‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 200 sur 604 · LE SOCIALISME : COLLECTIVISME · texte numérisé non relu

LE SOCIALISME : COLLECTIVISME

raison de leurs propriétés diverses, peuvent aussi bien figurer parmi les instruments de production que parmi les matières de consommation. Tout objet de consommation peut devenir capital, par cela seul qu'on lui donne un emploi productif : vg. je puis consommer les fruits de mon jardin ou les vendre.

II. — Réfutation (^) : l'établissement d'une vaste société collectiviste est impossible, comme institution stable et viable, étant donnés les penchants impérieux de l'humanité. En eiïet :

A) D'après le Collectivisme, les biens de production seront « socialisés » (2), les biens do consommation laissés à la disposition des citoyens. — Mais comment, en pratique, établir la distinction entre ces deux sortes de biens ?

B) L'État économique devra déterminer, après enquête, la quantité et la quotité des objets à produire ; c'est le seul moyen de mettre fin à V anarchie de la production. — Mais cette détermination est pratiquement impossible.

C) Supposons ces difficultés surmontées, il faut organiser le travail. Pour cela l'Office du travail devra :

1° Recenser exactement la main- d' œuvre disponible: comment répartir en effet le travail sans connaître le nombre des ouvriers valides par commune ? Si l'on impose le domicile forcé, c'est un servage ; si l'on accorde la libre circulation, l'organisation du travail est irréalisable.

2° Distribuer les emplois : si on laisse le choix de la profession, qui se chargera des travaux répugnants ? Si l'État économique procède d'autorité à cette distribution, que deviennent la liberté et l'égalité ?

D) En admettant qu'on puisse vaincre les obstacles précédents, reste à résoudre cette question : comment l'État économique répartira-t-il le produit net du travail collectif ? Ici on se heurte à des diffi-

( ') V. Cathrein, Der Socialîsmus. Das Privateigenthum. — P. Leroy-Beaulieu, Le collectivisme. — E. Richter, Où mène le socialisme ? — J. Rae, Il socialismo conlemporaneo. — Dawson, German Socialism. — R. Meyer et G. Ardant, La question agraire. Le mouvement agraire... — S. Webb, Socialism in England. — G. Weill, Histoire du mouvement social en France (1852-1902). — G. Renard, Socialisme intégral et Marxisme. — Ch. Antoine, Cours d'Economie sociale, Ch. ix.

(") « On dit généralement, et même parfois dans les livres, que « socialiser » c'est tout reniettre entre les mains de l'État et que, par conséquent, sous le régime collectiviste l'État gérerait toutes les industries et commerces comme il fait actuellement des manufactures ou bureaux de tabac, et exploiterait les terres comme il fait actuellement des forêts. Mais les collectivistes protestent contre cette façon de présenter leur programme : ils déclarent que leur but n'est point d'étendre indéfiniment les fonctions de l'État, mais de les supprimer successivement... L'État, tel qu'il existe aujourd'hui, le Gouvernement, comme on l'appelle, représentant de la classe possédante ou bourgeoise, sera remplacé par un gouvernement purement économique, semblable au conseil d'administration des Fédérations coopératives de consommation et qui ne sera que l'organe central des travailleurs organisés. » (Ch. Gide, Cours d'Economie politique, Part. I, L. III, Ch. ii, § III, T. II, p. 181, Paris, 1920"). — Cf. Vanpervelde, Le Socialisme contre l'Etat.

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