DEVOIRS DES ÉPOUX (i
A) Avant le mariage : les futurs époux doivent :
1° Garder leur cœur intact pour celui ou pour celle qui aura le droit de le posséder.
2o Se rappeler qu'ils auront charge d'âmes et que leurs enfants seront plus ou moins solidaires de leurs vertus et de leurs vices.
3° Se guider dans leur choix d'après la raison et l'inclination. Ils
tM M. D'IIuLST, Conférences de Notre-Dame, II« et III^ Conférences, 1894.
doivent mettre au-dessus de tout les qualités intellectuelles et morales, c'est-à-dire la beauté de l'âme. La raison doit contrôler l'inclination.
B) Pendant le mariage : ils se doivent fidélité ; ils doivent respecter les fins du mariage qui sont la perpétuité de la race humaine, l'éducation des enfants et l'assistance mutuelle. Le mari est le chef de la famille ; il ne doit pas exercer son autorité despotiquement, mais , par persuasion et par amitié. La femme est non sa servante, mais sa. compagne et son amie ; elle lui doit obéissance. Au mari de protéger la, famille et de travailler pour elle ; à la femme les soins intérieurs (79).;
On entend par Féminisme la doctrine qui réclame l'extension des droits de la femme. Sous sa forme extrême, elle va jusqu'à demander la pleine émancipation de la femme et sa complète égalité avec l'homme. Tel est le programme formulé par Bebel {^) et accepté par beaucoup de socialistes. Mais il est des revendications plus modérées qui méritent d'être bien accueillies.
Gomme la question est complexe, il importe de l'envisager successivement sous ses divers aspects : familial, économique et social, enfin politique.
I. — Point de vue familial. — Sous peine d'anarchie et de ruine, il faut, en toute société, une autorité qui commande. Dans la famille ce rôle revient manifestement à l'homme, d'après les indications mêmes de la nature, car c'est lui que la nature a fait le plus apte à le remplir. L'homme, en effet, si l'on parle en général, l'emporte sur la femme par la maturité et la fermeté du jugement, l'énergie du caractère, l'aptitude aux affaires et la vigueur corporelle, toutes qualités qui conviennent à un chef.
La révélation confirme et complète, au nom de Dieu, ces données fournies par l'expérience et la raison : « Que les femmes soient soumises à leurs maris comme au Seigneur, car le mari est le chef de la femme, comme le Christ est le chef de l'Éghsc.... ))(3). LéoN XIII, dans l'Encyclique Rerum novarum, s'exprime ainsi : « Aussi bien que la société civile,
{') M"« L. Zanta, Psychologie du Féminisme, Paris, 1922.
( ') Die voile Emanzipation (1er Frau und ihre Gleichstellung mit dem Mann ist da^ schlieszliche Zicl unserer Kulturenlwicklung {Die Frau, 29° Édit., p. 435).
( ') Mulieres viris suis subdilae sint, sicut Domino, quoniam vir est caput mulieris, sicut Christus est caput Ecclesiae... (S. Paul, Ep. aux Éphésiens, Ch. v, v. 22-23).
la famille est une société proprement dite avec son autorité propre, l'autorité et le gouvernement paternels (^). »
On ne saurait donc approuver, à aucun titre, la demande de ceux qui revendiquent la pleine émancipation de la femme et sa complète égalité avec l'homme : ce serait la ruine de la famille et, partant, de la société, puisque la famille constitue la cellule sociale.
Sans doute la femme est l'égale de son mari par rapport aux droits qui sont inhérents à la nature humaine (55, § A). Mais quand l'homme et la femme s'unissent pour contracter mariage, l'inégalité apparaît. La famille, en effet, n'est pas une société d'égaux : les enfants doivent obéissance aux parents, et la femme à son mari. Mais cette obéissance n'a rien de dégradant pour la femme, car celle-ci «doit obéir à son mari, non comme une servante, mais comme une compagne » {^). Pour être différent de celui de l'homme, le rôle de la femme n'est pas moins beau dans son genre. Si l'homme est la tête de la famille, la femme en est le cœur. Sa fonction providentielle est de faire l'éducation morale et religieuse des enfants ; c'est aussi de rendre le home agréable et la vie intérieure chère aux membres de la famille, en les charmant par sa bonne grâce et ses prévenances, en veillant à l'ordre, à la propreté et à l'économie du ménage. Ses qualités de tendresse et de dévouement, ses aptitudes de ménagère la prédestinent à bien remplir cette double fonction. La vraie place de la femme est donc au foyer domestique, où ses capacités naturelles trouvent leur bienfaisant emploi.
Quant au régime des biens, la loi naturelle et la loi chrétienne ne prescrivent rien (^). La femme est libre, par conséquent, au regard de la conscience, de choisir le mode qui lui paraîtra le meilleur : communauté de biens entre époux ou séparation.
II. — Points de vue économique et social. — • Les nouvelles conditions économiques, notamment les progrès de la grande industrie, ont modifié profondément le régime du travail. Autrefois la femme, jeune fille ou épouse, pouvait travailler à la maison, sous la direction du chef de famille. Comme le gain du mari est souvent incapable de suffire à l'en-
( M Qu^madmodum civitas, eodem modo familia veri nominis societas est, quae potestate propria, hoc est paterna regitur. (Encycl. Rerum novarum, 16 mai 1891. Lettres apostoliques de Léon XIII, Édition de la Bonne Presse, T. III, p. 26).
(^) Vir est familiae princeps et caput mulieris, quae tamen... subjiciatur pareatque viro in morem non ancillae, sed sociae. (Léon XIII, Encyclique Arcanum, 10 février 1880. Même édition, T. I, p. 84).
(*) Le Code civil est trop restrictif. » ... On peut approuver les lois qui, depuis trente ans, ont élargi sensiblement les pouvoirs de la femme mariée en matière d'épargne », et « l'on peut souhaiter une augmentation de ses droits dans la direction intérieure du ménage 6t l'administration des produits de son travail personnel... » (H. T.vudière, Famille, dans Dictionnaire apologétique de la. Foi catholique, de A. d'Alès, T. I, col. 1895, Paris, 1916).
tietien des siens, la femme ne pouvant plus travailler à domicile est obligée d'aller à l'usine ou à la fabrique, pour gagner un supplément de ressources. C'est un pis-aller (^). Il faut donc viser à introduire un état économique qui permette à la mère de famille de rester au foyer, où sa présence est nécessaire au bon ordre et à la prospérité domestiques, et laisse à la jeune fille le temps de s'initier au rôle de ménagère.
Avec le temps, bien des professions sont devenues accessibles à la femme. Les portes de beaucoup d'administrations lui ont été ouvertes. Ses qualités naturelles la rendent particulièrement propre à l'éducation de la jeunesse, au soin des malades, aux œuvres d'assistance et de charité, etc. L'exercice de la médecine à l'égard des femmes et des enfants lui convient également. Elle peut déjà, être témoin, tutrice, faire partie des conseils d'administration des sociétés, des associations, des syndicats, des comités des pupilles de la nation.
IIL Point de vue politique. — C'est sur le terrain de la politique que les revendications féminines ont été les plus ardentes. Dès 1791, dans la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne qu'elle opposait à la Déclaration des droits de Vhomme et du citoyen^ une ancêtre du féminisme. Olympe de Gouges, écrivait : « La femme a le droit de monter sur l'échafaud ; elle doit également avoir celui de monter à la tribune {^). » Les Saint-Simoniens, Pierre Leroux et Fourier, les écoles socialistes, des publicistes éminents (^), ont réclamé pour la femme l'octroi des droits politiques. La résistance de l'opinion et des gouvernements a été longue et tenace. Mais les femmes ont fini par obtenir plus ou moins gain de cause dans nombre de pays. En fait, le suffrage féminin existe, en tout ou partiellement, en Australie, dans l'Afrique du Sud, la Nouvelle-Zélande, aux États-Unis, en Danemark, Finlande, Autriche, Allemagne, Angleterre, Hollande, Norvège, Suède, Tchéco-Slovaquie, Ukraine, Belgique, Irlande. En Finance, la Chambre des Députés a accordé aux femmes le droit de vote et l'éligibilité (mai 1919) (*).
Cette extension des droits politiques de la femme soulève des critiques qui nous semblent justifiées.
On fait remarquer que la place providentielle de la femme est,
( ') ■< C'est un fait, pour beaucoup, hélas 1 une dure nécessité ; mais pour la famille, c'est un mal ; car là où le mari et la femme travaillent hors de la maison, il n'y a plus de foyer, et, partant, plus d'éducation familiale, plus d'économie domestique ». (J. Guiraud, Un danger pour la famille, dans La Croix, 24 février 1922, p. 3, col. 5).
( •) L. Lacour, Les origines du Féminisme contemporain . Trois femmes de la Révolulion. Olympe de Gouges, Théroigne de Méricourt, Rose Lacombe, Paris, 1900. — L. Abensour, Le Féminisme sous le règne de Lo\ds- Philippe et en 184S, Paris, 1913.
( ') Par exemple, Éd. de Laboulaye, Recherches sur la condition civile et politique des femme», Paris, 1843. — St. Mill, The subjeclion of \<omen, Londres, 1869.
( *) Le Séi.at s'est prononcé contre (21 novembre 1922).
comme nous l'avons vu, au foyer domestique. Car c'est là qu'elle utilise ses qualités précieuses en remplissant la mission pour laquelle Dieu l'a faite, préparer dans ses enfants des hommes dévoués à la patrie et à la religion. C'est le meilleur service qu'elle puisse rendre à la société. Si ses qualités ne la prédisposent pas à la vie politique, on peut dire que ses déficits invitent à l'en éloigner : inférieure à l'homme en forces corporelles, elle est moins constante que lui, moins apte à la réflexion et au raisonnement, moins capable par là même de manier les affaires délicates ou complexes.
Bref, comme le dit, dans un excellent article, M. J. Guiraud : « En donnant aux époux des natures différentes. Dieu leur a assigné dans leur communauté des rôles différents qui doivent se compléter en une heureuse harmonie. Or sa nature même, ses aptitudes propres, sa maternité font de la femme le ministre de l'intérieur de l'État familial.... A l'homme la vie extérieure, avec le soin de procurer aux siens tout ce qui est nécessaire à l'existence et à la vie spirituelle et morale (^). »
De plus, accorder le droit de vote à la femme, c'est jeter dans la famille une semence féconde en discordes, à cause des vives discussions que ne peuvent manquer de susciter les questions brûlantes de la politique. « Nul ne le conteste : le plus actif dissolvant de tout groupement c'est la politique {^). » Or la paix et l'union sont le premier bien de toute société, surtout de la société familiale, dont les membres vivent dans un perpétuel tête-à-tête.
Les dangers signalés sont réels. Mais, comme le suffrage féminin n'est point chose mauvaise en soi, la doctrine catholique, tout en mettant en garde contre ses périls, ne le condamne pas. Il est même un cas où ce droit de vote s'impose, celui de la femme veuve qui est devenue, par la mort de son mari, chef de la famille et le représentant naturel de ses intérêts.
Il est possible, d'ailleurs, que le suffrage féminin apporte certains avantages. En tout cas, une fois établi, « il ne faut pas que les vaillantes se récusent et laissent le champ libre aux hardiesses et aux fantaisies des rnoins dignes. Les électrices pourraient beaucoup notamment pour faire aboutir enfin un texte efficace contre l'alcoolisme, pour faire dresser ces règlements d'hygiène sociale que les velléités masculines ont toujours ajournés. Elles pourraient encore se faire une spécialité des questions familiales, établir le cahier des revendications domesti(jues. Alors elles seraient les bienvenues autour des scrutins et ne seraient
( ') J. Guiraud, article cité. Ibidem, col. 5. ( ') J. Guiraud, article cité, Ibidem, col. 4.