‹ Traité de philosophie 1923Chapitre 539 sur 761 · LA CONTINGENCE DU MONDE ODA · texte numérisé non relu

LA CONTINGENCE DU MONDE ODA

Houtes ces preuves s'appuient sur le principe de raison suffisante r le principe de causalité, et conséquemment peuvent être appelées : taphysiques.

* Ou bien on fait AB bation de l'expérience et l'on conclut a priori du À ncept de Pêtre parfait à son existence. De là la preuve ontologique.

SECTION I A

Preuves a posteriori.

67. — LA CONTINGENCE DU MONDE ie

) Exposé de l’argument dre : le monde physique

b'composé de substances contingentes, c’est-à-dire qui existent de

lle facon qu’elles auraient pu et pourraient aussi bien ne pas être

être. En effet, le monde contient une pluralité d’êtres distincts.

aucun de ces êtres n’a, en lui-même, sa raison d’être et par consé-

nt n'existe par lui-même. Tous sont ‘relatifs les uns aux autres, car

e conditionnent réciproquement. L'ensemble de ces êtres, qui consti-

t le monde, n'existe donc pas par lui-même; par conséquent le

onde est contingent.

Or des êtres contingents supposent un Être qui soit par lui-même,

-à-dire un Être nécessaire. En effet, il est impossible qu 1 ait

des êtres contingents, car toute chose doit avoir sa raison d’être.

ble contingent est ce qui de soi est indifférent à exister ou à ne pas ter ; donc s’il existe, c’est qu'il a trouvé, en dehors de soi, la raison

on existence. Par conséquent, à moins d'aller à l'infini, ce qui

Ugne, il faut arriver, en dernière analyse, à l’Être qui soit de lui-

ème, à TÊtre A se, dont l'essence même soit d’être, c’est-à-dire à

Etre nécessaire, à | à Dieu : : car, comme dit Bossuet : « Qu” il Y ait Un Sens

ent où rien ne soit, éternellement rien ne sera (1). » cn

} Objections : I. —— On a soutenu la possibilité d’une série d'êtres

Jà à la nécessité d’une cause première, nécessaire, éternelle. a Réponse : a) S. Clarke (2) a très bien réfuté cette objection par

) FA ERRNE De la connaissance de Dieu..., Ch. Iv, $ 5. j! ) S. Don Démonstration de l’ existence ve des attributs ag Dieu pour servir de réponse

LA CONTINGENCE DU MONDE à AUTEUR constituant la série, chacun d’eux a sa cause, mais. inadéquate, da celui qui le précède, puisqu' aucun n'existe par lui-même. Si lon consi: dère l’ensemble de la série, elle est sans cause suffisante, puisqu'elle ne la trouve ni en soi, ni hors de soi. Elle ne la trouve pas en elle-même car, aucun des termes composants n’existant par soi, leur ensemble ne saurait davantage exister par lui-même. Elle ne la trouve pas en dehors de soi, car, par hypothèse, on soutient qu’elle n’a pas sa caust Au un dire exteieus diel (1). À

b) Si l’on prétend que la série des êtres est telle qu'un être a toujour rs précédé un autre, cette série d’êtres, qui se sont succédé jusqu’à ce jour constituerait un nombre infini, ei réalisé. Or un nombre infini actuel renferme une contradiction. Prouvons-le.

Une série qui contient plus de termes conséquents que d’anté cédents, répugne. En effet, le terme conséquent, par le fait même a} suit, exige un terme qui le précède. à (où

Or une série, actuellement composée d’un rain infini de termes, contiendrait plus de conséquents que d’antécédents. En effet, tous les termes de cette série seraient conséquents, puisqu'il n’y a pas de terme premier, et cependant ils ne seraient pas tous antécédents parce que Îk terme dernier, qui clôt la série, est seulement conséquent, le terme suivant n’existant pas encore. C’est ainsi, pour concréter notre pensée, que dans l'hypothèse d’une série actuellement infinie de jours qui sê

pas encore (2).

(1) On présente quelquefois lobisolion non plus sous la forme de série indéfinie, mal de série circulaire d'êtres dont chacun serait et l'effet du précédent et la cause du suivan Mais, sous cette nouvelle forme, l'hypothèse reste absurde, comme nous l'avons déj montré ailleurs (LOGIQUE, 37, $ B, II). |

(?) CAUCHY, que J. BERTRAND, bon juge en pareille matière, a proclamé Fe premier mathématicien du xix° siècle, s’est prononcé contre la possibilité d’une série ou d’un Dos permanente actuellement composée d’un nombre infini de termes ou de parties. £

Si la suite des nombres entiers pouvait être supposée actuellement prolongée à link Le termes carrés y seraient en très grande minorité. Or cette dernière condition, qui deyr être Satisfaite dans l'hypothèse dont il s’agit, est pourtant incompatible avec cette même hypothèse, car, dans la suite des nombres entiers actuellement prolongée à l'infini, se trouverait, avec chaque terme non carré, le carré de ce terme, puis le carré du carré, etc. . Done;

puisque l’hypothèse de la suite prolongée à l’infini entraîne des contradictions manifestes,

pour la première fois par Galilée... Cette proposition fondamentale : qu’on ne saur

admettre une suite ou série actuellement composée d’un nombre infini de termes, peut êt démontrée par les mathématiques de mille manières différentes. A0 « La proposition fondamentale ci-dessus mentionnée s’appliquerait aussi bien à série de termes ou d’objets qui auraient existé successivement, ou même à une série d’évé: nements qui auraient succédé les uns aux autres, qu’à une série de termes dont l'existence serait simultanée ; et, dans les deux cas, il est également impossible que le nombre de ces termes, de ces objets, de ces événements, soit devenu actuellement infini... » (A. 1 {

cette hypothèse doit être rejetée. La démonstration que nous venons de rappeler a été “at

Sept leçons de physique générale, p. 24-25. Paris, Gauthier-Villars, 1868).

a LA CONTINGENCE DU MONDE 559

IL. — dues Kant, le principe de causalité n’est applicable qu’à

nu ne conséquent à un phénomène antécédent ; mais il ne nous autorise $ à nous élever au delà du monde phénoménal jusqu’à une réalité en soi, à un noumène.

Réponse : a) Générale : elle consiste à contester la valeur de la | ss criticiste de la VF dont Kant nous offre ici une application. C'est déjà fait (6, $ C … b) Spéciale : on a vu Dur ja SA, IV : LOGIQUE, 67, Sect. IT, A) qu'il y a deux sortes de causalité : l’une empirique et scientifique ui réduit la notion de cause à l’idée de phénomène antécédent el nécessaire un autre phénomène ; l’autre psychologique et métaphysique, qui la ramène à l’idée d’être produisant quelque chose. Or de ces deux conceptions Kant n'accepte que la première, excluant arbitrairement la seconde, fl n’a pas le droit en effet de faire cette exclusion. Nous atteignons la

Oduisant tel ou tel phénomène. Voilà l’origine première de la notion de cause et du principe de causalité que nous transportons par analogie dehors de nous. La causalité, au sens complet du mot, telle que nous révèle la conscience, est donc un être, une substance douée d’une nergie permanente : elle implique l’idée de production. Dans les sciences expérimentales, qui se bornent à établir des lois de succession, on entend cause l’antécédent invariable d’un autre phénomène : elle implique lée de succession constante. On n’est plus en présence de la causalité

oprement’ dite, mais d’une condition nécessaire et suifisante. C’est pourquoi le principe qu’on en dégage n’est pas le principe de causalité ritable ; c'en est plutôt la dégradation pour Padapter au but des ences expérimentales. Les savants parlent improprement, lorsqu'ils pellent cause un antécédent invariable : ils devraient dire condition. oncluons donc que le principe de causalité, entendu dans cé sens resreint et impropre, serait pour la preuve cosmologique une base insuffisante ; mais nous l’employons dans son sens plénier qui fournit à cette preuve un fondement solide. Or Kant n’a pas prouvé que cet emploi était Hégitime ; bien plus, il a lui-même usé du principe de causalité, au sens plein, se mettant ainsi, il est vrai, en opposition avec sa propre doctrine (6, SC, VI). Mais cette contradiction montre combien l’usage en question est naturel et nécessaire.

Remarque. — L’arguméent cosmologique prouve directement qu'il existe un être nécessaire et éternel. Bien que lidée de perfection SOI contenue implicitement dans la compréhension d’être nécessaire et

éternel, cette inclusion n’est pas immédiatement évidente. Car 1l ne

parait pas répugner, à première vue, qu'on puisse concevoir un être | nécessaire et en même temps imparfait. Témoin Platon qui, à côté de

l'expérience. Ce principe nous permet seulement de rattacher un phéno-

ïtable cause en nous-mêmes par la conscience : nous nous sentons

fe

RS D PP OR A TE DA ER si MAN AU dde

à TN, k pale x

LE MOUVEMENT DE LA MATIÈRE Où à

Dieu, admet, une espèce de matière nécessaire et éternelle comme lui mais cependant imparfaite. Il n’est donc pas d’évidence imméd que lÉtre nécessaire est nécessairement l'Être parfait. L’argumen n’aboutit qu’à cette conclusion : il existe un être nécessaire et éterne Mais cet être reste encore indéterminé : Est-ce la matière comme € soutient Spencer ? Est-ce Dieu, comme l’affirme le Spiritualisme ?. L preuve cosmologique a donc besoin d’un complément (68, 26). 50

Page 1