U ABSTRACTION 133. — NATURE, ESPÈCES, DEGRÉS
I. — Définition : opération par laquelle l'esprit considère à part ce qui dans la réalité n'est pas séparable : vg. dans ce papier j'isole la couleur de l'étendue, de la forme, du papier lui-même et j'ai l'idée abstraite de couleur. Ce n'est pas proprement abstraire que de considérer isolément une partie séparable d'un tout : vg. un rouage dans une machine, la tige dans une fleur. Il ne faut donc pas dire avec la Logique de Port- Royal : « Connaître par abstraction, c'est connaître par parties. » L'abstraction n'est au fond qu'une attention plus restreinte ; l'attention se porte sur Vobjet tout entier qu'elle isole des autres objets : en cela, elle abstrait. L'abstraction est l'attention fixée non sur l'objet tout entier, mais sur Vune de ses qualités ou sur la substance.
IL — Espèces ou modes : l'abstraction peut être :
A) Spontanée : elle se fait sans que nous nous en rendions compte : vg. chaque sens ne perçoit naturellement que certaines qualités sensibles ; les sens sont des machines à abstraction (Laromiguière, 98) ; — elle a heu encore spontanément quand telle qualité d'un objet fait sur nous une impression plus vive.
B) Réfléchie : c'est la véritable abstraction. Elle consiste dans une exclusion volontaire de toutes les qualités autres que celle qu'on abstrait. Abstraire, ce n'est pas seulement faire attention à une seule qualité dans un objet, c'est aussi juger que cette qualité est distincte des autres et de l'objet lui-même (^).
(') Reid, Essais sur les facultés intellectueUes, V«. — Dugaxd Stewart, Éléments de la philosophie de l'esprit humain, P.I.ch. iv. — Taine, Les philosophes français du XIX' siècle, ch. VII. — QuEYRAT, L'abstraction. — J. Klexitgen, La philosophie scolastique, l'« dissertation, ch. IV. — « Le corps humain, si l'on peut ainsi dire, est une machine à abstractions. » (Laromiguière, Leçons de Philosophie, P, II, L. X, p. 340. Paris, 1820.)
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