‹ Traité de phrénologie humaine et comparée (volume 2)Chapitre 36 sur 46 · GI · texte numérisé non relu

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dès son enfance, une forte tendance vers les idées religieuses. « Ses jouets étaient des vases d'église qu'il sculptait lui-même, des chapelles et des surplis qu'il faisait avec du papier. » Il priait du matin au soir, disait la messe, et quand il ne pouvait être à l'église , il s'occupait à orner un Christ de bois. Son père le destinait au commerce; mais il s'y refusait parce que, disait-il, cela l'obligerait à mentir. A l'âge de vingt-trois ans, il quitta la boutique, et trop âgé pour pouvoir étudier et devenir prêtre, il s'enfuit de la maison paternelle et se fit ermite. A la fin, cependant, il put entrer au séminaire, devint prêtre et continua jusqu'à sa mort à se livrer à des exercices de piétç et à faii'e pénitence.

Plus lard , Gall remarqua que , dans les écoles, on voit des enfants qui ne prennent aucun intérêt aux instructions religieuses, tandis que d'autres les reçoivent avec avidité; il remarqua aussi que les individus qui, dès le collège, se dévouaient volontairement à l'église , étaient plus tard des hommes studieux, pieux et vertueux, ou d'insignes mauvais sujets. « Il est clair, » dit-il, i que ces derniers n'avaient d'autre but que de vivre aux dépens d'autrui, tandis qu'une foi ardente avait décidé de la vie des premiers. On ne s'explique pas, » continue-t-il , « comment ce sentiment avait pris racine en eux, et certainement on ne pouvait l'attribuer à l'influence de l'exemple ou de l'éducation, ou encore à la position de leurs parents dans le monde; car un grand nombre d'entre eux, pour obéir à leur vocation, avaient résisté à leurs parents ou à leurs tuteurs. » Tous ces faits le convainquirent que le sentiment de la religion est inné.

Plus tard , lorsque son attention se porta sur les qualités primitives de l'esprit, il se rappela ces observations faites dans sa jeunesse, et se mit aussitôt à examiner la tête des personnes cilées pour leur piété. Il visita les églises de toutes les sectes, et s'attacha surtout à observer la tète des personnes qui priaient

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avec le plus de ferveur et que leurs contemplations religieuses absorbaient tout entiers. C'est ainsi qu'il parvint à établir que la partie du cerveau dont nous traitons ici est l'organe de la vénération.

C'est surtout chez les peuples catholiques que l'on trouve ample matière à de pareilles observations. Le D"" Bright, dans sonvoyagedansla basse Hongrie, dit que: « à Vienne, les églises sont presque constamment ouvertes. On y voit entrer à tout moment des domesticpics chargés de commissions, qui s'agenouillent avec leurs paniers ou leurs paquets devant les images des saints. C'est ainsi qu'à force d'y recourir, la prière devient une habitude et une distraction, au lieu d'èire l'accomplissement d'un devoir. J'ai vu jusqu'à des petits enfants, par les plus grands froids, et quand leurs parents n'étaient point là pour les y contraindre, tomber à genoux devant les niches de saints qui ornent le coin des rues et des passages à Vienne, et demeurer immobiles, comme absorbés par une dévotion sentie, pendant plusieurs minutes (i). » J'ai eu l'occasion d'observer plusieurs faits semblables dans des villes catholiques.

La fonction de cette faculté est de produire le sentiment de la vénération en général, ou une émotion profonde de respect à la vue de tout ce qui est grand ou bon. Elle est la source de la religion naturelle et de celte tendance que manifestent toutes les tribus jusqu'ici découvertes, à adorer un pouvoir souverain. Cependant, comme cette faculté ne produit qu'une émotion et ne forme par elle-même aucune idée de l'objet sur lequel elle devrait porter son adoration, si aucune révélation n'a été faite à l'individu qui la possède, et si son intelligence est bornée, le malheureux adorera peut-être le génie des tempêtes; le soleil, comme la source de la lumière, de la chaleur et de la

<4) Pages iù el-i-i.

vie végétale, et peut-être même des animaux, des troncs d'arbres et des pierres.

*' Lo! the poor Indian , whose untulorod niind Sees God in cloiids , or hears him in Ihe wind (1). "

Cet organe est large chez le roi Robert Bruce, dont les sentiments religieux, à ce que dit l'histoire, étaient des plus vifs, et qui voulut que son cœur fût porté dans la terre sainte, parce qu'il n'avait pu remplir le vœu qu'il avait fait de la visiter en personne.

A défaut d'une bonne direction, cette faculté conduit à la superstition. C'est elle qui fait adorer les animaux, les rochers, les arbres. Les nègres, les Indiens américains, et même les Indous, comparés aux Européens, ont un pauvre développement intellectuel ; aussi leurs superstitions sont-elles plus grossières. Socrate ne partageait point les erreurs religieuses adoptées par les Grecs , et les bustes antiques nous le représentent avec un front magnifiquement développé (2).

Cet organe est très-large chez les nègres , et l'on sait combien ils sont superstitieux.

On a objecté que, s'il y a un organe et une faculté de la vénération , la révélation devenait inutile. Mais Gall a répondu, avec raison, que cette proposition devait être renversée; car si l'homme n'eût été doué d'une faculté naturelle propre à rendre des émotions religieuses, la révélation eût été aussi inutile à l'homme qu'elle l'est aux animaux; tandis que si l'existence d'un sentiment général de dévotion, ou une tendance instinctive mais aveugle à l'adoration, c'est-à-dire la

(i) Hélas! le pauvre Indien avec son esprit inculte, voit Dieu dans les nuages ou l'entend dans le vent.

(2) On peut voir la copie de son buste à là Société phrénologique d'Edimbourg.

vénération, est admise, rien de plus rationnel que de supposer que l'instruction est venue la diriger. Gall observe , en outre, que l'existence de cet organe est une preuve indirecte de l'existence de Dieu. La destructivité est implaotée dans l'espiit, et il existe autour de nous des animaux que nous devons tuer afin de nous nourrir de leur cliair.L'adliésiviléetla philoprogéniture nous sont données, et nous avons des amis et des enfants pour gratifier les sentiments qui émanent de ces organes. La bienveillance s'épanche sur les pauvres et les malheureux qui nous entourent; de la même manière le penchant instinctif à l'adoration est une des actions de notre intelligence, et, conformément à l'analogie que nous observons dans la nature, nous ne pouvons nous empêcher d'en inférer qu'il existe un Dieu que nous pouvons adorer. Cet argument n'est pourtant pas concluant; car il existe des êtres terrestres sur lesquels notre penchant à l'adoration peut s'exercer.

Tous les hommes possèdent cet organe, mais à des degrés différents ; et d'accord avec ce principe que la puissance naturelle d'éprouver une émotion est en raison directe , toutes choses égales d'ailleurs, du volume de l'organe qui lui est affecté, tout individu sain a la faculté de se livrer à des actes religieux ; mais la ferveur religieuse sera plus ou moins intense, selon que l'organe de la vénération aura plus ou moins de développement. La différence entre la force de l'émotion religieuse éprouvée par les différents individus était reconnue avant qu'il ne fût question de phrénologie : celle-ci n'a fait que révéler la coïncidence qui existe entre l'intensité du sentiment et le volume des circonvolutions cérébrales qui lui sont affectées.

Gall prétend que, dans les portraits des saints célèbres par leur profonde dévotion , cet organe est toujours proéminent, et que les artistes de l'antiquité ont donné la môme configuration à la tête de ceux de leurs grands prêtres dont ils nous ont laissé le buste ou le portrait. Cet organe est fort dans

les portraits c'e Constantin, deMarc-Aurèle, de saint Ambroise de Charles I" d'Angleterre et de Malleljranche. Dans la tête de saint Jean, de la Cène, de Léonard de Vinci que nous reproduisons ici, cet organe et celui de la bienveillance sont trèsproéminents.

Cet organe est aussi très-marqué chez; les philosophes et les poètes remarquables pjr leur piété, tels que Newton, Millon , Klopstock, tandis qu'il est eiïacé sur la tète de Spiiiosa, qui professa ralhéisme. La configuration de la tète du Christ, peinte i)ar Raphaël, présente également une saillie remarqual)lc de cet organe. L'aspect de cette tète sublime indique les plus hautes facultés intellectuelles, unies à une bienveillance et à une vénération incomparables. Gall demande si les formes de celte tele divine sont dues au génie de l'artiste, ou

si elles ont été copiées sur un portrait original, t II est possible, î dit-il, «que l'artiste ait imité la forme des têtes des hommes remarquables par leurs hautes vertus, leur amour de la justice, une bienveillance sans bornes, et qu'il ait supposé que la tête du Christ ne pouvait être que la réunion de ces formes sublimes. Dans ce cas, le génie observateur de ce grand artiste viendrait corroborer les observations de Gall, tout en faisant preuve d'un pressentiment artistique de l'organologie, et une sagacité d'observation étonnante. Il croit plus probable que le type général de la tête du Christ nous a été transmis. Saint Luc était peintre ; comment n'aurait-il pas essayé de conserver les traits de son divin maitre ?I1 est certain que la forme de la tête du Christ est d'une haute antiquité. On la trouve dans les peintures les plus anciennes et dans des spécimens de mosaïque. Les gnostiques du second siècle possédaient des images du Christ et de saint Paul; Gall conclut de là que ni Raphaël , ni aucun autre artiste n'a inventé cette admirable figure (i).

La plupart des métaphysiciens ne considèrent pas la vénération comme une émotion originelle; ils attribuent la croyance en Dieu aux perceptions de l'intelligence. Selon eux, nous percevons la beauté, l'ordre, l'harmonie, le pouvoir, la sagesse et la bonté dans les ouvrages de la création, et de toutes ces qualités, nous inférons qu'il existe un Es[)rit créateur. En cela, les phrénologues sont d'accord avec eux. Mais si l'intelligence perçoit les faits et en déduit les conséquences, elle ne peut sentir des émotions, et ces déductions faites, elle n'éprouve aucun penchant à adorer ce Dieu qu'elle a découvert dans toutes ses œuvres. Cependant la tendance à adorer est un prin-

(t) Sur les Fondions du cerveau, tome V, p. 589. Voir aussi une courte notice de quelques anciennes monnaies et médailles, servant à prouver les progrès du christianisme, par le Rev. R. Welsh. LL, D. chapelain de l'ambassade de Conslanlinople.

cipe plus fort que l'intelligence môme; car les hommes les plus ignorants et les plus slupides sont susceptibles de vénération, quoique incapables de porter d'eux-mêmes leur intelligence sur un objet digne de leur hommage; leur vénération aveugle leur fait adorer des branches qu'ils ont eux-mêmes détachées du tronc, ou encore chercher des dieux dans les monstres et les reptiles. Ce sont là des faits qu'il fut impossible d'expliquer jusqu'à ce que la phrénologie eût démontré que la tendance inslinclive à vénérer est un sentiment distinct de l'intelligence. Celte tendance n'est autre que la faculté en question, et c'est une grande faute de la part des anciens philosophes d'avoir oublié, dans leurs systèmes, de mentionner un pouvoir semblable.

Jusqu'ici nous n'avons considéré la vénération que par rapport à la religion, comme le but le plus noble de cette faculté; mais elle a aussi, dans ce monde, une sphère d'action trèsétendue. C'est à elle qu'on est redevable des sentiments de respect et de déférence ; aussi peut-on la diriger vers tout ce qui est noble et beau; sans elle les enfants ne seraient point susceptibles de piété fdiale : elle produit ce saint et doux espoir avec lequel l'enfant regarde les auteurs de ses jours, et voit en eux les protecteurs de son enfance, les guides de sa jeunesse. L'enfant chez qui cet organe est petit, s'il a la bienveillance et l'adhésivilé bien développées, peut aimer son père comme un ami; mais dans ses rapports avec lui, on cherche vainement cette déférence respectueuse qui est h; trait caractéristique de l'esprit dans lequel cet organe est très-développé. Les enfants portés à se révolter contre toute autorité, ont une large estime de soi et la vénération très-faible.

La vénération porte à la déférence envers nos supérieurs en rang aussi bien qu'en années, et au respect de toute autorité. Cet organe a, en général, un large développement dans la tête des Asiatiques , et ces peuples sont humbles et obéissants. On

peut même certifier que, si cet organe n'était point aussi dominant chez eux, l'esclavage n'aurait point passé sur tant de générations.

Une dame de mes connaissances qui a l'habitude d'examiner la tête de ses domestiques avant de les prendre à son service, m'a dit que celles qui ont la vénération bien développée, sont les plus respectueuses et les plus obéissantes, et que celles qui ont la combativité et la destruciivité fortes, et la vénéi'aiion petite, deviennent colères et impertinentes, quand on censure leur conduite. Cela a lieu, ajoutait-elle, même alors que l'amour de l'approbation et la conscicnciosité sont tous deux trèslarges; mais dans ce cas, la colère s'apaise bientôt et fait place au repentir. Quand la vénération s'unit à tous ces organes, elle agit aussi instantanément que la combativité et la destruciivité, et empêche la colère d'éclater.

La vénération produit aussi le respect des titres, des rangs et du pouvoir; elle s'attache tantôt aux noms qui comptent une longue suite d'aïeux , tantôt à la richesse seule; elle se manifeste ainsi sous l'une ou l'autre de ces formes, quand elle ne paraît pas dans la ferveur religieuse. Les individus chez qui l'amour de l'approbation et la vénération sont très-larges, quand la conscienciosilé et l'intelligence ne sont pas développées en proportion, vénèrent les personnes d'un rang supérieur au leur et recherchent leur société. Les gens haut placés qui ne possèdent ni grandes vertus, ni grands talents, aiment la société des individus de cette espèce. Lors de la visite de George IV en Ecosse, en 1822 , il est des personnes qui éprouvèrent à sa vue la plus profonde émotion de crainte respectueuse, tandis que d'autres ne la soupçonnaient même pas, et se montraient surpris au dernier point de l'enthousiasme exagéré manifesté par les premières. J'examinai plusieurs têtes dans ces deux classes d'individus, et je trouvai constamment l'organe de la vénération plus large chez la première.

CcUe faculté est aussi la source du sentiment qui saisit certaines personnes dans les temples antiques, les cathédrales gothiques, et les lieux de sépulture réservés aux grands hommes; elle participe aussi à l'amour des vieilles médailles, et, en général, de toutes les antiquités.

Comme tous les autres pouvoirs, ce sentiment a ses abus. S'il n'est pas guidé par la réflexion et la conscienciosité, il vénère sans examen les vieilles coutumes, les institutions les plus absurdes, pourvu qu'elles aient été consacrées par lo temps, et montre une aveugle tendance à admirer la sagesse de nos ancêtres quand même (i) , à respecter de la même manière les noms qui font autorité dans la théologie ou la philosophie, et forme ainsi obstacle aux progrès de la vérité ; cn6n, quand la vénération est vigoureuse dans un esprit borné, elle le porte à s'humilier jusqu'à l'abjection devant l'objet sur lequel elle s'exerce. Les despotes ont de tout temps usé de leur pouvoir pour exalter ce sentiment dans leurs sujets. Ils encouragent les moines, les processions, les coutumes superstitieuses, et bannissent les philosophes, ou mettent à {'index les livres scientifiques.

L'absence de la vénération n'entraîne pas nécessairement le mépris des choses saintes; il en résulte simplement de l'indifférence pour les pratiques religieuses et peu de respect pour le pouvoir ou les noms illustres. Cependant un homme, doué d'une forte vénération, peut ne pas respecter la religion catholique; il n'a, pour cela, qu'à douter de sou origine divine; mais, dans ce cas, il reportera sa vénération sur autre chose. Voltaire avait la vénération fortement développée, et ce n'était pas un croyant; mais il adorait l'Être suprême, et se prosternait devant les grands (-2). On l'accusa même à Paris

(1) Voirie Journal phrénologique, VIII, 598.

(2) Ibid.

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(Je fanalisme. J'ai toujours trouvé la vénération large dans le tory pur sang, dans relui qui s'épanouit quand le regard d'un roi ou d'un noble tombe sur lui, et qui les regarde comme sanctifiés; celui-ci, parce qu'il remonte à son origine à travers une longue suite d'aiou\ ; celui-là, par la possession héréditaire de l'autorité sur un peuple. Le véritable whig ou républicain, qui ne peut voir dans les rois ou les nobles que des hommes sujets à toutes les faiblesses de la nature humaine, et dont les actes doivent être surveillés, ont la vénération, proportion gardée avec leur intelligence, beaucoup plus faible en général. La réunion des organes de la vénération, de l'estime de soi, de la conscienciosilé, joints à une intelligence également bien développée, fait les whigs modérés, ou les torys modérés, et, dans ce cas, ils sont bien près de s'entendre. Il est bien entendu qu'aucune de ces observations ne peut s'appliquer à ces individus à qui l'amour des places ou des distinctions fait professer le whigisme ou le torysme.

De ce qui précède, il résulte que c'est une erreur de croire que la religion puisse jamais s'éteindre dans le cœur des hommes. La nature a placé dans le cerveau les organes de la vénération et du merveilleux, et les sarcasmes des impies ne pourront jamais en étouffer l'expression. La forme d'un culte peut changer, des rites religieux peuvent vieillir; mais tant que son cœur n'aura pas cessé de battre, l'homme éprouvera des sentiments de crainte et de respect pour l'Être suprême; son adoration ne cessera que quand lui-même sera rayé du nombre des êtres.

Cette faculté relève la tête dans la direction de son organe. La voix de celui qui la possède est douce, calme et pleine; c'est la vibration lente d'une corde qui vous pénètre. Les intonations et la manière de prier d'un prêtre qui l'a fortement développée, comparées à celles d'un prêtre chez qui elle ne l'est que faiblement, offriront des nuances faciles à sai-

sir; c'est dans la bouche du premier un souffle de piété fervente; il y a quelque chose de froid et de compassé dans les paroles du second : j'ai toujours trouvé l'organe beaucoup plus développé chez les prêtres qui étaient entrés dans les ordres par vocation, que chez ceux, qui y étaient entrés pour se procurer un moyen d'existence.

Cet organe est, en général, plus développé chez la femme que chez l'homme; et la femme est plus humble et plus dévote que lui.

Gall n'a parlé de cette faculté que comme devant produire le sentiment religieux; c'est à Spurzheim que revient le mérite, de l'avoir analysée, et d'y avoir découvert la source de l'émotion que donne le respect en général.

Piien n'est plus commun, dit Pinel, que les cas d'aliénation mentale produits par l'exaltation des sentiments de piété, par les scrupules que se forge une conscience timorée, par des terreurs religieuses. « Cette espèce de folie, dit Gall, existe souvent, quand il n'y a désordre dans aucune autre faculté, et les médecins auraient dû en conclure qu'elle se rattache à une certaine partie du cerveau. »

Gall et Spurzheim virent, à l'hôpital d'Amsterdam, un malade qui se désolait de l'idée d'être obligé de pécher et de ne pouvoir faire son salut. L'organe de la vénération était chez lui très-développé. Il l'était également chez un préire qui désespérait de son âme , et chez un autre malade dont l'idée dominante était que l'enfer lui était réservé.

Quand Elisabeth Lindemann fut amenée à Gall, il s'aperçut» au premier abord , que cet organe avait chez elle un développement extraordinaire. De temps en temps, elle levait les yeux au ciel, et tous ses gestes indiquaient la tristesse et l'inquiétude. Elle avait, dès sa plus tendre enfance, contracté l'habitude de prier beaucoup; et, depuis longtemps, elle était sujotie à des convulsions, pendant lesquelles elle s'écriait qu'elle

était possédée. « Le démon, » disait-elle, « est entré dans mon cœur par ma bouche; il veut in'entraîner en enfer avec lui.»

Gall parle aussi des moules de la tête de trois personnes sujettes à la folie religieuse, faisant partie de la collection de M. Esquirol, et ayant toutes tiois la vénération largement développée. M. Esquirol , à propos de ces mêmes crânes, fait remarquer avec raison que, quoiqu'on ait souvent attribué à l'elfet produit par certains sermons cette espèce de folie, cependant il aurait été nul sans une prédisposition à celte maladie dans l'individu atteint.

J'ai vu dans les nombreux asiles de ce pays, plusieurs aliénés , dont la folie n'avait d'autre cause que l'état morbide de la vénération, 11 y avait, en 1850, dans l'établissement de M.Drury, près de Glascow, un malade dont le besoin de prier, pendant ses accès de folie, était irrésistible. 11 priait agenouillé toute la journée; cependant son organe de la vénération n'était pas large; et c'est ici le lieu de se rappeler que nous avons toujours dit que, si les organes largement développés étaient plus susceptibles d'une activité morbide que les oi'ganes petits, ceux-ci ne laissaient pas de pouvoir se déranger. Ce malade eut un intervalle de raison pendant ma visite; j'en profitai pour lui demander s'il prenait plaisir à diie ses prières, alors qu'il y était excité. Sa réponse fut négative; il était malheureux, disait-il, et priait pour détourner la colère de Dieu, Je trouvai ses organes de la circonspection et de la destructivité très-proéminents, et j'en conclus qu'il était excité à la prière par la peur. Quand la folie est causée par l'excitation morbide de la vénération, de l'espérance et du merveilleux , le malade est dans un état de béatitude surnaturelle.

Le lecteur peut consulter, sur la folie religieuse, les Observations sur le désordre intellectuel, du D"" A. Combe , et une série d'articles dans le neuvième volume du Journal phrénologique.

L'organe de la vénération est large dans la tête d'Oberlin , du président Jeannin, de Francis Paris, d'Auguste Baker, de Paul Lejeune et de Sully. Il est petit dans la tête de Néron et du pape Alexandre VI.

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