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IMPORTANCE ET UTILITÉ DE LA PHILOSOPfflE

Elles résultent : I. — De l'excellence de son objet : Dieu et ses perfections infinies — Vhomme, sa nature, sa destinée — le monde dans ses rapports avec Dieu et l'homme. Rien de plus élevé, de plus élevant, de plus intéressant.

II. — Des services qu'elle rend aux autres sciences. {Logique,h. II, Ch. I.)

III. — De son aptitude à former l'intelligence en développant :

a) La force et l'habitude de la réflexion ;

b) La finesse d'observation ;

c) Le besoin d'aller au fond des choses : pourquoi ? comment ? Elle produit ainsi I'esprit philosophique qui est un esprit :

a) D'observation et d'analyse ;

b) De généralisation et de synthèse ;

c) De sage indépendance.

IV. — De son influence morale : les hommes agissent d'après ce qu'ils croient vrai. — Beaucoup de sciences parlent à l'homme de son corps ; l'industrie multiplie les inventions pour augmenter le bien-être matériel. La philosophie spiritualiste forme contrepoids en parlant à l'homme de Dieu, de son âme, de la vérité et de l'erreur, de la vertu et du vice, en lui rappelant ses devoirs, s'il veut atteindre sa fin dernière.

Une méthode est un ensemble de règles que l'esprit s'impose pour se diriger dans la recherche de la vérité.

La méthode qui convient à la philosophie n'est pas la méthode :

A. — D'Autorité : qui consiste à affirmer quelque chose sur le témoignage d'autrui. L'École pythagoricienne en fit un usage excessif. Ce n'est pas une méthode philosophique, puisque la philosophie est la recherche du vrai par la raison.

B. — Mystique : certains philosophes de V École d' Alexandrie, comme Porphyre, Jamblique, la préconisèrent. Elle consiste à renoncer aux moyens naturels de connaître (observation et raisonnement) pour recourir aux moyens surnaturels, tels que l'extase, l'évocation des morts, etc» — Cette méthode n'est pas de mise en philosophie : puisque la philosophie est une science humaine, elle doit employer une méthode rationnelle.

L'histoire de la philosophie nous permet de constater qu'on peut ramener à deux les méthodes rationnelles suivies tour à tour par les philosophes :

§ I. — Méthode ontologique, déductive ou géométrique :

Les uns sont partis du principe même des choses pour en tirer par voie de déduction tous les phénomènes et tous les êtres. — C'est ainsi qu'ont procédé Spinoza, Wolf, Hegel, etc. — Spinoza part de l'Idée de Substance, Hegel de l'Idée à^Ètre absolu et en déduisent, par analyse, l'universalité des choses.

On appelle cette méthode : a) ontologique (wv, ovtoç) : parce qu'elle suit, dans l'étude des choses, l'ordre même de leur existence (les principes et les causes, qui forment son point de départ, sont antérieurs aux conséquences et aux effets).

b) a priori : parce que, au lieu de s'appuyer sur l'expérience, elle la devance ou s'en passe absolument.

c) déductive : parce qu'elle va des principes aux conséquences, des causes aux effets.

d) géométrique : parce que c'est la méthode des sciences abstraites, spécialement de la géométrie.

Critique : A. — Cette méthode est séduisante par ce qu'elle a de grandiose : elle permet la construction de systèmes dont les parties paraissent s'enchaîner très fortement, parce qu'elles se rattachent toutes à une idée centrale. — De plus, de cette idée, comme d'un point de vue universel, l'esprit est charmé d'assister à l'évolution successive des choses qui en découlent.

B. — Mais cette méthode : 1) est hypothétique : d'une idée on ne peut rigoureusement déduire que des idées et non des choses, car, selon le vieil adage scolastique : A statu ideali ad statum realem non valet consecutio. — Ces systèmes, admirables d'unité et de grandeur, reposent donc sur une base fragile.

2) Conduit à de graves erreurs : a) elle aboutit à Vidéalisme ou au panthéisme, en métaphysique ; en effet, on ne peut tirer d'un être que ce qu'il renferme ; or l'Être absolu ne renferme pas en soi des êtres en même temps distincts de lui-même. On sera donc amené ou bien, comme les Éléates, à nier l'existence de l'homme et du monde : c'est Vidéalisme ; ou bien, comme Spinoza, Hegel, à les absorber en Dieu : c'est le panthéisme. — b) Elle aboutit à une psychologie déterministe : la liberté n'a pas de place dans un système qui met partout la nécessité mathématique ; par la déduction on ne peut tirer d'un principe admis que ce qui en résulte nécessairement. Or un fait libre est, par définition, un phénomène qui ne dérive pas nécessairement d'un phénomène antécédent.

§ II. — Méthode psychologique, expérimentale ou inductive :

Les autres sont partis de la considération des faits, de Vétude de Vhomme et de la nature, pour s'élever, par voie d'induction, jusqu'aux lois qui les gouvernent et aux causes qui les expliquefit, jusqu'à l'Être absolu dont ils dépendent. — C'est la marche suivie par Socrate (vvwOt o-eauxov), Platon, Aristote ; — F. Bacon (« Commençons par la science de l'âme humaine ») ; — Descartes [Cogito, ergo sum) ; — Bossuet (« La connaissance de nous-mêmes doit nous élever à la connaissance de Dieu ») ; — l'École écossaise (Reid, etc.) — et la plupart des philosophes français.

On l'appelle : a) psychologique : parce qu'elle part de l'étude des faits, surtout des faits psychologiques ; — b) expérimentale : parce qu'elle s'appuie sur V expérience, sur l'observation des faits ; — c) a posteriori : parce que dans l'étude des choses (l'homme, le monde, Dieu), elle commence par ce qui est postérieur dans l'existence (les effets sont postérieurs

aux causes, les conséquences aux principes) ; — d) inductive : parce qu'elle va des effets aux causes, des conséquences aux principes.

La méthode psychologique oiïre autant de sécurité et d'avantages que la méthode ontologique présente de dangers et d'inconvénients : elle va du connu à l'inconnu, du facile au difficile ; c'est la vraie méthode du philosophe. Pour l'établir, il suffit de prouver que :

A. — C'est par la Psychologie qu'on doit arriver à la Métaphysique. La Métaphysique a pour objet la nature intime des choses ; mais

cette nature intime des choses ne saurait nous être connue sans l'intermédiaire des données psychologiques, car nous ne pouvons connaître les choses que par les effets qu'elles produisent sur nous. En effet :

a) Ame : la nature de l'âme, sa spirituahté se démontre par un raisonnement, qui a pour base les caractères et les actes du sujet pensant, tels qu'ils se manifestent à la conscience.

b) Matière : pour démontrer la réalité des corps, il faut partir des sensations qu'ils déterminent en moi ; et, pour me représenter leur nature, je leur attribue une activité analogue à mon activité psychique ; je conçois la nature sur le type du moi, c'est-à-dire comme un ensemble de forces.

c) Dieu : 1) une partie des preuves de Vexistence de Dieu a un fondement psychologique : vg. (^) la preuve par le sentiment de mon imperfection ; par le sentiment du devoir.

2) Quant aux attributs divins, nous déterminons les attributs moraux par la méthode de suréminence, qui consiste à attribuer à Dieu, en les élevant à l'infini, les quahtés que nous découvrons en nous ; Dieu est conçu sur le type du moi, moins ses imperfections.

B. — La Psychologie, base de la Métaphysique, est aussi le fondement des sciences psychologiques :

a) Logique : la théorie des méthodes suppose la psychologie, car on ne saurait exposer les règles, qui doivent diriger nos facultés dans la recherche du vrai, sans connaître ces facultés ; — la théorie de Terreur, l'indication de ses causes et de ses remèdes impliquent l'étude des opérations de l'intelligence, de l'imagination, des passions, de la volonté.

b) Morale : elle suppose l'existence d'un agent libre ; or la liberté est un fait psychologique. Elle implique ensuite l'existence d'une loi de la hberté. C'est la psychologie, qui, par l'analyse des idées et des sentiments de la conscience morale, permet d'étabhr Vexistence et la nature de cette loi morale. — La déterrnination de nos devoirs particuliers demande la connaissance de nos tendances, de nos facultés, de nos actions, puisqu'il s'agit de les soumettre à la règle du bien.

(M Cette abréviation signifie : par exemple (verhi gralia).

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