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FORMATION DE L'IDÉE GÉNÉRALE

I. — Opérations préliminaires : 1° Comparaison : pour découvrir les caractères communs à plusieurs objets, il faut rapprocher ces objets, afin d'éliminer les différences et de ne conserver que les ressemblances.

2° Abstraction : avant de former une seule idée d'un caractère commun à plusieurs objets, il faut avoir successivement constaté dans chaque objet ce caractère, à Vexclusion des autres. Voilà les deux opérations préliminaires (^).

II. — Généralisation proprement dite : Jugement : la généralisation proprement dite consiste à juger que l'idée abstraite des caractères communs à plusieurs objets convient à un nombre indéfini d'objets semblables, présents, passés, futurs, en un mot qu'elle détermine un genre, une classe. Généraliser, c'est donc comparer un certain nombre d'objets, abstraire Vensemble de leurs qualités communes et penser cet ensemble comme le type d'une classe.

(') Ces deux opérations se font souvent simultanément et constituent cette opération complexe qu'on nomme parfois Vashtraction comparalive.

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III. — Base de ce jugement : la comparaison des divers objets aboutit à constater que leurs éléments communs constituent des ressemblances essentielles, tandis que les différences qui les séparent sont simplement accidentelles. Alors l'esprit juge qu'il peut étendre ces caractères communs (dont l'ensemble forme la compréhension de l'idée générale) à tous les objets comparés qui constituent un genre. Exemple : les hommes sont munis d'organes corporels, doués de sensibilité et de raison ; mais les uns sont blancs, les autres noirs ; les uns petits, les autres grands ; les uns ignorants, les autres instruits, etc. Laissant de côté les caractères accidentels de couleur, de grandeur, de science, on dira : l'homme est Vanimal raisonnable. Cette idée générale convient à tous les hommes, passés, présents et futurs.

L'acte, par lequel l'esprit juge que tel élément d'un groupe est essentiel et tel autre accidentel, peut avoir besoin d'un certain nombre d'expériences avant de se produire ; mais, quand il se produit, c'est un acte à.'' intuition. D'après Aristote et les Scolastiques, c'est la fonction propre de l'esprit, de Y intellect actif, de découvrir l'essentiel dans l'accidentel, l'universel dans le singulier. « Cette faculté, dit Paul Janet, pourrait être conçue à l'image de l'expérience sensible, mais sous une forme intellectuelle (^). » C'est-à-dire qu'à la différence des sens proprement dits, ce « sens de l'essentiel et de l'universel » n'a pas besoin d'organe physiologique. Il s'exerce sur les sensations et les images et, dans ces choses accidentelles, particuhères, relatives, il perçoit l'essentiel, l'universel, l'absolu.

Remarque : pour fixer le travail de la généralisation, comme de l'abstraction, il faut recourir aux tnots abstraits et aux noms communs : ce sont les seuls signes propres à exprimer les idées abstraites et générales, qui n'ont pas de réalités formellement correspondantes dans la nature (140, IV).

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