‹ Traité de philosophie 1923Chapitre 242 sur 761 · À — LA SOCIÉTÉ EST UN ÉTAT CONTRE NATURE · texte numérisé non relu

À — LA SOCIÉTÉ EST UN ÉTAT CONTRE NATURE

Hogges (!) et Rousseau (?) ont prétendu que la société n’est pas un état naturel à l’homme. Pour Hobbes, l’état naturel, c’est l’état de guerre : Bellum omnium in omnes. Pour y mettre fin, les hommes s& sont unis et rapprochés au moyen d’une convention. Mais ce n’est là qu’un rapprochement accidentel né de la crainte. Rousseau a imaginé une double hypothèse : 4

10 [La bonté originelle de l’homme : « L'homme naît bon : : la société, le déprave »; elle n’est donc pas naturelle.

20 L'état de nature : primitivement l’homme vivait heureux, indé pendant, en dehors de toute société. L’'inégalité des aptitudes amena. l'inégalité des conditions ; de là débordement des passions et conflits perpétuels. Pour ne pas périr, mais échapper à cet état violent, les. hommes se décidèrent à conclure un pacte social, à former une société qui protégeât par la force commune la personne et les biens de chacun. Les citoyens associés, c’est-à-dire le peuple, aliènent leurs droits au profit, de la communauté et investissent du pouvoir de leur commander ceux qu'ils choisissent pour mandataires. C’est la théorie du peuple souverain : s. tout pouvoir émane de lui directement ou indirectement. Cette souves raineté est essentiellement inaliénable ; les gouvernants sont les commis du peuple, toujours révocables à son gré. Si les mandataires refusent des résilier leurs fonctions, le peuple peut les contraindre par la force armée. La conséquence c’est donc l'anarchie toujours en perspective.

Cette théorie suppose l’unanimité des citoyens ; mais comme cette unanimité est irréalisable, on se contentera de la majorité. C’est la sou veraineté du nombre ; ce est la majorité qui exercéra le pouvoir par elle même ou ses représentants. La majorité ne connaît pas plus de limites.

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(1) HoBBEs, De Cive, C. 1; Leviathan, C. x1t1. — Cf. G. SorTais, La Foso pie moderne depuis Bacon jusqu’à Leibniz, T. II, p. 368-372.

(?) J.-J. RoussEAU, Du contrat social, L. ‘18 —J.F.NouURrRISSON, Rousseau el le Éousedne isme. — G.-F. BERTHIER, Observations sur le Contrat social de J.-J. Rousseau. — F. ATGER, Essai sur l’histoire des doctrines du Contrat social. +71

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