LES MOTIFS DES ACTIONS HUMAINES
La fin de l'activité humaine, le motif de nos actions, c'est le bien. Mais le bien se présente sous des formes variées. Chacun poursuit le bien qu'il croit être le meilleur, ce qui est pour lui le souverain bien, Tc'Ào; i- âecjv, finis bonorum {^). De là vient qu'il y a autant de systèmes de morale qu'il y a eu de conceptions diverses du souverain bien. Or nous avons constaté en Psychologie que nos inclinations tendent à une triple fin : les inclinations personnelles tendent au bien individuel ; les inclinations sociales^ au bien altruiste ; les inclinations supérieures, au bien rationnel. D'où trois grands systèmes de morale : 1^ Morale égoïste ou utilitaire ; — 2» Morale altruiste ou sentimentale ; — ?fi Morale rationnelle.
Le bien personnel se manifeste sous la forme du plaisir ou de l'intérêt. Le plaisir, c'est la satisfaction momentanée d'une de nos inclinations. L'intérêt c'est encore le plaisir, non le plaisir actuel, sans distinction, mais le plaisir réfléchi, calculé, réparti sur toute la vie : c'est la recherche du bonheur personnel. Et le bonheur personnel c'est la satisfaction de l'ensemble de nos inclinations. • — A côté des inclinations personnelles, iJ y a les inclinations qui nous portent vers autrui : de là les sentiments de bienveillance, de sympathie, d'amour de l'humanité. — Enfin nous éprouvons l'amour du bien imiversel sous dilTérentes formes, le respect de la loi morale, le bonheur rationnel, l'amour de l'ordre et l'amour de Dieu. C'est ainsi que tous les motifs des actions humaines se ramènent à quatre : au plaisir, à l'intérêt, au sentiment, au bien rationnel. Mais, en dernière analyse," ces divers motifs ne sont que des formes du bien : le plaisir et l'intérêt, formes du bien personnel ; le sentiment désintéressé, forme du bien altruiste ; enfin le bien rationnel, forme du bien universel. II s'agit de déterminer lequel de ces biens est le souverain bien et par conséquent doit servir de principe à la loi morale et de fin à l'activité
(') AmsTOTE, Morale à Nicomaque, L. I. — Cicéron, De finibus bonorum et malorum. — SÉNÈQUE, De vila beata. — L. Lessius, De Summo Bono. — Cousin, Du vrai, du beau et du bien. — P. Janet, La Morale, L. I. — J. Second, L'essence de la morale, Annales de Philos, chrâl. mars 1895. — Taparelli d'Azeglio, Essai théorique de Droit naturel, n. 1 sqq. Traduction française, Paris, 1857, T. I, p. 7 sqq.
( ') Ou, connue dit Aristote, la fin en soi, la fin suprême, ro TeXsto'xaTOv {Morale à Nicomaque, L. I, Cli. vu, n. 3).