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IV. — Règles : l'observation doit être

1° Exacte, ne rien ajouter et ne rien omettre. « Ce qu'on rapporte vulgairement à l'observation n'est d'ordinaire qu'un résultat composé, dans lequel cette observation peut n'entrer que pour un dixième, les neuf autres dixièmes provenant d'inférences (^). » Il ne faut négliger aucune des circonstances du phénomène : vg. temps, espace, température, poids, etc. Pour faire des observations exactes et complètes, l'observateur doit bien connaître les opérations des sens et le mécanisme de ses instruments ; il doit rectifier les illusions des sens ou plutôt les erreurs de jugement à l'occasion des perceptions sensibles ; il doit encore se mettre en garde contre l'association des idées et l'imagination, qui mêlent facilement des éléments étrangers à la représentation des objets tombant sous nos sens. Autrement l'esprit, « comme l'apaignée tissant sa toile, ourdit

(') Novum organum, L. I, Aphor. 68.

(*) Cl. Bernard, Introduction à l'étude..., V P., ch. ii § .3. Il dit ailleurs encore : « Le savant est le secrétaire de la nature ; ce n'est pas lui qui dicte les lois des phénomènes, il doit se borner à les étudier, à les inscrire en cherchant à les comprendre de son mieux. » {Comptes rendus de l'Académie des sciences, T. LXXXII, p. 179).

(') « Croire que l'on a trouvé un fait scientifique important, avoir la fièvre de l'annoncer et se contraindre des journées, des semaines, parfois des années à se combattre soi-même, à s'efforcer de ruiner ses propres expériences, et ne proclamer sa découverte que lorsque l'on a épuisé toutes les hypothèses contraires, oui, c'est une tâche ardue. » (Pasteur, Discours prononcé à l'inauguration de l'Institut Pasteur, 14 Nov. 1888). — Cf. Vallery-Radot, Vie de Pasteur, Ch. v.

(*) S. MiLL, Système de Logique..., L. IV, ch. i, § 2.

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des systèmes, semblables à des toiles admirables par la délicatesse du fil et de la main-d'œuvre, mais sans usage ni solidité (^) »,

2" Précise : elle le sera si l'on exprime en chiffres tout ce qui est mesurable, comme le temps, l'espace, la température, etc. « La précision numérique est véritablement l'âme de la science, la pierre de touche à à laquelle on reconnaît la vérité des théories, l'exactitude des expériences {^). »

3° Méthodique : il faut procéder par degré en allant des faits simples aux composés, ou des faits composés aux simples. Bacon (^) et Descartes (*) ont beaucoup insisté sur cette règle, parce que l'ordre contribue grandement au succès de l'observation. Pour agir méthodiquement, le savant doit choisir, entre les faits observables, ceux qui sont plus significatifs que les autres et plus instructifs. Bacon les appelle faits privilégiés ou prérogatifs. Il en énumère vingt-sept espèces (^), dont voici les principales :

a) Faits clandestins ou de crépuscule {instantiœ clandesiinœ) : ceux où la propriété cherchée s'offre au plus bas degré ; vg. cohésion dans les fluides.

h) Faits ostensifs {instantiœ ostensivœ) : ceux où la propriété cherchée est mise dans un relief éclatant ; vg. la raison chez l'homme ; l'instinct chez l'animal.

c) Faits de migration ou de transition {instantiœ migrantes) : ceux où la propriété croît ou diminue par degré ; vg. le papier est plus ou moins blanc selon qu'il est sec ou humide.

d) Faits limitrophes {instantiœ Umitanœ) : ceux qui, servant de passage et de limite entre deux genres, manifestent la continuité de la nature ; vg. les zoophj'tes ; Bacon cite les poissons volants.

e) Faits irréguliers {instantiœ irregulares) et aberrants {instantiœ déviantes) : ce sont les anomahes concernant les espèces et les individus. On les étudie actuellement sous le nom de tératologie.

f) Faits de conformité ou d'analogie {instantiœ conformes) : ceux qui dévoilent l'enchaînement des- parties de l'univers ; vg. conformité entre les branches et les racines des plantes.

g) Faits de marche {instantiœ viœ) : ceux qui indiquent les mouvements graduels de la nature ; vg. il faut observer la plante à partir du moment où la graine vient d'être semée et suivre l'évolution de la graine.

h) Faits cruciaux ou décisifs {instantiœ criicis) : ceux qui permettent de décider entre deux théories rivales ; vg. le phénomène des interférences:

(') Bacox, De digniiate et augmeniis scieniiarum,'L. I, § 31. Édit. Bouillet, T.I,p. 63.

(') Herschel, Discours.., n. 115.

C) Bacon, Novum organum, L. I, Aphor. 100.

(*) Descartes, Discours de la méthode, II« P.. Cf. supra, Logique, 51.

{•) Bacon. Nov. Org., L. II,. Aphor. 22 à 51.

(66) l'hypothèse : sa nature 653

dans certaines conditions deux rayons lumineux produisent de l'obscurité. Ce fait inexplicable dans la théorie de Vémission de la lumière (Newton) s'explique dans la théorie de V ondulation (Huygens) i}) qui a prévalu. C'est l'expérience qui fait acquérir au savant, comme dit Bacon, « une sorte de flair », qui lui permet de discerner les cas privilégiés.

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