‹ Traité de philosophieChapitre 643 sur 921 · PHILOSOPHIE, SCIENCE UNIVERSELLE ET SCIENCE PARTICULIÈRE · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE, SCIENCE UNIVERSELLE ET SCIENCE PARTICULIÈRE

La philosophie est à la fois et sans contradiction une science particulière et la science universelle, parce que le point de vue, sous lequel on peut l'envisager, est différent. Elle a son objet propre et déterminé, qui ne se confond avec celui d'aucune autre science, c{ui n'est pas davantage la somme des objets de toutes les autres sciences ; de ce chef, c'est une science particulière. D'autre part elle domine toutes les autres sciences de ses principes et unifie leurs résultats généraux ; à ce titre, elle est la science universelle. L'universalité de la philosophie ne consiste donc pas en ce" qu'elle enveloppe toutes les sciences. Ce ne fut vrai qu'à l'origine.

A l'origine, en effet, la philosophie est la science unique et toutes les sciences particulières sont contenues dans son sein. C'est pourquoi les premiers penseurs, qui s'appelaient sages, mènent de front toutes les connaissances. Mais à mesure que le cercle de ces connaissances s'agrandit,

(49) SCIENCE rXIVERSELLE ET SCIENCE PAKÏICULlÈllE GOl

riiitelligencc humaine se sentit incapable de les poursuivre simultanément. C'est une application spontanée du principe de la division du travail. C'est pourquoi Ton vit se détacher progressivement de la philosophie toute une série de sciences particulières ayant chacune un objet spécial et une complète autonomie (41).

I. — Science particulière : dans cette répartition du domaine de la science, la philosophie eut son lot spécial. On a beaucoup discuté. sur l'étendue de son objet. Nous avons établi qu'il embrassait les Sciences psychologiques et meta physiques réunies. (Introduction, 1).

II. — Science universelle : la philosophie l'est i)ar l'universalité de son objet, et cela à un double titre :

A) En tant qu'elle est la « science des premiers principes », c'est-à-dire la science de l'universel. On peut entendre cette définition, donnée par Aristote (^), et reproduite par les Scolastiques, Descârtes et Spinoza, en deux sens. La philosophie est :

1° La science des principes de l'être, c'e^t-à-dire des premières causes, car elle étudie la matière^ principe de tous lès phénomènes du monde physique ; ■ — Yâme, principe de tous les phénomènes psychologiques ; — Dieu enfin, principe suprême de toutes choses. On le voit, son étude des causes est universelle.

2» La science des principes du connaître, c'est-à-dire des vérités premières qui conditionnent toutes les opérations de la pensée (Ps. 161) et toutes les sciences (Ps. 162). Ces vérités premières, ayant pour caractère d'être universelles (Ps. 163), rayonnent à travers toutes choses, ont des rapports nécessaires avec tout. C'est pourquoi la philosophie dépasse et domine toutes les manifestations de l'esprit humain, non seulement les sciences, mais encore les lettres et les arts.

B) La philosophie est universelle à un autre point de vue encore, en tant qu'elle a aussi pour objet la systématisation des sciences et vise, par la recherche des plus hautes généralités scientifiques, à la complète unification du savoir humain (47). Elle est la science des sciences.

Conclusion : dans sa marche vers la vérité l'esprit humain procède par une analyse entre deux synthèses. Vous voici en face d'un vaste paysage : le premier coup d'œil est une synthèse confuse : tout s'offre simultanément à votre regard. A ce premier regard d'ensemble succède

-une revue détaillée qui est une analyse : vous distinguez la forme massive des montagnes, les méandres gracieux de la rivière, la sombre verdure

■ des pins, ici des fermes, là des champs de blé, plus loin des prairies, partout les jeux variés de la lumière. Cet examen de détail terminé, vous refaites une nouvelle synthèse plus précise et mieux ordonnée que la précédente, car elle permet de saisir nettement les rapports des éléments

(M Métaphysique, L. I, Ch. ii, §

Page 1