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LE PROGRÈS

I. — Le Progrès en général : ses éléments constitutifs sont les mêmes que ceux de la civilisation (^). Le progrès c'est la marche en avant vers la réalisation de la perfection. La perfection est le plein développement des puissances d'un être dans le sens de sa fm (114).

Mais on peut se poser une question nouvelle. L'humanité est-elle indéfiniment perfectible ? La perfectibilité de V individu est indéfinie quant au degré possible d'imitation de l'idéal, en ce sens que, si de fait chacun s'arrête à un degré fini de perfection, il lui serait toujours possible de monter plus haut. La perfectibilité de Yhumanité est-elle aussi indéfinie ? Étant composée d'individus indéfiniment perfectibles, elle peut se perfectionner de plus en plus. Mais le progrès sera-t-il en fait indéfini ? On ne saurait répondre d'une façon absolue. La loi du progrès n'est pas fatale, puisque les individus composant la collectivité sont libres. Sans doute çà et là il y a recul et décadence, mais il semble que l'humanité, prise dans son ensemble, progresse (^). Cette conception n'a rien de commun avec celle de Hegel et de P. Leroux, qui rêvent pour l'humanité une perfection sans terme assignable, par un progrès fatal et continu : pour eux l'humanité c'est Dieu même en train de se faire.

IL — Le Progrès moral : le progrès matériel, économique, scientifique est manifeste. Le progrès moral est beaucoup moins évident, non seulement à cause de la complexité de la question, mais parce que

( ') s. Mill, Dissertations and Discussions polUical..., T. I, p. 160 sqq. Londres, 1859.

( *) CoNDORCET, Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain. — J. FÉLIX, Le Progrès par le Christianisme. — Fn. Bouillie n. Morale et Progrès. — Spencer, Essais sur le Progrès — G. de Greef, Le transformisme social. — J. Pioger, La vie sociale, la morale et le progrès. — W. Bagehot, Lois scientifiques du développement des nations. — Frederici, Les Lois du Progrès. — Matteuzzi, Les fadeurs de l'évolution des peuples. — Martinet, De la perfectibilité humaine. — C.-S. Devas, L'Église et le Progrès du Monde. Trad. de l'anglais par Folghera. — P. -F. Thomas, Pierre Leroux, sa vie, son œuvre, «a doctrine.

( ') » La Providence humaine, qui conduit admirablement toutes choses, gouverne la suite des générations humaines, depuis Adam jusqu'à la fin des siècles, comme un seul homme, qui, de l'enfance i\ la vieillesse, fournit sa carrière dans le temps en passant par tous les âges. » Saint Augustin, cité par Em. Faguet, Cf. Revue des Cours et Conférences, 8 déc. 1898, p. 149.

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l'un de ses éléments reste inaccessible : à savoir les intentions. On ne peut nier cependant qu'il y a un progrès réel :

1» Dans la Connaissance des idées morales. — L'ensemble de l'humanité est mieux instruite de ses devoirs. On réprouve aujourd'hui communément l'esclavage, les vengeances exercées par autorité privée, les raifînements dans les tortures, la mise à la question pour arracher des aveux. Il y a un sentiment plus vif des droits de l'équité, un souci plus grand de la justice distributive, une tendance de plus en plus accentuée à tempérer, par des institutions de bienfaisance et des mutualités, les conséquences pénibles de l'inégalité des conditions. Les rapports internationaux se sont adoucis : le pillage, le massacre des prisonniers, l'emploi d'armes empoisonnées, etc., sont prohibés par les nations civilisées. Le recours à l'arbitrage pour régler les conflits entre peuples commence à entrer dans les mœurs.

2° Dans le Respect extérieur de V ordre. — La sécurité est plus grande, les droits de chacun sont mieux protégés que dans les siècles passés.

Mais tout cela ne prouve pas qu'il y a plus de véritable vertu, parce que ce progrés de l'ordre extérieur peut provenir, moins de l'énergie morale des individus, que d'une contrainte plus efficacement exercée par les lois et l'opinion. Il faut convenir d'autre part que le progrès constaté dans la connaissance des idées morales ne peut manquer d'avoir un contre-coup heureux sur la moralité proprement dite. Cependant, comme la mesure de la vertu dépend surtout de la rectitude des intentions et que les intentions, inspiratrices des actions extérieures, nous échappent complètement, on doit nécessairement conclure qu'il est impossible de décider avec certitude si l'humanité progresse ou recule sous le rapport du bien moral strictement dit.

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