ÎV. DES MOYENS POUR FIXER L’ÉPREUVE NÉGATIVE
Dès que l'épreuve négative est arrivée au point où il faut la soustraire à l’action de l’acide gallique, on la lave à grande eau et on la plonge dansuue dissolution de brômurede potassium.
Le bromure de potassium dissout les sels d’argent que la lumière n’a pas impressionnés et qui formeraient une masse noire sous l’épaisseur de laquelle le dessin disparaîtrait inévitablement, si on exposait l’épreuve à la lumière, au sortir du bain.
Lebrômure de potassium peut être employé en dissolulion plus ou moins concentrée. Cependant il est plus commode d’avoir recours à une dissolution dont le degré de concentration ne varie pas.
Celle que nous employons, est ainsi composée ;
Bromure de potassium 30 gr.
Eau distillée 1 00 gr .
l’holographie, sur papier .
Avec cette dissolution, il suffit d’une minute ou deux pour que tout le sel d’argent qui restait encore dans le papier soit absorbé et dissous.
Après cette immersion, il faut soustraire l’épreuve à l’action du bromure qui affaiblirait trop les tons de l’image, et la purger de ce sel par quelques lavages à l’eau ordinaire avant de la sécher au papier buvard.
L’emploi d’une dissolution plus étendue de bromure n’empêcherait pas l’action corrosive de ce sel sur le dessin, et forcerait de prolonger plus longtemps l’immersion dans le bain, et d’employer une plus grande quantité de liquide , puisqu’il faut que le bromure dissolve, d’une manière ou d’une autre, tout le sel d’argent.
Le chlorure de sodium (sel de cuisine) peut remplacer le brômure. Il est moins coûteux et d’un emploi plus commode, surtout en voyage, parce qu’on le trouve partout. 11 faut l’employer en dissolution saturée et laisser séjourner, pendant plusieurs heures, l’épreuve dans le bain. Ce réactif ne présente pas les mêmes dangers que le bromure, son action est plus lente, et on n’a pas à craindre, comme avec celui-ci, que l’épreuve se décolore.
Mais, de tous les réactifs auxquels on puisse avoir recours, l’hyposultite de soude est le plus commode. Son action sur l’épreuve négative est double : non-seulement il s’empare du sel d’argent qui est en dissolution dans le papier, mais encore de celui que la lumière a légèrement réduit, et qui colore le fond de l’épreuve.
Avec l’hyposulfile, le papier devient blanc; avec le bromure et le chlorure de sodium, il conserve une teinte jaune.
Pour que le fond de l’épreuve se décolore et que le papier
reprenne toute sa blancheur, il faut que l’épreuve séjourne dans le bain au moins pendant une heure ou deux.
Cependant, on ne doit donner la préférence à l’hyposulfite sur les deux autres réactifs, que lorsqu’on peut en surveiller l’emploi. Sans cette surveillance on s’exposerait à perdre l’épreuve, car l’action dissolvante de l’hyposulfite s’élend aux parties les plus colorées de l’épreuve, et pourrait, si on la prolongeait trop longtemps, en détruire toute l’harmonie.
Il est peu important d’employer l’hyposultite en dissolution plus ou moins concentrée, puisqu’on suit son action sur l’épreuve, et qu’on est toujours maître de l’arrêter quand on veut.
Il suffit pour cela, de regarder de temps en temps l’épreuve par transparence. L’action est termiuée lorsque les blancs de l’image ont perdu totalement la nuance jaune qu’ils avaient d’abord.
L’hyposulfile doit toujours être employé à froid. Lorsqu’il est chauffé , la dissolution agit avec une extrême énergie, attaque les noirs aussi bien que les blancs, et il est rare qu’une épreuve conserve l’harmonie qui en fait le mérite, lorsqu’elle a été soumise à ce traitement.
Mais ce qui est un danger pour de bonnes épreuves peut devenir un secours pour améliorer des épreuves qui seraient défectueuses; ainsi, lorsqu’une épreuve est perdue, soit que l’exposition à la chambre noire ait été prolongée trop longtemps, ou que l’acide gallique ait agi avec trop d’énergie, on peut la rendre encore transparente , en la soumettant à l’action dissolvante de l’hyposullite ; cependant il ne faut pas compter d’une manière générale sur l’efficacité de ce moyen.
Nous n’avons parlé jusqu’ici que de l’byposulfite employé seul et tel qu’il est mis en usage par tout le monde. Nous allons
signaler une propriété particulière et bien précieuse qu’il est possible de lui donner. En versant dans la dissolution d’hyposulüte quelques gouttes d’acide acétique, et maintenant le bain à l’état acide (ce qu’indique le papier de tournesol), les noirs de l’épreuve ne sont pas attaqués, et les demi-teintes prennent plus d’éclat et ressortent mieux.
Lorsque la dissolution d’hyposulfite a été additionnée d’a= eide acétique, on peut, sans inconvénient, laisser séjourner l’épreuve un jour entier dans le bain.
Dans les excursions Daguerriennes, l’opérateur n’a pas le temps de consacrer des heures entières à l’exécution des épreuves. Les moyens les plus expéditifs et les moins compliqués sont les meilleurs. Nous conseillons, dans ce cas, la dissolution de sel marin , après avoir dissous la plus grande partie de l’argent; au moyen de ce sel, on lave l’épreuve, on la place à l’abri de la lumière, et on la traite, au retour de l’excursion, par la dissolution d’hyposulfite additionnée d’acide acétique.
Il n’est pas indifférent de préparer les papiers négatifs par tous les procédés indistinctement. Le procédé, nous l’avons vu, doit varier selon l’effet qu’on désire obtenir. De même aussi, l’emploi du bain d’hyposulfite n’est pas toujours avantageux: il faut donc se rendre compte des effets qu’il produit pour savoir les cas où il faut l’employer, ou lui préférer, au contraire, le bromure ou le chlorure de sodium.
En dissolvant plus complètement le soi d’argent , qui produit sur l’épreuve une teinte jaune, l’hyposultite donne, par cela même, aux demi-teintes plus de transparence et de netteté, mais aussi il les affaiblit, et il arrive souvent qu’en dernier résultat le dessin est à peine accusé dans l’épreuve positive.
Si on P une épreuve négative où les parties éclairées du
tableau sont accusées avec puissance, et les parties ombrées, les demi-teintes un peu dans le vague, le défaut d’harmonie que produit le contraste de ces deux effets , est encore exagéré par l’emploi de l’hyposulfite , qui agit à peine sur les parties éclairées, efface ou affaiblit beaucoup les demi-teintes, de telle sorte, qu’en dernier résultat l’épreuve, qui était médiocre, perd encore de ses qualités, et devient tout-à-fait mauvaise.
Lorsqu’on sort l’épreuve négative du bain de bromure, de sel marin, ou d’hyposulfite, on doit la laver à grande eau, puis la placer dans un grand vase rempli d’eau qu’on renouvelle plusieurs fois, afin de faire bien dégorger les sels que le papier pourrait contenir. On peut laisser séjourner les épreuves pendant vingt-quatre heures dans le bain. Ce traitement de l’épreuve est alors achevé dans ses parties les plus essentielles, il n’y a plus qu’à la sécher, ce qui se fait en la plaçant entre plusieurs feuilles de papier buvard, que l’on renouvelle jusqu’à ce que l’épreuve ne le mouille plus.
A moins qu’une épreuve négative ne soit excessivement faible, il faut la cirer avant de l’employer à la reproduction des épreuves positives. La cire rend le papier plus transparent et ajoute beaucoup à la limpidité des teintes, elle les fond et les harmonise mieux entre elles. Elle a en outre l’avantage d’égaliser le grain du papier en bouchant les pores; elle lui donne aussi une consistance plus ferme, line épreuve positive obtenue avec une épreuve négative qui n’a pas été cirée présente un grain de papier plus rude, des demi-teintes moins fondues, des blancs plus secs et plus découpés.
Les épreuves négatives qui ont été cirées se conservent mieux, et sont moins exposées aux accidents extérieurs ; elles prennent difficilement l’humidité, tandis que les épreuves qui
m’ont pas été cirées s’altèrent plus facilement. Si bien , qu'une épreuve négative qui n’a pas été cirée se tache presque toujours, lorsqu’on en lire des épreuves positives, dans des conditions où la môme épreuve, si on l’avait cirée, n’aurait subi aucune altération.
Il 11e faut cirer l’épreuve négative que lorsqu’elle est parfaitement sèche. On la dépose à cet effet dans une feuille de papier blanc , on saupoudre l’envers de l’épreuve avec delà cire blanche râpée (cire vierge), on ajoute une seconde feuille de papier sur la première, et on fond la cire au moyen d’un fer chaud. On doit toujours s’assurer que le fer est à la température convenable; si la cire jaunissait, il faudrait le laisser refroidir ou ajouter quelques feuilles de papier au-dessus de l’épreuve, afin d’affaiblir la chaleur.
Lorsque la cire a été fondue et l’épreuve bien imbibée, il faut la priver de l’excès de cire qu’elle contient, ce qu’on obtient en la chauffant encore, au moyen d’un fer à repasser, entre des feuilles de papier, que l’on renouvelle à mesure que la cire de l’épreuve les pénètre et s’y étend.
Avant de terminer cette opération, on doit s’assurer, en regardant l’épreuve par transparence, que la cire l’ a pénétrée bien également. S’il en était autrement, il faudrait recommencer le cirage comme pourune nouvelle épreuve.