A. — IL NE PEUT ÊTRE LE PRINCIPE DE LA MORALE
Le sentiment, même désintéressé, altruiste, sous quelque forme qu'il se présente, ne saurait être le fondement de la morale, car :
I. — Le sentiment a toujours pour condition antécédente une idée, il implique certains jugements, dont il n'est que la manifestation sensible. Hutcheson dit : « Telle action excite ma bienveillance. » Il faut dire : « Telle action excite ma bienveillance parce qu'elle est bonne. » Et ainsi des autres sentiments moraux. Sous la sympathie, sous l'altruisme, sous le sentiment de l'honneur, il y a une idée, un principe moral plus ou moins voilé par le sentiment, mais que l'analyse fait apparaître ; et c'est sur cette idée, sur ce principe qu'est fondée la moralité du sentiment.
IL — Le sentiment n'a pas les caractères de la loi morale. Il n'est pas :
a) Obligatoire : il attire, il entraine la volonté ; il ne commandepas. De cette proposition : « Les hommes tendent naturellement à agir ainsi », on ne fera jamais sortir cette conclusion impérative : « Donc ils doivent agir ainsi ». Bien plus, on est parfois obligé de combattre le sentiment.
h) Absolu et universel : il participe à la mobilité de la sensibilité et est relatif aux individus et aux circonstances.
(■) Clair et pratique : il dégénère en passion qui aveugle et il ne dépend pas de nous.
III. — La morale du sentiment serait dangereuse, car elle tendrait à absoudre les vices aimables qui plaisent et à proscrire les vertus austères (jui n'agréent pas.