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MÉTHODE DE LA MORALE

On a imaginé trois méthodes différentes :

I. — Méthode empirique : c'est l'opinion de S. Mill et des Positivistes. (^)

A) Exposé : les partisans de cette méthode procèdent, en morale, comme dans les sciences physiques. Ils observent comment les hommes agissent et quelles fins dirigent leurs actions ; puis, dégageant ce que ces fins ont de commun, ils le présentent comriie la fin unique et le bien suprême de la volonté humaine. C'est ainsi que, pour S. Mill, ce bien c'est le bonheur : de cette loi établie par une induction empirique, sans recourir à un principe rationnel, il déduit toute la morale. C'est de la même façon que Mill étabht cette loi : Les hommes sont mortels. Son fondement unique c'est la constatation de l'expérience présente et la tradition de l'expérience passée : Les hommes mourront à l'avenir, parce que jusqu'ici ils sont morts.

B) Critique : l'empirisme est impuissant à constituer la morale ; il dit comment, en fait, l'homme agit ou peut agir ; il ne dit pas comment il doit agir. L'empirisme mène donc à une morale sans obhgation, c'està-dire à la négation de la moralité. En effet, les lois tirées des faits ne sont en elles-mêmes que des faits généralisés et n'ont partant aucun caractère obligatoire. La loi morale, comme la loi physique, n'est dans le système empirique, qu'une générahsation de l'expérience passée. Or, dans les deux cas, le passé ne peut garantir l'avenir, car l'expérience exprime ce qui est ici ou là, et non ce qui doit être partout et toujours. La loi morale n'aurait, dans ces conditions, qu'une valeur relative et provisoire, comme la loi physique : la méthode empirique aboutit à une « physique des mœurs ».

IL — Méthode rationnelle : c'est la thèse des Stoïciens, de Spinoza et de Kant (^).

A) Exposé : la science morale est une science a priori ; elle devient une sorte de géométrie des mœurs, qui doit être constituée, en dehors de toute donnée psychologique. « La morale, dit Kant, n'emprunte pas la moindre chose à la connaissance de l'homme. »

B) Critique : cette méthode n'est pas recevable, car elle est :

1^ Fausse en principe : on ne peut déterminer fa fin et la loi d'un être avant de connaître sa nature, puisque la loi et la fin d'un être ne

(') s. Mill, Système de Logique..., L. VI, Ch. xii.

(») Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, Sect. II, Trad. Barni, p. 'i-:2 et seq.

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sont, en définitive, que sa nature (l(''<,'ag(''e do toute impr'rffwlioli, sa nature idéalisée. Avant de savoir ce que l'iiomme doit être et doit tain-, il faut savoir ce qu'il est et ce qu'il fait. — D'ailleurs rexemi)le de Kant et de Spinoza suffirait à réfuter leur théorie : pratiquement, ils foui r|..< emprunts sul)r(>ptices à la psyciioloi);ie.

2" Funeste dans ses conséquences : a) Si le moraliste n'oli^-tvi' ].a-< la nature humaine, il construira une morale chimérique qui ne conviendra point à l'homme réel et concret. Détruire les passPons pour vivre conformément à la l'aison et parvenir à l'ataraxie : voilà l'idéal stoïcien (Ps. h'j, § A). Aiïranchir la moralité de toute vue d'intérêt personnel, mêm<raisonnable : voilà l'idéal kantien. Kant et les Stoïciens ne nous oiïrent qu'un idéal inhumain, contre nature, par conséquent impraticable, car ils mutilent l'homme en supprimant la sensiliilité. (;l/o/ï//r, L. I, Ch. III, Art. III.)

h) Une pareille doctrine a pour aboutissement naturel l'inertie et le découragement. Les faits attestent la vérité de cette conséquence. Le stoïcien mourant s'écrie avec désespoir : Vertu, tu rues qvCun mot ! Kant se demande si un seul acte vertueux a été accompli depuis le commencement du monde. Socrate avait été plus sage quand il fondait la philosophie morale sur cette maxime : rvôjOi teocutÔv.

III. — Méthode empirico-rationnelle : c'est la conclusion qui ressor! des considérations précédentes. Les notions morales du bien, du devoir, du droit, du mérite, etc., ne sont pas, comme les notions mathématiques, des constructions idéales de l'esprit. D'autre part, elles ne sont pas un objet d'observation directe. Il faut donc que la raison les déduise des données recueillies par les sciences psychologiques qui s'occupent de l'homme.

A) Expérience et raison : l'homme étant un animal raisonnable, social et religieux, pour découvrir les notions de l'ordre moral, il faut étudier V Anthropologie, la Psychologie, la Sociologie et la Théodicée. Mais, appuyé sur son expérience personnelle et sur l'expérience universelle, le morahste doit surtout s'attacher à l'analyse des jugements et des sentiments moraux. C'est de l'analyse de ces données psychologiques et des faits fournis par les autres sciences, qui éclairent la nature de l'homme, que l'esprit dégage par la ré /Ze.m« les notions fondamentales du bien, du devoir, du droit, du mérite, etc. Alors rapprochant entre elles ces notions, la raison y découvre des rapports absolus, nécessaires et universels et les formule en jugements qu'on nomme principes premiers de l'ordre moral et pratique : vg. Le bien est distinct du mal ; — Le supérieur vaut plus que l'inférieur ; — Il faut faire le bien e( éviter le mal ; — Le bien a droit à une récompense, le mal à un chàti ment, etc. (Ps. 179, II).

B) Déduction : partant de ces principes certains, de ces vérités

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nécessaires, le moraliste en déduit des conclusions rigoureuses, qui doivent servir de règles de conduite. Voici la marche générale : dans la Morale formelle, il cherche quel est pour l'homme le souverain Bien ; puis dans la Morale matérielle il détermine pour tout l'ensemble des actions morales ce qui, dans chaque cas particulier, est le vrai bien pour l'homme, conformément au Bien absolu et général préalablement établi.

Conclusion : Loi, fin, nature, sont trois notions qui se conditionnent l'une l'autre. Tout être a une fin conforme à sa nature ; sa loi c'est d'y tendre sans cesse ; tout ce qui l'en rapproche est un bien ; tout ce qui l'en écarte est un mal. Sa perfection et son bonheur relatifs consistent à s'en rapprocher de plus en plus : sa perfection et son bonheur absolus c'est de l'atteindre pleinement. Ainsi la loi d'un être se déduit de sa fin et sa fin se déduit de sa nature, que l'on ne peut connaitre que par l'observation réfléchie : c'est dire que la méthode de la morale est une déduction fondée sur l'expérience psychologique.

SECTION III

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