ROLE ET IMPORTANCE DE L'ATTENTION
On peut envisager l'attention dans ses rapports avec :
I. — L'intelligence. Sans doute l'attention n'est pas, comme le prétend Laromiguière, le principe de nos connaissances. La portée de nos facultés est déterminée par la nature ; mais l'attention les met dans des conditions favorables à leur exercice (^) :
1° Facultés d'acquisition : sans attention externe ou observation, sans attention interne ou réflexion, pas de perception distincte des phénomènes de conscience et des objets extérieurs.
2o Facultés de conservation : elle aide à la conservation et au rappel des idées ; on oublie d'ordinaire promptement ce qu'on a appris sans effort d'attention (105, B, I).
3° Facultés d'élaboration : a) Elle préserve des généralisations hâtives, des jugements et des raisonnements faux, des démonstrations incomplètes : défauts qui ont pour cause la précipitation. — h) Elle est la condition des idées claires et distinctes, parce qu'elle isole et grossit. Elle isole : dans la foule des objets présents à l'esprit, elle en choisit un, exclut les autres qui sont rejetés dans l'ombre. Elle fait dans ce cas l'office du scalpel. Elle grossit : en concentrant sur l'objet choisi toutes les forces de l'intelligence, elle l'éclairé d'une lumière plus intense et en fait ressortir tous les détails. Ici, elle fait fonction de loupe.
(') RiBOT, Psychologie de l'attention. — Xayeac, Physiologie et psychologie de l'attention.
(») Bosst'ET, De la connaissance de Dieu et de soi-même, chap. III, § 17, 19. — Male- BRANCHE, De la recherche de la vérité, L. VI. — De Cardaillac, Études élémentaires de philosophie, section V, eliap. u.
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4° Génie : sans doute, il n'est pas rigoureusement vrai de dire avec BuFFON que le génie est « une longue patience» ; sans doute, l'inégalité des esprits est clue avant tout à leur portée native ; mais il faut reconnaître que l'attention est une condition nécessaire du développement intellectuel. « Dès que nous réfléchissons, dit Bossuet, nos progrès n'ont plus de bornes ; l'esprit humain fait sans cesse de nouvelles découvertes, et la seule paresse peut mettre des limites à ses connaissances et à ses inventions. » C'est ce qu'entendait Newton quand il disait qu'il avait découvert la loi de la gravitation « en y pensant toujours \
II. — La volonté : A) Influence de la volonté sur l'attention : a) Tout en subissant l'action des causes extérieures, l'attention reste sous l'empire de la volonté, qui la concentre, la dirige sur un objet ou l'en détourne. A l'origine l'attention est plus ou moins involontaire ; elle se fixe d'elle-même sur les sensations, sur ce qui plaît et intéresse. Avec l'aide de la volonté, elle devient réfléchie : l'esprit fait effort pour se tendre vers les objets peu intéressants, peu sensibles, ou même absents, mais imaginés. Ce pouvoir de la volonté sur l'attention s'accroît avec l'exercice. Celui, au contraire, qui se laisse emporter au torrent des sensations et des images, éprouve une difficulté croissante à faire attention, et même à la fin l'attention devient impossible, parce que, dans le principe, la volonté n'a pas dirigé le cours des associations, ni écarté les distractions.
h) La volonté fortifie ou affaiblit les passions, selon qu'elle y arrête ou en détourne l'attention (59, B). ^
B) Influence de l'attention sur la volonté au point de vue moral :
a) L'attention permet à la délibération^ qui précède la décision volontaire, d'être suivie et sérieuse, car un esprit attentif pèse les motifs pour et contre et ne se détermine pas à la légère. L'irréflexion, par contre, est la source de résolutions précipitées et imprudentes.
h) La responsabilité des fautes est proportionnelle à l'attention qu'on y a apportée.
III. — La sensibilité : A) Influence de l'attention sur la sensibilité :
a) Les sensations, sur lesquelles elle se porte, s'avivent : vg. penser à sa douleur ; — celles dont elle se détourne s'atténuent : vg. un goutteux trompait son mal en s'absorbant dans une partie d'échecs.
b) Elle redouble les sentiments, les passions si elle s'arrête à considérer leurs causes : vg. le sentiment de la vengeance est accru par la pensée des injures qui l'ont provoqué ; — elle les altère ou les fait s'évanouir si elle applique l'esprit à les étudier : vg. réfléchir sur sa colère la calme.
c) C'est par l'action qu'elle exerce sur nos sentiments que l'attention devient un remède efficace contre la violence des passions. On combat une passion moins en l'attaquant de front qu'en détournant l'esprit