‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 56 sur 604 · MORALE SOCIOLOGIQUE : RÉPONSE AUX REPROCHES · texte numérisé non relu

MORALE SOCIOLOGIQUE : RÉPONSE AUX REPROCHES

Il existe, avant l'apparition de toute théorie philosophique, une morale spontanée (^). « Une société a déjà atteint un certain degré de civilisation quand la science s'y organise ; mais elle n'a pu, à aucun moment de son évolution, se passer de règles morales et juridiques. Avant que ces règles devinssent un objet d'étude, elles s'imposaient déjà aux hommes dans le milieu où elles se trouvent admises. La tâche du théoricien de la morale n'est donc pas nécessairement de prescrire ou de légiférer ; pour édicter des préceptes, il arrive même trop tard : c'est déjà fait {^). »

Rien n'empêche cependant d'appeler la morale une « science normative », puisqu'elle détermine les principes et les lois idéales qui doivent guider la conduite, et trace ensuite les règles [normse) pratiques de l'action (3, A, Remarque I). La critique du concept de « science normative » n'a de sens et de valeur que si l'on restreint arbitrairement le champ de la science aux objets de pure expérience, en tant qu'ils tombent directement sous l'expérience. Mais la morale en formulant « ce qui doit être », enseigne « ce qui est », c'est-à-dire la réalité du . devoir. Or cette réalité est objet à& science par le fait même qu'elle est une réalité

2'^ Au second : il est dirigé contre ces philosophes qui « se sont constamment efforcés de faire de la morale une science déductive à l'image des mathématiques... » (^). Ce reproche vaut, par exemple, contre J.-J. Rousseau et l'École éclectique de Cousin (^) ; mais il ne porte pas contre saint Thomas qui recommande de donner pour base aux études morales l'expérience et la coutume (■^). C'est à l'observation des faits moraux, d'ordre individuel et d'ordre collectif, que le moraliste doit demander les documents dont il a besoin. Ce souci du fait concret, déjà réel chez les Scolastiques anciens, a grandi de nos jours avec les jirogrès de la méthode expérimentale.

3° Au troisième : nous lui avons déjà répondu en montrant que les notions et vérités fondamentales de la morale sont universelles et

( ') M. Llivy-Brùlil le reconnaît lui-même : « Sans doute, partout où existent des groupements humains, existent aussi entre leurs membres des relations que l'on peut qualifier de morales, c'est-à-dire qu'il s'y présente des actes permis ou défendus, en dehors de ceux (eu petit nombre) qui sont indifférents, et qu'il s'y présente aussi des sentiments de blftme, il'admiration, de réprobation, d'estime, pour les auteurs de ces actes. Mais il y a fort loin de CCS faits à la connaissance consciente et réiléchie de « vérités morales », et surtout de vérités comparables à celles qui jouent un si grand rôle dans les sociétés civilisées. > {La Morale..., p. 215).

( =) Deploige, Le Conflit..., p. 2SA.

(') liÉVY-BnÛHL, La Morale..., p. 90.

(*) Deploige, Le Conflit..., p. 275-276, 289.,

( ') S. Thomas, Commentar. in Eihic. Aristoteli!^, I, 3, 11. Cf. Deploige, Le Conflit..

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