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DÉTAILS PRATIQUES SUR L'EMPLOI DU BROME , PAR M. FIZBAU

« Lorsqu’on expose la plaque iodurée de M. Daguerre à la vapeur du brôme, celle-ci est absorbée, et il se forme une coucbe dont la sensibilité s’accroît avec la quantité de brôme absorbée jusqu’à une certaine limite, à laquelle l’image ne se forme plus sous l'influence du mercure. Le point favorable pour opérer est près de cette limite; trop près, l’épreuve commence à se voiler; trop loin, la sensibilité diminue; il fallait déterminer ce point avec précision et l’obtenir avec régularité, ce qui a présenté quelque difficulté.

» En effet, on ne peut plus avoir recours ici à la couleur de la couche sensible, qui change peu sous l'influence du brôme; le ton jaune-orangé de la plaque se charge bien un peu par la formation du bromure, mais la couleur d’une plaque bromurée à point, et celle d’une plaque qui a dépassé la limite dont j’ai parlé, diffèrent si peu que, par ce moyen, on ne peut apprécier que d’une manière très-incertaine la quantité de brôme absorbée, et par suite la sensibilité de la plaque.

» La méthode que j’ai proposée est exempte de cette cause d’incertitude; elle consiste à exposer la plaque à la vapeur d’une dissolution aqueuse de brôme, d’un litre déterminé, pendant un temps déterminé. Je vais tâcher de l'expliquer en détail.

» 1° De la dissolution de brôme.

» Pour préparer une dissolution de brôme d’un titre déterminé et d’une force convenable aux opérations qui nous occupent, on prend pour point do départ la dissolution saturée de brôme dans l’eau ; on prépare celte eau saturée en mettant dans un flacon de l’eau pure et un grand excès de brûmc; on agite fortement pendaht quelques minutes, et avant de s’en servir on laisse bien déposer tout le brôme (1).

» Maintenant un volume fixe de cette eau saturée est étendu dans un volume fixe d’eau pure, ce qui donne une dissolution de brôme toujours identique; ce dosage se fait très-simplement de la manière suivante : une pipette, qui aura encore un autre usage, porte un trait limitant une petite capacité; un flacon porte aussi un trait qui limite une capacité égale à trente fois celle de la pipette; on remplit le flacon d’eau pure jusqu’à la marque, on remplit la pipette jusqu’à la marque de la dissolution saturée de brôme; enfin on verse la petite mesure dans le flacon (2).

» La nature de l’eau n’est pas ici sans importance; ces proportions se rapportent à l’eau pure, et l’on sait que l’eau des rivières , des sources , n’est pas

(I) M. Bisson b proposé l'emploi d’une sorte d'aréomètre pour obtenir une dissolution toujours au même Utre ; l’emploi en est facile ; mais il manque à cet instrument des tables de corrections pour les différentes températures.

(5) On a tu, chapitre VI, que nous conseillions l'ean titrée au quarantième et que nous engagions à remplacer la pipette par nos flacons divisés.

pure; mais cos différentes eaux peuvent être employées absolument comme l’eau pure, en y ajoutant quelques gouttes d’acide nitrique, jusqu’à ce qu’elles présentent une très-légère saveur acide; cinq ou six gouttes par litre suffisent pour la plupart des eaux.

» Ou a ainsi un liquide d’un jaune vif qu’il faut tenir exactement bouché : c’est la dissolution normale, que j’appellerai simplement l’eau brôméc pour la distinguer de l’eau saturée.

» 2° De la boite à brôme.

» La boîte destinée à exposer la plaque à la vapeur de l’eau brômée peut être d’une construction trèsvariable; celle que j’ai employée dès le principe est disposée de la manière suivante :

* Elle est en bois et se plie afin d’occuper moins d’espace; il est bon de la noircir intérieurement avec une couleur inattaquable au brôme; sa bailleur est d’environ 15 centimètres; les autres dimensions doivent être telles que la plaque se trouve dans tous les sens à 3 centimètres environ des parois; elle se compose de trois parties indépendantes l’une de l’autre : le couvercle, qui est la planchette elle-même; le corps de la boite; enfin le fond, sur lequel est placée la capsule à évaporation ; ce fond mobile a son milieu légèrement creusé , ce qui sert à placer la capsule exactement à la même place dans les diverses expériences.

» La capsule à évaporation doit être à fond plat,

peu profonde, et avoir une dimension à peu près égale à la moitié de la plaque; elle est recouverte d’un plan de verre de manière à être fermée exactement.

» La pipette, dont j’ai déjà parlé, va servir ici à mettre dans la capsule une quantité constante d’eau ltrômée; elle doit donc avoir une dimension suffisante pour que la quantité de liquide qu’elle contient couvre tout le fond de la capsule.

» 3° Manière d'opérer.

» J’ai dit qu’il fallait exposer la plaque à la vapeur d'une dissolution de brème, d’un titre déterminé, pendant un temps déterminé; or, pour que l’eau brômée soit au même litre dans des expériences successives, il est évident qu’il faut la renouveler à chaque épreuve ; c’est le seul moyen d’avoir une évaporation constante, et je n’ai cru l’emploi du brème praticable que du moment où j’ai eu la pensée d’employer ce moyen bien simple.

» Quant au temps pendant lequel la plaque doit rester à la vapeur du brème, on comprend qu’il doive varier suivant la dimension de la boite, la surface d’évaporation, etc.; mais pour un même appareil, il est constant; avec l’eau brèmée au litre indiqué, ce temps doit être compris entre 30 et 60 secondes, suivant les appareils ; quelques essais déterminent ce temps une fois pour toutes, pour la boite dont on se sert.

» Je vais indiquer en peu de mois comment tout cela se faits

» On place sur une table le fond seul de la boîte avec sa capsule; on remplit la pipette d’eau brômée, que l’on fait couler dans un angle de la capsule, après avoir fait glisser le verre dépoli suffisamment pour introduire la pointe de la pipette, et l’on remet le verre en place; alors, si l’appareil n’est pas sur un plan horizontal, on le met do niveau en se guidant sur la couleur de l’eau bruinée à travers le plan de verre; lorsque la capsule est horizontale et que le liquide en couvre uniformément toute la surface, on complète la boite en posant la seconde pièce sur le fond.

» Tout cela étant disposé, et la plaque étant iodée, d’une main on découvre la capsule , de l’autre on place avec précaution la planchette sur la boîte, et aussitôt on compte exactement les secondes; il est bon de retourner la planchette vers la moitié du temps d’exposition, aiin d’égaliser l’action du brôme.

» Pour une seconde expérience il faudra jeter la petite dose d’eau brômée et la remplacer par une semblable; le temps reste alors lè môme, et les plaques successives présentent absolument la même sensibilité.

» A ces détails j’ajouterai des notes sur quelques difficultés que l’oh peut rencontrer en employant le brôme. »

« L’cnu saturée étant regardée comme constante dans la préparation

de l'eau brèmée, il laut éviter toutes les causes qui pourraient faire varier la quantité de brème qu’elle renferme; il faut donc, 1° éviter que des corps organiques, comme du bois, du liège, etc., ne tombent dans le flacon , ce qui pourrait former une quantité d'acide bromhydriquc assez notable pour que, selon la remarque de M. Foucault , la faculté dissolvante du liquide fût altérée ; le flacon doit donc être bouché à l’émeri ; 2° éviter de laisser le flacon à la lumière du soleil , qui pourrait produire le même effet ; 3° avoir soin que l’excès de brème soit toujours considérable : cet excès est nécessaire pour maintenir saturée la dissolution , qui s'affaiblit toujours par évaporation.

» — La température et la nature de l’eau, pourvu qu’elle ne soit pas trop impure, n’exercent pas d’influence notable sur la quantité de brème dissous ; on voit donc qu'il est facile d’avoir une dissolution saturée constante.

» La quantité de brème que la dissolution normale renferme est si petite, que la faible quantité de sels calcaires et autres que renferment les eanx courantes en absorberait une partie considérable , si l'on employait ces eaux directement; quelques essais m'ont montre que la quantité absorbée par l'eau de la Seine ainsi employée s’élève à environ un quart du brème; d’autres eaux en absorberont certainement davantage, de sorte qu’il est impossible de négliger cet effet. Si l'on avait à sa disposition toujours la même eau , on doserait en tenant compte de cette absorption ; mais en voyage, où l'on trouve des eaux différentes dans chaque localité, on serait obligé de recourir à l’eau distillée pour avoir des résultats constants. J’ai donc cherché un moyen d'employer toutes les eaux sans s'inquiéter de leur composition : il snflit pour cela de détruire par quelques gouttes d’acide les carbonates qui paraissent produire celte absorption; dés qne l’ean exerce une réaction acide , elle se oomportc, pour la préparation de l'eau brèmée, comme le ferait l’eau distillée. Je dois faire observer que cela ne serait pas vrai pour des eaux siillVirenses même à un trèsfaible degré.

» A cette occasion je ferai remarquer que les byposulfites absorbant le brème en grande quantité, il faudra faire attention à éloigner l'hyposulfite de soude de l’eau brèmée ; la plus petite quantité de ce sel tombant dans la capsule ou dans le flacon d’eau brèmée pourrait absorber le brème libre.

» On peut , lorsque l’on a un flacon plein d’eau brèmée , en préparer successivement de grandes quantités sans l’emploi d’une mesure, et sculemeot en consultant la coulenr; pour cela il faut avoir deux flacons bien semblables, en conserver toujours un plein de la dissolution normale , et préparer dans l’autre une dissolution que l’on amène par tètonnement exactement à la même teinte que la précédente ; avec un peu d’habitude , ce moyen, qui parait grossier, est susceptible d’une grande exactitude. En

voyage, dans le cas où l'on perdrait ou briserait la petite mesure, il pourrait être d’un grand secours.

v Les saisons ont quelque influence par leur température sur la force d’évaporation de l'eau brômée : dans l'été , le temps d’exposition au brôme doit être moindre qu’en hiver de quelques secondes. Les change* ments de température ayant cette influence, il faudra éviter, avant d’opérer , d’exposer au soleil la capsule et la boite à brôme , comme on le fait quelquefois dans l'intervalle des expériences pour dissiper le brôme.

» Quelques précautions sont nécessaires dans l’emploi de la capsule k évaporation : 1° il faut qu’elle ne soit pas grasse, mais que l’eau brômée s’étende bien sur tout le fond , sans quoi la surface d’évaporation se trouverait changée ; lorsque cela arrive, il faut la frotter avec un linge bien propre et quelques gouttes d’alcool. 2° Il faut éviter, en versant ou en mettant de niveau, que l’eau brômée ne mouille les parois jusqu’au verre dépoli , au contact duquel elle s’étendrait sur les bords de la capsule , ce qui changerait les conditions d'évaporation.

» Pour l’exposition au brôme et pour l’exposition dans la chambre noire, il faut mesurer exactement le temps ; à défaut de chronomètre , rien n’est plus commode que des pendules formés d’une petite balle de plomb suspendue à un fll ; ils peuvent être à seconde ou à demi-seconde, tes premiers de 994 millim., les seconds de 248 miliim. Lorsque la durée d'exposition dans la chambre noire est courte, il est nécessaire de compter au moins les demi-secondes ; avec l'intensité de lumière qui existe dans l’appareil normal de M. Daguerrc, il est suffisant décompter les secondes. Si l’on opère au soleil , il faudra de IG à 22 secondes ; à l’ombre, ce temps sera ordinairement compris entre 40 secondes et une minute.

» Lorsque l’on se sert du brôme, Il devieot utile d’adapter aux objectifs des diaphragmes variables, afin d’avoir à volonté une action plus rapide ou une netteté plus grande ; mais il est indispensable que leurs surfaces d’ouverture soient entre elles dans des rapports simples. On peut ainsi faire varier l’intensité de la lumière dans des rapports connus, et, pour obtenir un même effet, les temps devant être en raison inverse des intensités, on voit que la durée d’exposition qui correspond k chaque diaphragme varie dans un rapport simple et connu , ce qui permet d’opérer avec ces diaphragmes variables aussi sûrement qu'avec un diaphragme fixe.

» Ce moyen a été adopté avec empressement par un habile artiste, M. Lemaître, qui a le premier fait usage du brôme pour de grandes épreuves.

» Une chose très-importante à éviter est de soumettre la plaque à l’opération du mercure dans un lieu où une odeur de brôme se fait sentir : en effet, pendant que la planchette est transportée du châssis dans la boite au mercure, la plaque impressionnée se trouve un instant en cpntact avec l’air chargé d’une petite quantité de brôme , et dans ce cas l’effet

prod uit par l’image de la chambre noire peut être entièrement détruit ; en aorte que sous l’influence du mercure il ne se forme plus d'image sur la plaque.

» Cet effet tend 1 se produire partiellement sur les bords de la plaque, lorsque celle-ci est fixée sur une simple planchette; car alors le bois, légèrement imprégné de brème en même temps que la plaque, émet continuellement des vapeurs tris-faibles, il est vrai, mais suffisantes pour détruire l’action de la lumière sur les bords de la plaque. On évitera cet effet en couvrant les bords de la planchette jusqu'aux épaisseurs avec lin métal quelconque ; du zinc on des feuilles minces d’étain rempliront fort bien ce but.

L'iode a la mime action que le brème ; mais étant moins volatil , il est moins i craindre. Je crois que c’était une action de cette espèce , et non une inégale épaisseur de la couche sensible, qui produisait les épreuves à bords noirs que M. Daguerre évitait si bien par ses bandelettes de plaqué.

» Je crois aussi que cette même action explique très-bien cette singulière anomalie observée par tant d'opérateurs, qui consiste dans l'impossibilité presque absolue d’opérer avec certaines chambres noires. Presque toujours alors la chambre noire renferme la boite & l’iode; celle-ci perdant toujours un peu, les parois de la chambre noire s’imprègnent d’une petite quantité d'iode qui s'en dégage incessamment ; lorsque la plaque subit l’action de la lumière, elle se trouve ainsi en contact avec de faillies vapeurs d’iode qui neutralisent en tout ou en partie l’action de la lumière.

• On évitera donc que le châssis à plaque et la chambre noire puissent s’imprégner de brème ou d'iode; si cela arrivait, il faudrait exposer le bois ainsi imprégné au grand air et au soleil pendant quelque temps. »

BOITE a;brome DE M FOUCAULT.

M. Foucault emploie l’eau brômée extrêmement faible, 0 gramme 5 de brème, de 1,000 grammes d’eau de rivière filtrée. Sa boîle est construite en glace, mastiquée et consolidée à l’extérieur par une seconde boite en bois, qui repose sur trois vis calantes, lesquelles servent avec un niveau à bulle d’air

— uo —

à mellre l’appareil de niveau. La hauteur intérieure est d’environ trois centimètres; à la partie supérieure la boîte est fermée par une trappe en glace à coulisse qui ferme hermétiquement, et qui permet de recevoir en dessous la planchette portant la plaque qui repose sur des tasseaux.

L’une des glaces de côté est percée, à sa partie supérieure, d’un trou qui permet d’introduire la dissolution, quoique la trappe soit fermée; et au fond de la boîte, vers l’un des angles, se trouve un petit tube en verre destiné à faire écouler la dissolution qui a déjà servi.

Voici comment M. Foucault recommande de l’employer : •

La plaque, une fois iodée avec précision, on la met dans le châssis où elle peut attendre un temps très-long, plusieurs heures; ce qui peut être trèscommode quand on guette le moment favorable, un rayon de soleil, une circonstance quelconque.Quand on veut brômer, on emplit de dissolution au moyen de l’entonnoir le flacon dont j’ai parlé; ce que l’on fait vivement, afin que le brôme ne s’évapore pas. Alors on met l’entonnoir sur le tube recourbé ayant eu soin de fermer la trappe de glace; on verse rapidement la dissolution dans la boîte. Ici se présente une précaution assez particulière. A partir du moment où l’on voit couler les dernières gouttes jusqu’à celui où on tire la trappe, il est important de laisser écouler toujours le même temps; une demiminute, par exemple. On satisfait aisément à cette

condition en comptant en soi-mèmc jusqu’à un certain nombre, en môme temps on agite légèrement la boite, aiin que la dissolution en mouille bien tout le fond, et l’on place la planchette sur les tasseaux propres à la recevoir. La demi-minute écoulée, on lire vivement la trappe , et on compte non plus en soimême, parce que cela n’est pas assez exact , mais «*u îpoyen d’un compteur ou de tout autre instrument de ce genre, un certain nombre de secondes qu’il faudra déterminer pour chaqueappafeil, mais qtii doit se limiter entre vingt secondes et une minute (lj. On reconnaîtra que l’on est resté trop loug-teuips ou que la plaque a absorbé trop de brôme lorsque l’épreuve se voilera sous l’influencedu mercure, â mesure qu’une plaque iodée absorbe du brôme, sa sensibilité s'accroît jusqu’à une certaine limite, celle où le moindre excès cause un voile sur l’épreuve. C’est à cette certaine limite qu’il faut arriver pour avoir le maximum de sensibilité, et il n’y a que le tâtonnement qui puisse y faire parvenir. Si l’on se tient en deçà, U plaque n’est pas assez sensible, mais on n'en acquiert la certitude que par d’autres expériences ; si l’on a été au delà, le voile de l’épreuve vous l’indique immédiatement. Le temps convenable écoulé, on lève aussitôt la planchette qu’on replace de suite dans le châssis, et la plaque est prête à recevoir l’impression de la lumière.

(I) Ce nombre de secondes ne varie qu’asscz peu par les changements de température. L'expérience seule apprendra les limites de cette influence.

PRÉPARATION DIJ CHLORURE DIODE DE M. CLAUDET.

Le chlorure d’iode se prépare en faisant arriver du chlore gazeux sur de l’iode. Pour se procurer le chlore (1), on introduit dans un ballon de verre du peroxyde de manganèse (manganèse) réduit en menus morceaux et par-dessus de l’acidechlorhydrique'(murialique). Au ballon est adapté un tube deux fois recourbé; ce tube se rend dans un petit flacon qui contient l’iode. Quelques charbons ou la flamme d’une petite lampe à esprit-de-vin sous le ballon suffisent pour déterminer le dégagement du chlore; l’iode se liquéfie promptement. Aussitôt que la liqueur qui en résulte a atteint la couleur rouge-vif, l’opération est terminée. Le flacon doit être immédiatement fermé avec beaucoup de soin; pour cela on mettra un peu de suif autour du bouchon usé à l'émeri.

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