RAISON ET RAISONNEMENT
l'intuition ; c'est l'office de la raison discursive^ qui se manifeste dans le raisonnement. Le raisonnement n'est donc pas la raison tout entière, puisqu'il a au-dessus de lui des opérations qu'il ne peut suppléer.
B. — Le raisonnement suppose l'exercice de la raison intuitive, sous la forme : 1° des jugements immédiats qui le composent ; — 2° des principes qui le dirigent : vg. Deux idées convenant à une même troisième conviennent entre elles. — Ce qui est vrai du genre est vrai aussi de toute espèce et de tout individu appartenant au genre. — Ce qui est contenu dans une chose est contenu dans tout ce qui contient cette chose.
C. — Il est tout ensemble un signe : a) de faiblesse^ puisque l'intelligence est obligée d'y recourir pour découvrir des vérités qu'une intelligence supérieure apercevrait immédiatement ; ainsi Dieu ne raisonne pas ; il voit intuitivement toute vérité ; ■ — è) de grandeur^ puisqu'il nous est un moyen d'acquérir de nouvelles connaissances et d'en faire la preuve ; double résultat que, sans lui, la raison intuitive ne pourrait atteindre.
D. — A cause de sa compHcation, le raisonnement est plus sujet à Verreur que la raison intuitive. C'est ce qui exphque comment il peut être contraire à la raison. C'est le second point à étabhr.
IL ■ — Que dans certains cas le raisonnement peut être en opposition avec la raison. Cette opposition a lieu :
A. — Quand le raisonnement a pour matière des données fausses ou douteuses, admises a priori : vg. raisonnement fondé sur ce principe : la nature a horreur du vide.
B. — Quand on emploie le raisonnement pour résoudre des questions qui ne sont pas de son ressort : vg. vouloir prouver des vérités immédiatement évidentes, opposer des théories à des faits.
C. — Quand on réduit le raisonnement à une sorte de mécanisme verbal, qui étouffe la pensée. On peut en effet jongler pour ainsi dire avec les particules o/-, donc, par conséquent, multiplier les distinctions raffinées et oiseuses, et prendre ainsi l'habitude d^ergoter, de raisonner à vide, négligeant « le grain des choses pour la paille des mots » (Leibniz). C'est l'abus visé par Molière (^) :
Raisonner est l'emploi de toute ma maison, Et le raisonnement en bannit la raison.
(') Les femmes savantes, II, 7.