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PRINCIPES DE CONTRADICTION ET DE RAISON

I. — Principe de contradiction : Wolf {^) (1679-1754), disciple de Leibniz (^), met le critérium de la vérité dans le principe àHdentité ou de contradiction qui règle l'accord de la pensée avec elle-même : « Est vrai tout jugement qu'on ne peut nier sans se contredire ».

Critique : Le critérium de l'accord de la pensée avec elle-même n'est pas universel :

(') Jacobi (1743-1819) choqué aussi des contradictions de la raison raisonnanle avait placé le critérium de la vérité dans le sentiment ; « Je m'appuie, dit-il, sur un sentiment invincible, irrécusable, qui est le fondement de toute science et de toutereligion. Ce sentiment m'apprend que j'ai un organe pour les choses intelligibles, spirituelles, et cet organe je l'appelle la raison. » Mais il s'agit de la raison spontanée, qu'il nomme ailleurs sens intime, conscience, sentiment. C'est cette conscience naturelle, cette raison spontanée, qui est l'organe de l'intuition des choses intelligibles. — On ne peut donner pour critérium de la vérité objective, absolue, immuable, un phénomène subjectif, relatif et variable comme le gentiment. Cf. Léw-BrIthl La Philosophie de Jacobi, Ch. m, p. 54 sqq., Paris 1894.

(') WOLF, Ontologie.

(") Leibniz, distingue trois sortes de certitudes : intuitive, démonstrative, sensitive (Nouveaux essais..., L. IV, Ch. ii). La certitude démonstrative se ramène à l'intuitive, parce qu'elle n'est que l'intuition appliquée à des rapports de propositions, au lieu de l'être à une vérité unique. La certitude intuitive comprend deux ordres de vérités : vérités de fait et vérités de raison, qui sont immédiatement connues. « Or cette intuition, qui fait connoistre nostre existence à nous mêmes, fait que nous la connoissons avec une évidence entière qui n'est point capable d'estre prouvée et n'en a pas besoin ; tellement que lors même que j'entreprends de douter de toutes choses, ce doute même ne me permet pas de douter de mon existence » Ibidem, L. IV, Ch. ix, § 3). — « Les vérités de raison nous apparaissent comme nécessaires... » S'il s'agit des notions ou idées, leur critérium c'est leur possibilité ou non-contradiction. (Cf. Remarques sur le livre de M. King.,^ 5. — Meditationes de cognitione, veritate et ideis). — En somme, pour les vérités de fait et de raison, Leibniz semble indiquer comme critérium l'évidence, qui se manifeste par la nécessité qu'elle nous impose de penser telle chose, dont le contraire est impossible / <i Elle agit d'une manière irrésistible sans permettre à l'esprit d'hésiter » {Nouveaux essais..., L. IV, Ch. ii, § 1). — Pour la certitude sensitive Leibniz ajoute un nouvel élément : l'accord des phénomènes avec les exigences de la raison ; et c'est ainsi que la certitude sensible se ramène à la certitude

(138) CRiTÉRHiM : l'expéiuknck 817

1» Il suffit pour découvrir la vérité formelle dos idws, ju^'f-nu-nls ot raisonnements, puisque de deux pensées contradictoires Tune est nécessairement vraie et l'autre nécessairement fausse (10). Mais l'afford d»* la pensée avec elle-même est le signe du possible et non du réel. Ce critérium est donc insuffisant si l'on sort de la pure forme de la pensée.

20 De plus, la plupart des jugements ne sont pas analytiques, mais synthétiques, affirmant d'un sujet un attribut qui en est diffcre.nl et que par conséquent Ton n'en peut tirer par analyse. Ils supposent donc uno relation entre termes hétérogènes. Or de tels jugements échappent à la juridiction du principe d'identité.

II. — Principe de raison : d'autres disciples de Leibniz ont préféré recourir au principe de raison suffisante. Mais ce critérium :

lo N'est pas universel : sans doute, une proposition est regardée comme vraie, lorsqu'on peut montrer qu'elle a sa raison d'être dans une autre, considérée elle-même comme vraie. Mais la démonstration ne peut aller à l'infini ; il faut s'arrêter enfin à des propositions fondamentales. Or celles-ci qui les garantira ? Elles n'ont plus leur raison dans d'autres propositions. On dira qu'elles sont évidentes. Fort bien ; mais alors on invoque un autre critérium.

2o De plus, le principe de raison serait un critérium d'une application difficile, car la raison de chaque chose n'est pas toujours aisée à connaître.

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