‹ Traité de philosophie 1923Chapitre 569 sur 761 · B. AMOUR, BONTÉ, VÉRACITÉ · texte numérisé non relu

B. AMOUR, BONTÉ, VÉRACITÉ

A) — L'homme n’est pas seulement un être doué d'intelligence, ETS de sensibilité ; non seulement il pense, mais il aime. L'amour

nu. Ilest souvent imparfait, s’aveugle et s’égare. Alors même qu 1 Ste dans l’ordre, il est toujours mélangé de crainte et d'espérance. [ais, en soi, Jamour est une perfection, car c’est un mouvement de âme qui la porte à s’unir au bien. Éliminons les misères qui le déparent et les limites qui le bornent dans l’homme, et ainsi épuré attribuons-le à Dieu.

.… Dieu s'aime d’abord lui-même : étant le bien infini et se connaissant omme tel, 1l s'aime nécessairement d’un amour adéquat à son objet, dun amour infini. L'intelligence et l’amour s'appellent. De même que

Dieu a une Intelligence où la vérité est éternellement comprise, ainsi il a

une volonté où le bien est souverainement aimé. Bien plus, pour parler.

exactement, comme en Dieu les pertections ne se distinguent pas de son

essence, mais constituent son essence même toujours en acte, il faut dire Sn

que Di est l'amour arfait, comme il est la science infinie. P

1} Res est omnino difficilis et fortasse in hac vita incomprehensibilis, qua ratione Deus. Ta prænoscat. (BELLARMIN, Controv, de Gratia… » L. IV, C. xv, $ Sextum Argumentum.…

volonté, le degré de sa puissance, la quantité de ses forces disponibles. |

4 Conclusion, — Des diverses solutions proposées jusqu’ iCi aucune n'est bat jar On ne peut que souscrire à cette sage

Dieu en contemplant son essence connait en elle toute chose ; de me en s’aimant il aime tous les êtres en lui-même et pour lui- -même. 4 on

Il aime chacun en proportion de sa valeur, c’est-à-dire de son degré d perfection. Mais, comme les divers degrés de perfection des êtres so: t des dons de Dieu et des imitations de son essence, tout ce qu’il y découvre en eux de perfection et par conséquent d’aimable est un reflet de sa perfection infinie. te Le . B) — La perfection de l'amour divin implique la Béatitude, la Bonté. la Sainteté et la Justice infinies : | RÉEL IIS 19 Béatitude : le bonheur consiste dans la possession assurée et

adéquate du bien pour lequel on est fait. Ici-bas, tout amour est pl

ou moins soufirant, parce qu'il est plus ou moins séparé de son objet. Mais, comme Dieu se connaît et s’aime éternellement et infiniment, il a la possession pleine et immuable de ce qui est l’objet de sa pensée et de son amour, c’est-à-dire de ses perfections infinies ;‘il jouit don@ d’une félicité sans bornes. . : ee 4

20 Bonté : l’amour heureux et satisfait engendre la bonté, qui consiste à vouloir et à faire du bien aux autres. Celui qui possède le bien aime à le répandre autour de lui : Bonum est sui difjusioum. Aussi lPapôtre saint Jean a-t-il pu dire de Dieu : Deus caritas est (2). Cette définition, encore que nécessairement incomplète, puisque la perfection divine est inépuisable et incompréhensible, est la plus belle peut-être, parce qu’elle implique les précédentes et les couronne. C’est d’ailleurs la plus populaire, car pour l’humanité Dieu est avant tout Le bon Diew

30 Sainteté : elle suppose l’absence du mal et la présence du hier moral à un degré éminent. C’est la splendeur de l’ordre dans l'amour : Ordo amoris (S. Augustin). Or Dieu est le bien souverain, il ne peut ni

aimer ni vouloir le moindre mal ; il est done la sainteté infinie.

40 Justice : c’est une vertu qui dispose à rendre à chacun son dû” elle implique le respect de l’ordre qui demande que toute chose soit à son rang et à sa place. Or Dieu, étant infiniment sage, veut que l’ordre essentiel des choses, qui en définitive repose sur son essence (Mon. 0, $ B) soit fidèlement observé : Ratio divina vel voluntas Dei ordinem naturalem conservart jubens, perturbari vetans (?). à

Sans doute Dieu, à parler en rigueur, ne doit rien à ses créatures, puisqu'elles ont tout reçu de lui gratuitement et qu’il doit rester abso” lument indépendant, sous peine de n’être plus parfait. Cependant Dieu se doit à lui-même d’agir envers tous suivant sa sagesse infinie. D’où les conséquences suivantes : 4) Dieu ne peut ni ne veut rien exiger des créatures libres qu’en proportion de ses libéralités. — à) I] peut et veut, établir un accord parfait entre le mérite et le bonheur, entre le démérite

(2) S. JEAN, I Epist., IV, 8.

{*) S. AuGuSTIN, Contra Faustum, L. XXII, C: xxvir.

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