B. — ANALYSE DE L'IDÉE DE PERFECTION
| On peut aller plus loin en faisant l'analyse de l’idée de perfection | relative à l’homme. D’après Leibniz (?), l’idée de perfection se résout | en deux autres : l’idée d’être, c’est-à-dire d'activité aussi grande que | possible, puisque être c’est agir ; — l’idée d’ordre, d'harmonie. Essayons de le montrer en l’appliquant à l’homme et à ses facultés.
Toute faculté est une tendance vers un bien déterminé pour lequel elle est faite et qui lui manque. Si la nature humaine se réduisait à une seule faculté, son bien absolu s’identifierait avec le bien de cette faculté $ | en tendant vers ce bien elle réaliserait leëmaximum de développement | de son être et le maximum de bonheur qui en est la conséquence néces- | saire. Mais la nature humaine est complexe : elle comprend tout un | ensemble de facultés et ces facultés sont de valeur inégale. Son bien | absolu, sa perfection, résultera d’abord du déploiement de toutes ses | facultés : c'est l'élément de puissance et d’intégrité. Il résultera ensuite } d’un déploiement harmonieux, c’est-à-dire proportionné à la valeur de chaqu: faculté : c’est l'élément d'ordre. | |. La nature humaine est un tout, dont les divers éléments constituent [un système de tendances unies et ordonnées hiérarchiquement, qui concourent aux fins de l’ensemble. La perfection de l’homme, son sou- Verain bien, consistera done dans un développement harmonieux de toutes ses facultés se déployant en concours et en ordre. Cette harmonie
{découle de la subordination des fonctions inférieures de la vie végétative
… (2) Cf: MALEBRANCHE, Traité de morale, Partie 1; Chf1.
| (’MLEIBNIZ, Von der Glückseligkeit (De la béatitude). « La perfection est plénitude, |force et aussi ordre... La perfection est une sorte d’élévation, d’exhaussement de l’être : jen d’autres termes, c’est un degré éminent de l’être ou de la force ; perfection ou excellence : [c’est tout un. Et plus haute est l’activité ou plus grande la force, plus haut et plus libre est (l'être. Mais puisque la force est d’autant plus grande qu’une plus grande pluralité sort de l'unité ou s'y ramène, étant régie par elle ou trouvant en elle son principe intime, et que cette unité dans la pluralité c’est l'harmonie, voilà que la perfection est harmonie, et l'harjmonie produit la beauté, laquelle engendre l’amour. » (Cité pat OLLÉ-LAPRUNE, Essai sur Fa morale d'Arislote, Ch. vit, p. 210, Paris, 1881).
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106 NATURE DE L'IDÉE DU BIEN RATIONNEL à Sa
et sensitive aux fonctions supérieures de la vie spirituelle, de la vie. raisonnable et libre (1). Mais l’homme ne vit pas isolé. Il faut encore que le développement de notre personnalité se fasse, non pas au détri- » ment, mais à l’avantage des autres personnalités dont. la valeur est . égale à la nôtre. Le souverain bien de l’homme, sa perfection, consiste ; donc, en dernière analyse, dans l'épanouissement intégral et ordonné \ 0e toutes ses facultés, qui n’a de limite que le respect des: autres personnalités. C’est en réalisant cette fin que notre activité attemdra la per- M fection dont elle est capable : la vertu ou habitude de faire le bien, qui est l'accroissement de notre être moral, et le bonheur ou satisfaction | É complète et harmonieuse de toutes nos tendances, qui est la conséquence. 4 et la récompense du bien pratiqué. 4
Conclusion : bref, la perfection de l’homme consiste dans le développement complet et harmonieux de toutes ses facultés, subordonné « à la faculté caractéristique de l’homme, à la raison. C'est pourquoi ces « formules : Obéir à la raison. Suivre l'ordre. Ressembler à Dieu. Aimer * Dieu, qui prescrit cette obéissance et cette observation (46, $ B), sont | au fond des formules Unes de la loi morale (?). PAL