‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 202 sur 604 · C — AUTRES FORMES DE SOCIALISME · texte numérisé non relu

C — AUTRES FORMES DE SOCIALISME

I. L'Ecole réformiste. — Elle respecte la propriété privée avec tous les droits qui y sont inhérents, mais elle vise à en prévenir les abus en v apportant certaines restrictions : vg. limitation du taux de l'intérêt et des fermages, fixation d'un minimum des salaires, attribution, à titre gratuit, aux ouvriers dans les sociétés par actions d'une part du capital social, imposition de certaines conditions pour la direction des usines et l'exploitation des terres, mines, etc

Ce n'est pas là du Socialisme proprement dit ; c'est du Socialisme d'État.

IL Le Syndicalisme. — Voici ses caractères distinctifs :

10 C'est un socialisme exclusivement ouvrier.

20 Le Syndicat est le fondement de tout le système, parce que le syndicat, étant une association professionnelle qui n'admet que des travailleurs de même profession, exclut par là même les éléments bourgeois. La direction du mouvement social appartient à la Confédération générale de tous les Syndicats ou Bourses du travail (la C. G. T.).

30 II ne demanderas la réalisation de ses fins à la loi, àl'actionpar- Icmentaire, à des concessions faites par les classes possédantes, mais à Vaction directe, signifiant par là que les ouvriers doivent faire triompher leur programme par leurs propres moyens. Ces moyens sont la propagande, la grève et même, d'après certains, le sabotage. « S'agit-il de réduction de la journée de travail, ou d'augmentation de salaire ? il ne faut pas demander, il faut prendre. Et, en cas de résistance, il faut user de l'arme qui est la grève, en user non p^as, comme le syndica-

(') Ch. Gide, Cours d'Economie politique, Part. I, L. III, Ch. ii, § I.

( •) Certains auteurs parlent de socialisme chrétien ou catholique (vg. Fr. S. Nitti, n socialismo catlolico. — H. Joly, Le socialisme chrétien) ; mais ce sont là deux mots qu on ne saurait juxtaposer, car le catholicisme et le socialisme ont des doctrmes irréductibles. Cf. Ch. Antoine, Cours d'Economie sociale, Ch. ix, Art. Vil, p. 251-252. Ch. x, Art. III. p. 275-276, Paris, 1908*. — Saint-Simon avait adopté comme formule de réparUtmn : « A chacun selon sa capacité, à chaque capacité selon ses besoins. » Cf. Weill, L Ecole Saint-Simonienne. — V. Pareto, Les systèmes socialistes contemporains. — G. Le Bon, Psychologie du socialisme. — Gibon, La participation des ouvriers aux bénéfices et les diOf cultes présentes. Des divers modes de rémunération du travail. — Ant. Menoer, L Etat sodaliate.

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lisme réformiste, avec prudence et seulement quand on croit être sûr du succès, mais s'en servir sans considération des résultats immédiats, comme un mode d'entraînement de la classe ouvrière et d'usure de la classe capitaliste. Et, lorsque l'heure de la Révolution sera venue, c'est par la grève générale qu'elle se fera... Cette méthode de l'action directe et cette haine de l'État rapprochent le Syndicalisme de l'Anarchisme. Elles le distinguent, au contraire, du Collectivisme, car, quoique celui-ci vise aussi à l'élimination de l'État, cependant il a pour tactique d'abord de le conquérir en participant à la vie politique et parlementaire, et en s'efforçant d'y devenir la majorité (^). »

Critique : « Ce programme se fonde sur ce postulat, que la classe ouvrière est tout, parce que c'est elle qui, par son travail, produit toute la richesse. Or ce fondement n'est solide que si la théorie de la valeur-travail est reconnue exacte ; mais, si l'on croit, au contraire — et telle est l'opinion aujourd'hui de la plupart des économistes — qu'elle est inexacte ou, en tout cas, incomplète et ne contenant qu'une part de vérité, alors le Syndicalisme se fait illusion sur sa toute-puissance, et ne peut résoudre à lui seul la question sociale (^). »

Il est superflu d'insister sur la nature immorale des moyens employés par le Syndicalisme révolutionnaire : action directe, lutte des classes, grève au sens expliqué ci-dessus, voire môme sabotage.

III. — Le Coopératisme. — • Tandis que le Collectivisme et le Syndicalisme sont dominés par le souci de la production, c'est du côté des consommateurs que se tourne la Coopératisme. Les sociétés coopératives veulent supprimer les intermédiaires inutiles, qui absorbent une part des profits, en faisant directement leurs achats aux producteurs, ou même en fabriquant elles-mêmes tout ce qui est nécessaire à leurs associés. Elles ne font pas la guerre au capital.

« Beaucoup de sociétés s'interdisent par leurs statuts de faire aucun profit ou le versent au fonds de réserve ; et celles mêmes qui en font le restituent à leurs membres au prorata de leurs achats (ou de leur travail, s'il s'agit d'une coopérative de production), mais jamais au prorata de leurs actions, c'est-à-dire du capital apporté par eux. Le service du capital-actions, comme celui du capital emprunté, est généralement payé, il est vrai, mais seulement par un intérêt modique, jamais par un dividende ; et même certaines sociétés n'allouent aucun intérêt au capital » ( ^). Le Coopératisme ne cherche donc pas à supprimer le capital, mais à enlever au capital « son rôle dirigeant dans la produc-

('"2) Ch. Gide, Cours d'Economie politique, Loco cilalo, § IV, T. II, p. 190.

( ') Ch. Gide, Cours d'Economie politique, Loco cilato, § V, T. II, p. 193. — « Ces sociétés sont en train de créer, au-dessus de la propriété individuelle, une propriété collective sous forme de fonds impersonnel employé au développement de la société et à des œuvres d'utilité sociale. » {Ibidem, p. 192, note 1).

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