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GOUDRON DE HOUILLE. — COAL-TAR

L'emploi du coal-tar comme désinfectant, a été introduit dans la thérapeutique chirurgicale, par MM. Demeaux et Corne, en 1858.

Déjà Chaumctte, en 1815, avait reconnu que le goudron de houille est un agent antiseptique, et Guibourt, en 18?)5, avait signalé le pouvoir désinfectant de cette matière. Hais ce sont là des antériorités sans conséquence, et l'on peut affirmer en toute justice que si les propriétés du goudron de houille ont été entrevues avant 1853 par quelques observateurs isolés, elles n'avaient jamais été sérieusement et résolument utilisées en chirurgie.

MM. Demeaux et Corne ont primitivement recommandé le coal-tar associé au plâtre finement pulvérisé, et constituant une poudre mé-

710 MËDIGAMENTS GHDfiQDES.

dicameatease (1 à 3 part, dç coal-tar pour 100 part, de plâtre). Quant au mode d'application de cette poudre dans le pansement des plaies, voici comment ils s'expriment. « En délayant au moyen de l'huile d olives, une certaine quantité de poudre préparée d'après la formule ci-dessus, on obtient un produit dont la consistance, qui est celle d une pâte, d'une pommade, ou d'un onguent, reste la même presque indéfiniment, tant qu'il est déposé dans un vase. Ce mélange a une couleur brun foncé et une odeur bitumineuse.

« L'huile lie la poudre sans la dissoudre, de telle sorte que ce nouveau produit, par l'élimination graduelle de l'huile, n'en conser>'e pas moins la propriété d'absorber le pus dès qu'il se trouve mis en con« tact avec une plaie qui suppure.

« Ce mode de pansement a la double propriété de désinfecter le pus et les autres produits morbides, et de les absorber, i

L'opinion de Velpeau sur ce nouveau désinfectant mérite d'être rappelée.

f 1** Le mélange de coal-tar et de plâtre, dit cet illustre chirurgien, désinfecte les matières animales en putréfaction ;

« 2^ Ce mélange absorbe les liquides en même temps qu'il empêche l'odeur infecte â la surface des plaies, des ulcères, des tissus mortifiés ou gangrenés ;

f 3^ Favorable plutôt que nuisible aux plaies elles-mêmes, il peut être essayé sans crainte partout et par tout le monde en chirurgie. • Le coal-tar est resté dans la matière médicale, et s'il a perdu en apparence l'importance que lui attribuaient les auteurs de sa découverte et les premiers savants dBfe^és de la juger, c'est que peu à pou les principes immédiats (phénols) contenus dans le coal-tar, et auxquels il doit une partie au moins de son activité, se sont substitués à lui dans les pansements.

^ Ihdépendamment de leur poudre dont l'usage présentait quelques avantages et plusieurs inconvénients dans les pansements chinirgicaux, MM. Demeaux et Corne ont publié un certain nombre de formules dans lesquelles le coal-tar se trouve à Tétat de dissolution ou de division dans différents liquides. Mais aucune d'elles n'a pani atteindre aussi complètement le but auquel elles étaient destinées, que l'émulsion imaginée par M. F. Lebcuf.

Dés l'année 1850, M. F. Lebeuf, pharmacien distingué de Bayonne, avait publié un mémoire dans lequel il appelait l'attention sur ce fait intéressant: qu'un grand nombre de substances insolubles dans l'eau et solubles dans l'alcool acquièrent, lorsqu'on ajoute de la saponine â leur dissolution alcoolique, la propriété de se diviser facilement dans

AOOB PHCNIQUE. 7ii

l'eau et de former des émulsions. L'extrôme dhision des substances résineuses dans ce genre de liqueurs mixtes est démontrée par la remarquable stabilité de ces émulsions.

Lors de la publication des recherches de MM. Demeaux et Gome, M. F. Lebeuf mit à profit les propriétés de la solution alcoolique de saponine pour préparer, au moyen du coal-tar, un topique dont l'usage s'est peu à peu généralisé à la suite des expériences nombreuses du docteur Lemaire. C'est ce médicament qui est connu sous le nom de coal-tar saponine,

COAL-TAR SAPOinifÉ.

Pr. : Coal-tar 100 gr.

Teinture de tqwnine SMO

On fait digérer le mélange pendant 10 jours dans un récipient fermé, dont on maintient la température entre 55 et 40^, et que l'on a soin d'agiter souvent. Après ce temps, on filtre.

On fait quelquefois usage de cette solution pure (Broca), pansement des amputés; plus souvent, on se sert du mélange émulsif qui résulte de Taddition de 15 à 20 grammes de ce liquide à 100 grammes a*eau.

Sous le nom de teinture de saponine, H. Lebeuf désigne la solution alcoolique très-chargée de saponine, qui s'obtient en épuisant Vécorce de Panama ou de QuilUn savonneux (Quillaya smegmadermos D. C.) par Falcool à 90 c

M. Lebeuf a cherché depuis quelque temps à utiliser les propriétés de la teinture de Quillaya pour préparer, au moyen du goudron des Conifères, des résines de copahu et de toMpes solutions qui se transforment en émulsion au contact de l'eau.

Les doses sont telles, que les proportions de saponine contenues dans les liqueurs ne paraissent pas exercer d'influence seifisible sur le goût, ni sur l'action du médicament. Nous nous abstiendrons de formuler une opinion hâtive sur ces fonnes nouvelles de médicaments dont l'administration, il faut en convenir, n'offre aucune difficulté.

ACIDE PIIÉNIQUE,

Le composé désigné en médecine sous le nom d'acide phénique, a reçu des chimistes les nomsdepAerioI, ii alcool phénylique et d*hydrate dephenyle, en raison de sa constitution et de ses fonctions chimiques. L'acide phénique découvert dans les produits de la distillation de la houille, par un chimiste allemand, Runge, en 1834, a été nommé par

713 MËDIGAMENTS CHIMIQUES.

lui acide carbolique; cette dénomination est encore quelquefois employée, surtout en Angleterre. Bien que dés l'origine de sa découverte, la plupart des propriétés de l'acide phénique qui sont actuellement utilisées en médecine aient été connues des savants, cette substance était restée sans applications suivies jusqu'au moment où l'apparition du coaUtar dans la matière médicale, a conduit plusieurs observateurs à rechercher si l'acide phénique (phénol) qu'il contient, au nombre de ses éléments n'est pas l'agent auquel il doit ses propriétés antiputrides et désinfectantes. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans la discussion des titres que de nombreux obscnatcurs peuvent présenter à l'appui de la revendication d'une part légitime dans le classement de l'acide phénique au rang dos agents les plus précieui de la matière médicale et de l'hygiène. Parmi ceux qui nous semblent avoir joué un rôle important dans cette utile propagande, nous citerons, en Angleterre, H. G. Calvert et en France HM. J. Lemaire, Quesncville, Parisel, fiobeuF, etc.

L'acide phénique se présente sous la forme de longues aiguilles prismatiques, accolées les unes aux autres et formant des masses complictes lorsqu'il est obtenu par voie de fusion. L'acide phénique pur fond entre + 34 et +35^ et présente alors l'aspect d'un liquide incolore, presque oléagineux et doué d'un pouvoir réfringent considérable. La densité de l'acide phénique fondu est égale à i ,0507 à la température de + 40°. Le point d'ébuUition de l'acide phénique est :\ + 188*^ sous la pression de O'^TO. L'acide phénique est susceptible de brûler à l'air ; sa flamme est peu éclairante et rougeâtre.

Quand on verse de reaqg|ans un flacon contenant de l'acide phénique cristallisé, celui-ci se liquéfie en s'hydratant et constitue une courhe dense et fortement réfringente qui occupe le fond du vase; l'eau saturée d'acide phénique nage à sa surface.

Ija solubilité de l'acide phénique dans l'eau î\ -t- 15° est tt^t- —

' ^ 100 eau

(Runge) et environ 5/100 (Cloez et Lemairc) ; elle est donc plus que suffisante pour satisfaire aux applications ordinaires de co produit. Malgré cette faible solubilité, l'acide phénique se liquéfie nu contiict de riuiniidité atmosphérique. L'acide phénique se dissout en quantités trés-considérables dans l'alcool, l'acide acéti(pie concentré, la glycérine, etc.

L'odeur de l'acide phénique est forte et désagréable, elle rappelle celle des goudrons de houille, de la créosote et du castoréiim ; sa saveur est Acre et brûlante. Appliqué sur la peau, il produit des taches binines et blanches, cause de vives douleurs, et cx>n8titue un véri-

AGIDB PHANIQUR. 715

table eauBtique. A l'état de dissolution aqueuse diluée, l'acide phénique agit avec moins d'énergie et produit une action styptique prononcée, indépendante de son rôle antiseptique et désinfectant. Sous rinfluence de la radiation lumineuse, l'adde phénique cristallisé ou dissous prend souvent une teinte rouge brunâtre qui fonce de plus en plus; il est probable que ce phénomène tient à une purifloation incomplète.

L'acide phénique pur (phénol) ne rougit pas la teinture blMMe tournesol ; il se combine aux bases et donne, lorsqu'on le mélange avec une dissolution concentrée d'hydrate de potasse, un dépôt cristallin de phénatc de potasse C'H'^KG^. Ce composé se produit également quand on traite racidejphénique anhydre par le potassium ; la substitution est alors accompagnée d'un dégagement d'hydrogène. L*acide phénique dans ce cas se comporte comme un alcool (alcool phénylique) ; il ne déplace pas Tacide carboniqu^es carbonates alcalins.

Les propriétés de l'acide phénique ont été l'objet d'études chimiques importantes ; les plus remarquables sont dues à Laurent qui le prcniicr démontra que ce composé joue le rôle d'un alcool et le désigna sous le nom àliydraU de phényle, La question de constitution ne pouvant pas être traitée ici, il nous suffira de mentionner quelques réactions de Tacide phénique qui, jointes aux propriétés sus-mentionnëes, sont souvent employées pour le caractériser.

L'acide phénique additionné d'une petite quantité d'ammoniaque prend une coloration bleue par le chlorure de chaux.

Si dans une solution aqueuse d*acide phénique, on trempe un copeau de bois de sapin, puis qu'on expoi|||M|elui-ci au soleil, après l'avoir immergé dans l'acide chlorhydrique dilué, il prend une couleur bleue très-riche.

L* acide phénique traité par l'acide azotique concentré et bouillant seiransîormeen acide picriqm on trinitrophénique C*W(AzO*)H)*.

La préparation de l'acide phénique est exclusivement industrielle, aussi nous bornerons- nous à faire connaître ici d'une maniéré succincte les principes de l'opération. On soumet à la distillation, le goudron de houille (nous avons vu que le wigan Cannel coal est le plus riche) et l'on recueille séparément les liquides qui se condensent entre -f-l50<» et-+- 200**. Le liquide distillé est agité avec une solution saturée d'hydrate de potasse et Ton ajoute ensuite au mélange de la potasse caustique solide et pulvérisée. Au bout de quelques heures, le phénate de potasse se sépare sous la forme d un dépôt cristallin. On traite ce produit par Teau bouillante ; celle-ci dissout le ph^te et amène la séparation d'une huile légère qiii nage à la

7i4 MÉDIGA1IBNT8 GHDOQDES.

gttiface de la diasolution et qu'on isole bcilenieiil. Lt liqueur ilriMif est alors neutralisée par l'adde chloriiydrique ; l'eau reste chargée de chlorure de potassium et Facide phénique se réunit en une couche oléagineuse. Ce produit est lavé au moyen de l'eau et soumis à ooe rectification après avoir été déshydraté au moyen du chlorure de calcium. On détermine sa cristallisation par un abaissement considérabjie de la t^pérature et l'on sépare à l'aide de la compression les céÊÊÊÊK des eaux-mères qui renferment les dernières impuretés.

Il nous reste à indiquer les formes pharmaceutiques sous leequellei l'acide phénique est le plus souvent employé.

SOtUnON AQUEUSE îi\cq» PBâfIQUB.

Pr. : Acide phénique cristalKsé iO gr.

Etu disUUée 900

Dissolvez. (Hdpitaux^ Paris.)

SOLUnOZf CAUSTIQUE d'aGTOE PHÉNIQUE.

Pr. : Acide phénique cristallisé iO gr.

Alcool à OO- 10

Dissolvez et conservez dans un flacon à l'émeri.

GLTGÊROLÉ d'aQDE PHÉKIQUE.

Pr. : Acide phénique cristallisé 1 gr.

Glycérine 99

Dissolvez. (Lemaire.j^^A glycérine peut être remplacée par le glycéré d'amidon.

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