‹ Traité de philosophie 1923Chapitre 124 sur 761 · NATURE DE L'IDÉE DU BIEN RATIONNEL $ A. — EXPOSÉ · texte numérisé non relu

NATURE DE L'IDÉE DU BIEN RATIONNEL $ A. — EXPOSÉ

Qu'est-ce que le bien ? Quelle est sa nature ? Les uns considèrent cette idée comme simple et irréductible. D’autres la regardent comme | complexe et ont essayé d’en déterminer la compréhension. C’est ainsi | que Pidée de bien a été ramenée à l’idée :

| I. — De fin, par ArisrotEe (1) et Jourrroy (1796-1842). Le bien | est la cause finale, ce que tous les êtres désirent. « Le bien est la coordination de toutes les fins », c’est la fin universelle, suprême. Faire le bbien, c’est tendre à sa fin ; mal faire, c’est s’en écarter.

… Critique : sans doute la fin d’un être c’est son bien: Mais il vaut mieux définir la fin par le bien que le bien par la fin. De ces deux idées, l’idée de bien est la première. C’est parce que nous Jjugeons un objet meilleur que celui dont nous jouissons, que nous tendons vers lui comme à une fin. — De plus, Jouffroy a eu tort de ne pas déterminer en quoi consistait | cette fin universelle et suprême (2).

[ — Du vrai par WozLasron (1659-1723) (5) philosophe anglais.

Agir c’est affirmer : le bien n’est donc que le vrai exprimé dans nos, l'actions. Une action est bonne quand elle est conforme au vrai, Mauvaise | quand elle est en contradiction avec lui : ve. manquer à la piété filiale |est mal, parce que c’est affirmer que l’on ne doit rien à ses parents. | Hair Dieu c’est un mal, parce que c’est nier sa bonté. ;

|. Critique : métaphysiquement le vrai et le bien s’identifient dans |Pêtre absolu, en Dieu. Mais ils sont distincts par rapport à nous et à

FRE Es: ARISTOTE, Morale à Nicomaque, L. I, Ch. 1, 8 4 : « Le bien c’ést ce qui est recherché | par tout être. » T'éyxfov où ruvr’ épletar. I (”) JOUrFFROY, Cours de droit maturel, Leçons XXVIII-XXXII.

1 (*) WOLLASTON, Esquisse de la religion naturelle. — Cf. JourFroy, Cours de droit | naturel, X XIV° Leçon. fe

104 NATURE DE L'IDÉE DU BIEN RATIONNEL er (0

nos actions. Sans doute, toute bonne action est la réddtion € en pratique. d’une vérité. Cependant l’idée du vrai s'étend plus loin que lPidée du bien : tout ce qui est bien est vrai, mais tout ce qui est vrai nest pas nécessairement bien moralement : « Donner de larsenic pour empoisonner, dit Jouffroy, c’est respecter la vérité chimique.» [l y a nombre de vérités qu’on peut affirmer sans être pour cela vertueux, car les vérités morales forment un ordre à part, elles ne sont pas seulement, vraies pour la raison, mais obligatoires pour la volonté. HI. — De l’ordre par Monresquieu (1689-1755). « Faire le bien, c’est respecter les rapports essentiels qui dérivent de la nature des choses ; les violer c’est faire mal (?). » L'ensemble de ces rapports constitue: les lois, l’ordre. Le bien c’est donc, en définitive, le respect de l’ordre. Critique : cette formule a le tort d’être imprécise. De quel ordraÿ s'agit-il ? Outre l’ordre moral, il y a l’ordre logique, l’ordre mathéma tique, l’ordre physique, ete. Nous ne sommes pas tenus de respecter n'importe quel ordre. En fait, nombre de lois et de rapports n’inté ressent en rien la moralité. — Bien plus, les actes coupables peuvent exister sans se conformer à ‘un certain ordre logique, physique, etc. — Nous nous soumettons aux lois de la nature, non comme à une nécessité morale qui nous oblige, mais comme à une contrainte inévitable, parfois odieuse.

IV. — D’universalité par Kanr u7 724-1804) (?). — L'idée d’univerA salité est en effet l’un des caractères du bien rationnel ; maïs ce n’est pas là le bien tout entier. T’universalité est une pure forme, qui réclame! un contenu. Or ce contenu ne peut être que la satisfaction ou l'excellence des rapports qui unissent les êtres entre eux (Cf. V). Cest ce caractère de perfection qui permet à la raison de distinguer les fins universalisablesk de celles qui ne le sont pas, assignables par conséquent à tout être ral= sonnable. Kant d’ailleurs a dû en venir à ce critérium de la perfection Faire de la personne humaine la fin en soi, la fin absolue, n'est-ce pas reconnaître implicitement que la personnalité est la perfection même ? V. — De perfection par MALEBRANCHE (1638-1715). De même -qu’il y a des rapports de grandeur qui sont l’objet des mathématiques il y a des rapports de perfection qui sont l'objet de la morale. Une bête est plus estimable qu’une pierre et moins estimable qu’un homme parce qu’il y a un plus grand rapport de perfection de la bête à la pierre que de la pierre à la bête, et qu’il y a un moindre rapport de perfection, entre la bête comparée à l’homme, qu'entre l’homme comparé à la bêtes C’est un ordre immuable que les esprits soient plus nobles que les corps" comme c’est une vérité nécessaire que deux fois deux soient quatr

(1) MONTESQUIEU, De l'esprit des lois, L. I, Ch. 1. (2),CT. supra, 49) SAINS 30

Page 1