MÉTHODE DE LA PSYCHOLOGIE
OU méthode rationnelle, a priori; — ou bien il remonte des effets aux causes, des phénomènes aux lois, du particulier au général : c'est V induction ou méthode à.^ observation, expérimentale, a posteriori.
La Psychologie est la science des phénomènes de conscience et de leurs lois. Ce que nous avons d'abord devant nous, en psychologie, ce sont des effets, des phénomènes, dont il s'agit de déterminer les causes et les lois. La méthode psychologique ne sera donc pas la déduction.
Sans doute la déduction peut convenir seule aux sciences de raisonnement, dont les mathématiques sont le type. Elles ont pour caractéristique d'étudier non des réalités, mais des abstractions, des constructions idéales, faites par l'esprit lui-même avec des éléments très simples (l'unité, le point, le mouvement, l'espace), dont les propriétés sont immédiatement évidentes. On conçoit dès lors que le raisonnement, sans le secours de l'observation, suffise à découvrir toutes les propriétés de ces constructions, puisqu'elles dérivent analytiquement des propriétés de leurs éléments. Mais il s'ensuit aussi que les vérités ainsi découvertes sont purement idéales, n'expriment que de pures possibilités.
Or la Psychologie ne réalise pas ces conditions d'une science de raisonnement. D'abord son objet n'est pas une abstraction, mais une réalité : l'âme humaine. — De plus, cette réalité est très complexe ; nous ne pouvons savoir a priori de quels éléments elle se compose et quelles sont leurs propriétés. Il faut donc nécessairement s'adresser à Vobservation pour découvrir les éléments constitutifs de l'âme et les lois qui les régissent.
Objection : cependant certains philosophes ont voulu traiter la Psychologie comme une science de raisonnemeïit et construire a priori la science de Vâme par le seul procédé de la déduction : vg. Spinoza, qui a composé une sorte de géométrie de Vâme ; il prétend déduire toute sa psychologie d'une définition de l'âme, déduite elle-même de la définition de Dieu ; il veut traiter des passions de l'âme « comme s'il s'agissait simplement de hgnes et de plans » ; — Herbart (philosophe allemand du commencement du xix^ siècle, disciple de Kant), qui a fait une statique et une dynamique de Vesprit (^).
Réponse : une telle psychologie efitièrement a priori est impossible :
A. — Spinoza et Herbart font des emprunts subreptices à V expérience : c'est l'observation qui leur a appris Vexistence de l'âme, qu'elle a des passions, etc. — • Si leur psychologie concorde partiellement avec les faits, c'est parce qu'elle repose, sans qu'ils se l'avouent, sur des principes fournis par l'expérience.
(') Th. Ribot, La ■psychologie allemande contemporaine, chap. i, ii.