‹ Traite de pharmacie theorique et pratique v. 2, 1870Chapitre 39 sur 494 · PRÉPARATION DE LA STRYCHNINE ET DE LA BRUCINE · texte numérisé non relu

PRÉPARATION DE LA STRYCHNINE ET DE LA BRUCINE

La préparation des alcaloïdes des Strychnées réussit par le procédé suivant, imaginé par Gorriol, et légèrement modifié par Soubeiran.

On fait bouillir la noix vomique dans l'eau ; quand elle est sufOsamment ramollie, on la passe au moulin pour la diviser. Lorsqu'elle est ainsi grossièrement pulvérisée, on la plonge dans l'eau d'où on Tavail tirée, et on la fait l)ouil)ir pendant au moins deux heures; on passe avec expression. Le résidu est introduit dans de nouvelle eau ; on le fait bouillir encore, on filtre, et l'on prépare une troisième décoction. On évapore toutes les liqueurs en consistance sirupeuse, et l'on ajoute de l'alcool à 90< jusqu'à ce qu'il cesse de donner un précipité. Par ce moyen, toute la partie mucilagineuse des semences se sépare, et la solution alcoolique retient l'igasurate de strychnine et de brurine, une partie de la matière colorante et de la matière grasse. On filtre, et on lave le dépôt au moyen de Talcool que l'on ajoute aux premières liqueurs ; on distille l'alcool, et Ton achève l'évaporation au bain-marie en consistance d'exirait. Cet extrait est redissous dans leau froide, laquelle sépare une petite quantité de matière grasse; on chauffe la liqueur, et on la décompose par un excès de lait de chaux, qui précipite la brucine et la strychnine unies à une certaine proportion de matière colorante. On exprime et Ton sèche le précipité calcaire, puis on le reprend par de l'alcool à 90<^ bouillant, à deux ou trois reprises. On distille, et l'on a pour résidu une masse composée de strychnine, debnicine et de matière colorante. On verse sur cette masse de Talcool à Sô'^, qui dissout la brucine et la matière colorante, et qui laisse la strychnine ; on purifie celle-ci en la dissolvant dans l'alcool à 80*^ bouillant; elle cristallise par le refroidissement.

La solution alcoolique faible qui a dissous la brucine et la matière colorante est évaporée en sirop, et l'on sature ce résidu à l'aide de l'acide sulfurique étendu, en laissant un léger excès d'acide. Au bout de deux ou trois jours, tout est pris en une masse cristalline de sulfate de brucine, qui est salie par une eau mère brune. On sépare celle-ci au moyen de la presse ; on redissout le sulfate dans l'eau, on le décolore par le charbon, et l'on précipite la brucine par l'ammoniaque. 11 est important de préparer le sulfate de brucine à froid ; si Ton opère autrement, le sel contracte avec la matière colorante

72 MÉDICAMEiNTS FOURNIS PAU LES VÉGÉTAllX.

une combinaison dont on peut difficilement Tisoler. La liqueur ammoniacale dont la brucine s'est séparée retient encore beaucoup de cette base, qu'elle laisse déposer à mesure que Tanuiioniaque s'évapore à l'air.

Henry a donné, pour la préparation de la strychnine, le procédé suivant, qu'il considère comme préférable au précédent : après avoir épuisé la noix vomique par plusieurs décoctions dans l'eau, on évapore les solutions en consistance de sirop épais, et l'on ajoute par kilogranune de noix vomique, 120 grammes de chaux hydratée et délayée dans Teau. Le mélange est séché au bain-marie; on traite cette matière par de l'alcool à 85^, lequel dissout la strychnine, la brucine et une partie des matières colorantes. On distille l'alcool, et l'on convertit le résidu en nitrate de strychnine que l'on purifie par plusieurs cristallisations, et dont on précipite enfin la strychnine au moyen de l'ammoniaque. Plusieurs pharmacopées ont adopté ce procédé, en remplaçant la transformation en nitrate par des cristallisations successives de la strychnine dans l'alcool.

La strychnine du conunerce est souvent mêlée de brucine ; on les sépare l'une de l'autre au moyen de l'alcool faible, lequel dissout la brucine; on traite la strychnine restante par l'alcool à 90^ bouillant, on distille, et l'on a soin de laisser im peu d'eau mère alcoolique pour retenir les dernières portions de brucine. On peut aussi transformer le mélange de brucine et de strychnine en azotates, et faire cristalliser l'azotate de strychnine; le sel de brucine est presque incristallisable et reste dans les eaux mères.

Pour reconnaître si la strychnine est exempte de brucine, Robiquet a donné le procédé suivant, qui est d'une exécution facile et d'un bon usage commercial : on délaye la strychnine soupçonnée dans un peu d'eau chaude, et l'on sgoute quelques gouttes d'acide chlorhydrique. On porte le liquide à l'ébulUtion, et on le précipite bouillant par l'ammoniaque ; dans le cas où la strychnine est pure, le précipité est pulvérulent. S'il existe de la brucine, le dépôt est visqueux; il adhère aux vases avec d'autant plus de ténacité qu'il est plus riche en brucine. Ce procédé est fondé sur la grande différence de fusibilité des deux bases.

La strychnine du commerce est quelquefois falsifiée ; nous venons de voir comment on reconnait le mélange avec la brucine. Une première garantie contre V addition des matières étrangères consiste dam remploi exclusif de la strychnine cristallisée. Elle doit être entièrement soluble dans Valcool à 90^, caractère qui exclut la présence du phosphate

alcaloïdes. — STRYGiNËES. 73

de chaux et du sulfate de chaux; elle doit ne pas perdre sensiblement de son poids dans l*eau, ce qui ne permet pas de supposer V existence frauduleuse du sucre et de quelques sels soluhles, et elle doit se dissoudre entièi^ement dans Veau acidulée , ce qui exclut les corps gras,

La strychnine et les autres alcaloïdes des Strychnées exercent, ainsi que les substances végétales qui les contiennent, une action redoutable sur l'économie. Tous ces principes appartiennent à la classe des médicaments tétaniques, désignés aussi, par M. Cl. Bernard, sous le nom de convulsivants.

Après son ingestion, il se manifeste d'abord un sentiment de vertige, de la roideur dans les muscles, et en particulier dans ceux des mâchoire. Puis surviennent des secousses, d'abord faibles, mais qui se transforment bientôt en convulsions terribles qui se succèdent à de courts intervalles; le corps est immobile, la tête rejetée en arrière; l'intelligence est nette, la parole est entrecoupée. Peu à peu les mâchoires se resserrent, et le trismus s'ajoute à la rigidité du tronc.

Les malades font de vains efforts, sont cloués sur le dos ; la respiration est courte, convulsive.

Puis tout se dissipe, et après un intervalle de calme apparent survient un nouvel accès plus violent. Par les secousses, le corps est parfois soulevé à une certaine hauteur au-dessus du lit. Toute parole devient impossible ; la plante des pieds est tournée en dedans ; la respiration, de plus en plus oppressée, semble par moments complètement suspendue; les battements du cœur sont irréguliers. Un dernier accès se termine brusquement par la mort. On trouve après la mort, le c^ur vide et contracté; la rigidité des muscles se maintient plus longtemps que la rigidité cadavérique ordinaire. (Tardieu.)

L'étude analytique des propriétés physiologiques et toxiques delà strychnine a été Tobjet d'un important travail de M. Cl. Bernard.

A petites doses, les mêmes effets se produisent, mais d'une façon modérée : il y a des contractions fibrillaires des muscles et des secousses plus ou moins intenses; les organes génitaux sont surexcités.

La strychnine et la brucine sont des médicaments dangereux, auxquels l'organisme ne s'habitue pas. On les applique surtout au traitement des paralysies dépendantes de la moelle et des conducteurs nerveux.

La strychnine et ses sels, surtout le sulfate, sont presque toujours employés sous forme de pilules, à cause de leur excessive amertume. On commence par 2 milligrammes; on doit élever successivement la dose et agir avec une grande prudence.

74 MÉDICAMENTS FOL'HMS PAU LKS VÉGKTALX.

Trousseau a donné une formule pour la préparalion d'un sirop de strychnine :

Pr. : Sulfate de stryclinine i cent.

Sirop de sucre 20 gr.

Une cuillerée de ce sirop contient 1 centigramme de sulfate ; nous croyons ce sirop beaucoup trop actif, et peut-être serait-il prudent do Supprimer cette forme pharmaceutique, qui expose à de graves dangers.

Le Codex a admis la formule d'un sirop de strychnine deux fois plus faible.

SniOP DE SULFATE DE STRTCHNIIŒ. (OODEX.)

Pr. ; Sulfiite de strychnine cristallisé 5 cent.

Eau distillée 4 gr.

Sirop de sucre incolore 190

Dissolvez le sulfate dans l'eau distillée, et mélangez la dissolution avec le sirop de sucre.

20 granunes de ce sirop contiennent 5 milligrammes de sulfate de strychnine.

POMMADE DE STRTCHNWE.

Pr. : Strychnine. i

Axonge 30

Mêlez.

Sandras prescrit l'usage de la pommade de strychnine en frictions longtemps continuées sur les mains des ouvriers atteints de paralysie saturnine.

COLLYRE d'aNDERSON.

Pr. : strychnine 10 cent.

Acide acétique S. Q.

Eau distillée 30 gr.

Faites dissoudre. Usité contre l'amaurose.

La brucine n*est pour ainsi dire jamais employée. Son action est plus faible que celle de la strychnine; un douzième, suivant Magen-

alcaloïdes. — STRYGHNÉES. 75

die, un .vingt-quatrième, d'après M. Andral. La divergence de ces évaluations montre assez combien elles sont peu scientifiques.

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