‹ Traité de philosophie 1923Chapitre 59 sur 761 · MORALE UTILITAIRE DE BENTHAM · texte numérisé non relu

MORALE UTILITAIRE DE BENTHAM

douleurs. Une action est utile quand la somme de ses conséquences agréables l'emporte sur celle de ses conséquences pénibles. La vertu | consiste à « maximiser les plaisirs et à minimiser les peines ». La morale est done le calcul de l'utilité des actes humains et devient une arithmétique des plaisirs. Dans ce calcul il faut tenir compte de la valeur du : plaisir qui dépend de ses caractères. Bentham en énumère sept : .

40 Intensité: -— 20 Durée; — 30 Proximité; — 4° Certitude; — . 50 Pureté (— plaisir net de toute peine) ; — 60 Fécondité (= plaisir suivi de beaucoup d’autres); — 70 Étendue (— plaisir susceptible -

d’être goûté par un plus grand nombre) (7). Ces caractères sont extrinsèques au plaisir, c’est-à-dire font abstraction de la qualité. Pour Bentham, tous les plaisirs sont homogènes, de même espèce ; leur différence vient de la quantité (17 et 2e caractères) ou des circonstances extérieures (b derniers caractères). Eee HO APE Bentham est loin de négliger la considération du bien social, ce n’est pas dans un but désintéressé, mais parce qu’il croit que: Pintérêt personnel et l'intérêt général sont inséparables. En effet, ditAl, en dehors de la société, l'individu ne peut se procurer ce qui lui est nécessaire pour vivre ; son bonheur dépend du bonheur des autres. « En travaillant pour la ruche, l'abeille travaille pour elle-même. » De plus, Phomme étant un être sociable, ses plaisirs les plus vifs ont leur source dans le plaisir des autres, soit qu’il le leur proçure, soit qu’il en jouisse par sympathie. La doctrine de Bentham se résume en cette formule : « Le plus grand bonheur pour le plus grand nombre. » Autrement on fait un mauvais calcul. L'homme vertueux est « un économe prudent qu rentre dans ses avances et accumule les intérêts ». R É B) Critique : I. — Le calcul de Bentham est impossible : on ne peut opérer sur des plaisirs comme sur des chiffres ; le plaisir n’est pas mesurable et le nombre par lequel on le représente n’est qu’une abstraction | vide de sens. Voici deux plaisirs qui vous sollicitent : faire une partie de chasse, assister un ami malade. Essayez de les comparer sous les # aspects dont parle Bentham et vous verrez que le calcul est chimérique. Toute mesure implique une unité. Où la prendre ? Elle suppose encore des choses fixes et invariables. Quoi de plus mobile que les plaisirs et leurs caractères ? Qui déterminera le coefficient propre à chaque carac-

IT. —— L'intérêt inspire souvent les actions humaines ; mais il n’est

Ps “ Xe

(2) Bentham fait la somme des plaisirs et des peines que produit l'ivresse. Lecalcul des conséquences qu’elle entraîne montre que c’est une mauvaise affaire. Cf. Déontologie. Trad. de B. L'AROCHE, Paris, 1834, T. II, Ch. 11. Prudence personnelle, p. 145-146. |

. (86) 0 UruraRsME RECTIFIÉ DE S. MILL 04

D: pas l’unique de notre activité. Nous avons établi en psycho-

logie (50, $ I), contre La ROCRERCUCAUNL l'existence d’inclinations 14 désintéressées.

IIT. — Supposons que l'intérêt bien entendu obtienne pratiquement

les mêmes résultats que le devoir, il ne pourrait cependant être le prin-

cipe de la loi morale. Notre intérêt, dit Bentham, est d’être laborieux,

sobres, justes ; soit. En suivant cette maxime on pourra être habile. mais non pas vertueux. C’est le cas de répéter ce que Fontenelle disait

d’un voleur conduit en prison : « C’est un homme qui a mal calculé. » C’est que l'intérêt n’est pas : | . 10 Obligatoire, comme la loi morale. On n’est pas tenu d’être habile. mais honnête homme. « La maxime de l’amour de soi conseille, dit Kant, la loi de la moralité commande (1).

20 Absolu : il est relatif aux personnes, aux situations et aux cir-

constances, car l'intérêt c’est l’utile, et l’utile est essentiellement conditionnel.

30 Universel : les intérêts sont souvent opposés et contradictoires. IV. — Il n’est pas vrai d’ailleurs que l'intérêt et le devoir coïncident toujours. Il n’est pas vrai que l’honnêteté est, dans tous les cas, la meilleure des politiques. Il y a des exceptions. Ordmarement l'intérêt

ine conseille de ne pas voler, mais si le besoin est urgent, si la somme est considérable, si le vol doit passer inaperçu, mon intérêt n'est-il pas de prendre l'argent ? Toute règle utilitaire n’est donc qu’un impératif

hypothétique, chacun restant juge en dernier ressort s’il doit lui obéir ou passer outre. :

Cependant, si par intérêt on era non l'intérêt immédiat, mais

» l'intérêt définitif où les sanctions de la vie future entrent en ligne dése

(compte, VPintérêt véritable consistera toujours à faire son devoir. Dans ce cas, intérêt et devoir coïncident en fait matériellement. Mais, formel-

lemeni, l'intérêt reste distinct du devoir comme motif déco C’est

le devoir qui doit inspirer nos actes ; le bonheur sera la conséquence

A . du devoir accompli (40).

sh SÉ

À di

Page 1