULES D'AœNiriNE.

Pr. : Aconitine 5 cent.

Poudre de réglisse i gr.

Sirop S. Q.

Faites 15 pilules, dont vous donnerez une toutes les trois heures. (Tumbull )

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