I. — IMAGINATION REPRODUCTRICE
I. — Définition : pouvoir de se représenter en leur absence les objets sensibles antérieurement perçus, en reproduisant leurs images.
Toute sensation s'affaiblit par sa propre persistance ou par la concurrence d'autres sensations ; mais elle laisse un résidu qu'on appelle image. L'image est une sensation renouvelée et affaiblie.
II. — Objet : le domaine de l'imagination passive s'étend à toutes les sensations, mais ne va pas au delà. Reid se trompait en limitant l'imagination aux sensations de la vue, aux formes et aux couleurs. Sans doute, c'est la vue qui fournit les matériaux les plus riches et les plus nombreux à l'imagination ; mais il y a une imagination de tous les sens : nous pouvons faire revivre aussi les sensations du toucher, de l'ouïe, du goût et de l'odorat. Tous les sensibles peuvent donc être imaginés.
Aristote (2), les Scolastiques, Descartes, Spinoza, Bossuet ne connaissent guère d'autre forme d'imagination que l'imagination repro-
(M Malebkanche, De la recherche de la vérité, troisième partie. — B. Rabiee, Psychologie, ch. XVII-XX. — H. Joly, L'imagination.
(.') Aristote, De Anima, L. III, C. III. De Insoynniis, C. III.
(119) IMAGINATION REPRODUCTRICE 223
ductrice : ils l'appollent phantaisie (cpavraut'a). Quand on se représente ce qui n'a pas été fourni par l'expérience des sens, comme les abstractions (l'art, le temps, la justice, etc.) ou les êtres spirituels (l'âme, Dieu), on n'a plus une image proprement dite, mais un symbole^ une allégorie. Ici l'imagination n'est pas simplement représentative, elle devient créatrice. III. — Rapports avec : A. — Perception externe : !« Elle en diffère par l'absence de l'objet extérieur ; — 2" l'image est moins vive et moins nette que la sensation, sauf en cas d'hallucination.
B. — Mémoire : elle lui ressemble en ce qu'elle est une reviviscence de certains états de conscience passés. Aussi l'appelle-t-on mémoire imaginatiçe, mémoire sensible.
Elle en diffère : 1° par l'étendue de son objet : elle ne fait revivre que les formes sensibles déjà perçues par les sens, tandis que la mémoire rappelle tous les faits internes.
2° par l'idée du passé, présente dans la mémoire, mais absente dans l'imagination : c'est, d'après Aristote, leur principale différence. Le souvenir comprend deux éléments : a) une représentation ; — b) un jugement qui la rapporte au passé. Si le premier élément, la représentation, dit en substance Boirac (^), se réduit au strict nécessaire, et si le second subsiste dans son intégralité : le résultat sera la mémoire. Si le second, le rapport avec le passé, s'affaiblit et s'efface, et si le premier demeure intact : le résultat sera V imagination. Dans l'imagination en effet la représentation concrète de l'objet est tellement i^ive et distincte que l'esprit s'absorbe dans sa contemplation et ne la rapporte pas au passé : il a l'illusion d'un objet présent. Ainsi, le même état est du domaine de la mémoire ou de l'imagination, suivant que, plus ou moins intense, il est reconnu comme passé ou considéré comme une chose présente. C'est pourquoi de l'imagination à l'hallucination le passage est facile : l'hallucination est l'exagération du phénomène dont l'image est la forme normale.