‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 351 sur 604 · ESPRIT, TALENT, GÉNIE C · texte numérisé non relu

ESPRIT, TALENT, GÉNIE C

L'originalité vraie suppose deux éléments :

1» Une plus grande puissance que celle des esprits ordinaires pour pénétrer les choses et saisir leurs rapports cachés. Voilà ce qui constitue les esprits distingués et les sépare du vulgaire.

2° Le second élément différencie les natures d'élite : il consiste dans un certain tour personnel (^), dans une certaine manière d'envisager les choses. Cette originalité est à l'intelligence ce que le caractère est à la volonté : elle constitue la physionomie intellectuelle. La masse des esprits possède un grand nombre de vérités, trop confusément pour se les formuler elle-même, mais assez clairement pour les reconnaître quand on les lui exprime. Le triomphe de l'originalité, c'est par conséquent « d'éclairer, comme dit Montaigne, le fond obscur des esprits, de les avertir d'eux-mêmes », de leur faire achever des conceptions, images et sentiments qu'ils avaient en eux-mêmes à l'état d'ébauche. L'originalité vraie n'est donc que le naturel à un degré éminent, car le naturel consiste à concevoir, à imaginer, à sentir ( = impression) et à rendre {= expression), mieux que le vulgaire, ce que le vulgaire conçoit, imagine et sent (*). Elle s'appelle, suivant le degré, esprit, talent ou

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