‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 45 sur 604 · MORALE UTILITAIRE DE BENTHAM · texte numérisé non relu

MORALE UTILITAIRE DE BENTHAM

plaisir en repos (Iv aTacrst) : c'est celui de V esprit; il est calme, stable, pur, c'est-à-dire sans mélange de peine ou d'effort. C'est le plaisir de l'esprit qu'il faut préférer, parce qu'il rapproche le sage de l'idéal de la vie, qui est l'ataraxie, l'exemption de trouble^ d'inquiétude, de souffrance : ne pas souffrir, l'indolentia, c'est la volupté suprême. Les dieux seuls atteignent cet idéal ; le sage doit y tendre et pour cela il doit régler ses désirs de façon à diminuer ses besoins ; par là même il tarit la source de ses troubles.

Épicure distingue trois sortes de désirs : l*' naturels et nécessaires : vg. manger et boire. Il faut les satisfaire et c'est aisé, car « avec un pain d'orge et de l'eau, le sage rivalise de béatitude avec Jupiter » ; — 2^ naturels et non nécessaires : vg. désirs de mets recherchés, de riches parures, affections de la famille. Il faut les surveiller; — 3^ ni naturels, ni nécessaires : vg. désirs des richesses et des honneurs. Il faut s'en abstenir. La vertu n'a pas de valeur par elle-même ; cependant le sage la pratiquera, non pour elle-même^ mais à cause du plaisir qu'elle procure (^).

B) Critique : la doctrine d'Épicure est supérieure à celle d'Aristippe, parce qu'elle ne se contente pas de l'instinct pour nous diriger vers le bonheur, mais qu'elle y ajoute la raison. Elle est fausse pourtant, car :

1° Le plaisir a sa cause dans l' activité normalement déployée, et non dans l'absence de trouble qui est quelque chose de négatif. (Ps. 20, § II, A).

2° Les plaisirs intellectuels, par exemple, sont le résultat d'un grand déploiement d'activité.

3° Le plaisir choisi, calculé, l'intérêt en un mot, n'a pas les caractères d'une règle morale (25, B, III).

40 Cette doctrine, austère avec Épicure, retourna, avec ses disciples, à la morale cyrénaïque (22). C'est logique ; car, en dernière analyse, l'intérêt se ramène au plaisir. Or si le plaisir est le bien véritable, chacun le prend où bon lui semble : de quel droit Épicure imposerait-il les plaisirs calmes ?

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