III. — Doute : le vrai peut être connu comme possible
IV. — Opinion : le vrai peut être connu comme probable. V. — Certitude : le vrai peut être connu comme évident.
B) Valeur de ces distinctions ; les mots doute, opinion, certitude, expriment des états subjectifs, se rapportent au sujet pensant. Les mots possibilité, probabilité, évidence se rapportent non pas aux choses considérées en elles-mêmes, mais aux choses en tant que représentées dans notre esprit, en tant qu'elles deviennent, par cette représentation même, objet de notre pensée. C'est en ce sens large qu'on peut dire que les mots possibilité, probabilité et évidence s'apphquent aux choses, sont objectifs. Mais, strictement parlant, il faut dire qu'ils expriment, non pas des quahtés réelles, inhérentes aux choses, mais les différents rapports qui peuvent exister entre les choses à connaître et notre intelligence s'efforçant de les connaître. En effet, en soi, les choses ne sont ni possibles, ni probables.
(M Cet axiome est la traduction de ce passage d'Aristote : '"'iiîO' â'xaarov wç e/£i Tou sTvat, OUTOJ y.cn Tf\i; àX-ziOsiaç {Métaphysique, Bt,3Xiov A xô sX^zttov, Cli. i, n. 5. Édil. DiDOT, t. II, p. 486 ; alihi, L. II, ch. i).
C") BossuET, De la connaissance..., Ch. iv, § 9, à la fin.
(») BossuET, Ibidem, § 10.
(*) Leibniz, Nouveaux essais..., L. IV, Cil. xvi. Des degrés d'assentiment. — Kant, Critique de la raison pure. Méthodologie transcendantale, Ch. ii, Sect. m. — Gérard- Varet, L'ignorance et l'irréflexion.
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ni évidentes. Il n'y a que des choses vraies, parce que le vrai objectif étant ce qui est, les choses sont vraies ou ne sont pas. Mais la vérité des choses, c'est-à-dire leur conformité à l'idée divine qu'elles réahsent, peut apparaître plus ou moins complètement à notre intelligence imparfaite. Ce sont précisément ces degrés de connaissance qui sont signifiés par les mots possibilité, probabilité, évidence. C'est ainsi que les objets extérieurs existent aussi réellement en pleine nuit qu'en plein jour ou dans une demi-obscurité. Seule la connaissance qu'on en a varie avec la quantité de lumière qui les manifeste. De même la vérité objective des choses est toujours la même, indépendante de notre connaissance. Mais la connaissance que nous en avons dépend de notre degré de lumière intellectuelle : la même affirmation pourra paraître possible, probable, évidente à des esprits différents, selon la puissance de leurs facultés cognitives. Aussi pour une intelhgence parfaite toute vérité est évidente : les mots possible ou probable n'ont plus aucun sens.
Bref, on peut dire : 1° que les mots doute, opinion et certitude sont des états du sujet connaissant ; — 2° que les mots possibilité, prohabilité et évidence sont des caractères des objets connus, en tant que connus, ou mieux des caractères de la connaissance des objets. Ils sont donc, en définitive, des états subjectifs, mais ayant une relation aux objets^ De là vient que, pour les distinguer des premiers, on les appelle objectifs. De là résulte encore que ces différents mots sont corrélatifs : au doute répond la possibihté ; — à l'opinion, la probabilité ; — à la certitude, l'évidence.