AVANTAGES ET DANGERS DE L'ABSTRACTION
A) Avantages, utilité, importance (^) : c'est la condition :
I. — De toute connaissance claire et distincte : notre intelligence est trop bornée pour saisir nettement, sans le diviser, un objet aussi complexe qu'un être concret. L'idée abstraite est plus simple et plus précise que l'idée concrète, puisqu'elle remplace la représentation confuse d'un objet par la connaissance d'une de ses qualités : de là viennent sa clarté et sa netteté. Aussi toutes les sciences sont abstraites à quelque degré. Les mathématiques le sont éminemment n'ayant pour objet que la quantité pure, en dehors de toute quaUté. Les autres sciences le sont aussi dans une certaine mesure ; car, pour étudier son objet, chaque science isole des faits et des propriétés qui sont unis dans la réalité : vg. le psychologue envisage séparément les divers pouvoirs de l'âme ; — le physicien étudie à part la chaleur, la lumière, le son, etc. ; — le chimiste laisse de côté les propriétés physiques des corps pour s'occuper de leur constitution intime.
II. — De toute connaissance générale et par là même de la science : par elle on découvre dans les objets divers leur caractère identique. On s'élève ainsi à ce qui est commun à plusieurs, au général. Le terme de 'a science, c'est la découverte de la loi des phénomènes, d'un rapport îonstant et général ; or ce rapport n'est qu'une idée abstraite généraUsée. L'abstraction est donc bien la condition de la science.
III. — Des opérations intellectuelles : 1» Comparaison (131). — 1° Généralisation (136, I, 2»). — Jugetnent réfléchi (145, II).
IV. — Du langage : les mots abstraits, expression d'idées abstraites, lont la richesse d'une langue.
B) Dangers, abus : à force de considérer isolément les qualités liverses et les éléments des objets, on est porté :
I- — A perdre de vue l'ensemble : de là les jugements exclusifs [es esprits systématiques.
(') C. PiAT, L'intellect actif, deuxième partie, chap. i, ii.
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II. — A réaliser des abstractions, à attribuer à chacune de nos idées abstraites une réalité distincte correspondante : vg. la physique ancienne considérait les qualités des corps, vg. chaud, froid, sec, humide, comme des entités particulières ; — l'École écossaise envisage les facultés de l'àme comme des forces réellement distinctes (9).
III. — A les personnifier : vg. la physique ancienne déclarait que le chaud avait de V antipathie pour le froid, et que la nature avait horreur du vide. On a même été jusqu'à les diviniser : les religions naturalistes ont divinisé les forces du monde sensible ou les qualités de l'homm^' : vg. Zeus, c'est l'idée du ciel lumineux {^) ; Athênê, c'est la sagesse divinisée. Les Grecs et les Latins ont divinisé encore la Fortune, l'Envie, la Jeunesse, etc.
IV. — Danger contraire : c'est de prendre pour une simple abstrac-j tion ce qui est réel. Certains esprits considèrent volontiers comme abstrait ' tout ce qui ne tombe pas sous les sens : les matérialistes ne veulent pas admettre l'existence de l'âme et de Dieu, parce que ni l'àme, ni Dieu ne se voient. Grossière illusion ! Les réalités sensibles ne sont que des réalités inférieures, des ombres de réalité, des apparences, comme disait Platon. Les réalités supérieures sont les réahtés invisibles, intangibles, impondérables (2).
(») Deghahme, Mythologie de la Grèce, L. I, ch. ii. — Max Mùller, NouwUes leçons sur la icience du langage. Leçons IX à XI. (•) Rabier, Psychologie, ch. i, p. 12-13.
ARTICLE II