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INTRODUCTION
La science des corps organises se divise cn deux branches , l’anatomie et la physiologie, bien distinctes, mais qui se prêtent un mutuel appui. L’examen des formes , du nombre , de la situation et des rapports des parties entrant dans la composition des corps organisés, constitue la première; l’étude des fonctions de ces mêmes parties est du ressort de la seconde. Chacune de ces sciences peut s’appliquer au règne végétal ou au règne animal.
La lecture des ouvrages où se trouve consignée l’histoire des sciences naturelles , prouve que la connaissance des fonctions fut toujours précédée ou au moins accompagnée de celle des organes destinés à leur exécution : l’une ne peut marcher sans l’autre ; et c’est pour les avoir séparées que les anciens médecins se sont si souvent éloignés de la vérité. Leurs écrits si peu riches en faits anatomiques bien constatés, n’offrent que des idées vagues, des hypothèses purement idéales , résultant de l’imagination et non de l’observation rigoureuse des faits naturels. Comment , par exemple , aurait-il pu exister de vraies connaissances physiologiques du temps d’Hippocrate , qui désigne dans ses ouvrages , sous le même nom , des parties entièrement différentes ? Aussi quelque respect que l’on doive au père de la médecine, on ne peut s’empêcher de remarquer qu’un très-grand nombre de ses descriptions et de ses aphorismes se composent fréquemment de faits imaginaires, quelquefois même ridicules. Que de fausses théories, que de systèmes entassés à grands frais d’imagination l’anatomie n’a-t-clle pas fait crouler! Ce n’est qu’à l’époque où l’étude de l’organisation fut cultivée, que Ton vit la physiologie prendre insensiblement le caractère d’une vraie science, se dépouiller graduellement de ces idées spéculatives qui encombrent toujours l’enfance de toutes les connaissances humaines et en retardent les progrès. On sait quelle impulsion le seizième siècle, si fécond en anatomistes du premier ordre, donna à la physiologie : ces grands génies préparèrent cn quelque sorte la voie à ceux qui ne
tardèrent pas à les suivre, et ceux-ci, profitant des travaux de leurs devan-
ciers , portèrent en peu de temps l’anatomie à un degré de perfection remarquable. Vesale , , Carpi , Servet t Sylvius , Eustache Cisalpin , Fabrice
d'Aqucpcndente , préludèrent par leurs immortels travaux aux riches con-
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naissances que nous devions posséder plus tard. La seule découverte de la circulation du sang par Harvey, suffit pour opérer une révolution en physiologie. C’est de la même époque que date la découverte des vaisseaux lymphatiques, celle de la structure de l’oreille, etc.
L’étude plus étendue, plus approfondie des organes, ouvre dès-lors une ère nouvelle à celle des fonctions. Des hommes doués d’une grande sagacité , riches d’une immense masse de faits anatomiques bien observés, vont, par la force de leurs facultés intellectuelles , lier l’histoire des fonctions à l’étude des organes : on voit paraître Boërhaave, Haller. Plus le cercle des connaissances anatomiques s’agrandit, plus la physiologie acquiert de certitude. Bientôt Vanatomie comparée , si peu cultivée chez les anciens , et resserrée d’abord dans d’étroites limites , fait de rapides progrès et jette la plus vive lumière sur l’étude des organes des animaux : les services que cette science doit rendre ne sont encore entrevus que par ces grands savans capables d’embrasser les diverses connaissances humaines et d’en saisir les rapports ; mais chaque jour viendra nous révéler l’importance de l’anatomie et de la physiologie comparée : nous verrons surtout les fruits que nous pouvons en retirer pour le sujet que nous nous proposons de traiter dans cet ouvrage.
On ne saurait en douter : c’est faute d’avoir cultivé ces deux sciences, que les anciens , et même de modernes physiologistes , sont tombés dans tant d’erreurs. Tous étudièrent l’homme séparément et négligèrent la connaissance de l’organisation et des fonctions chez les animaux , ne songeant pas que ces deux études sont inséparables. Deux hommes célèbres, Haller et Vicq-d’Azir, font exception à cet égard : ils furent de tous les savans ceux qui insistèrent le plus sur la nécessité de rallier à l’anatomie et à la physiologie comparée l’étude des organes et de leurs fonctions chez l’homme. Nul doute qu’ils n’eussent fait faire de plus grands progrès à la physiologie, si leur carrière avait été assez longue pour fournir des matériaux à leurs vues si philosophiques. Les travaux de la fin du dix-huitième siècle et du commencement du dix-neuvième, sur l’anatomie comparée, en France, en Allemagne et dans d’autres états de l’Europe, sont une source où les physiologistes du premier ordre viendront puiser l’histoire des organes, et se mettre sur la voie la plus sûre et la plus facile pour en étudier les fonctions. La France aura un jour à se glorifier d’avoir été une des premières nations de l’Europe sous le rapport de l’anatomie comparée : reconnaissance éternelle aux Daubenton, aux Vicq-d’Azir, aux Cuvier, aux Geoffroy-Saint-Hilaire, aux Blainvilîe, dont les observations doivent servir de base *à toutes les connaissances anatomiques et physiologie
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ques des temps futurs. Espérons que cette science si importante et si utile , maintenant introduite dans les écoles , sera de plus en plus appréciée.
Mais pour arriver à des notions un peu étendues sur cette matière et en saisir les relations avec les autres sciences naturelles , il ne suffît pas de se livrer à quelques lectures , ou de suivre des cours , comme le font un grand nombre de personnes; car, nous ne saurions trop le répéter, les professeurs , quels que soient leurs talens , les livres , quelle que soit leur perfection ou leur célébrité, sont loin de suffire pour arriver à des connaissances positives. Les leçons, les lectures sont précieuses sans doute; mais elles servent plus à nous mettre sur la voie qu’à nous procurer toutes les observations nécessaires pour posséder la science à fond : elles nous en inspirent le goût , nous donnent la pensée de recourir au meilleur de tous les livres , à celui que nous devons avoir toujours
sous les yeux , la nature !
Plusieurs savans paraissent s’étonner qu’après tant de siècles écoulés depuis que l’on cultive l’anatomie et la physiologie , l’histoire des fonctions ne soit pas plus avancée ; mais que l’on examine les nombreux obstacles qu’il a fallu surmonter , et l’on cessera d’être surpris. Le premier , c’est la brièveté de notre vie. Si l’homme de génie surtout pouvait prolonger sa carrière , nul doute que les sciences ne marchassent plus rapidement vers la perfection.
Parmi les autres causes qui ont retardé les progrès de l’esprit humain , il n’en
est peut-être pas qui ait ôté plus funeste que l'influence des idées acquises.
Nous voyons généralement peu d’hommes se dépouiller complètement des
préjugés de leur jeunesse , et il serait fort difficile d’en citer un , même parmi
les plus célèbres , qui n’ait été influencé par les idées dominantes de son siècle.
Le chancelier Bacon avait donc raison de dire que rien n’avait plus contribué
à retarder les progrès des connaissances humaines , que l’admiration pour
les écrits des autres, une vénération outrée pour l’antiquité, et ce préjugé
que tout est connu , et qu’il est impossible de faire de nouvelles découvertes. Hommage et respect aux homme? qui nous ont précèdes dans la carrière des sciences ! on ne pourrait, sans la plus noire ingratitude, laisser leurs noms dans l’oubli : mais ne poussons pas l’injustice et l’absurdité jusqu’à dire
qq’ils étaient de beaucoup supérieurs aux modernes. Cette assertion est nonseulement fausse , mais même dangereuse : elle nous engagerait à perdre un temps précieux à feuilleter d’anciens livres, souvent pleins d’idées ridicules et dénuées de fondement (1). Grâce aux progrès des lumières, notre siècle se
(1) Nous ne voulons parler que des sciences <T observation , qui ne peuvent se perfectionner
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voit toul-à-fait affranchi de ce servage pour l’antiquité : si les ouvrages d’Hfppocrate, Galien, etc., sont encore consultés, c’est plus sous le rapport de l’érudition, que pour y puiser des connaissances anatomiques ou physiologiques , seules bases des sciences médicales.
L’étude des fonctions organiques a été appelée physiologie. Çette expression n’est point rigoureusement exacte ; car les mots grecs phijsos et logos , dont elle est composée , signifient discours sur la nature , et non histoire des fonctions organiques. Quoi qu’il en soit, on est convenu d’attacher ce dernier sens à la science désignée sous le nom de physiologie. C’est une des plus intéressantes à laquelle on puisse se livrer : elle est indispensable aru médecin , qui ne peut arriver à la connaissance parfaite des lésions organiques, qu’âprès avoir étudié les fonctions dans l’état de santé. Il n’est pas d’homme, poux peu que son esprit soit cultivé , qui ne cherche à connaître les principaux actes dont l’ensemble 'constitue la vie. Celte étude sera surtout nécessaire au législateur, pour faire de bonnes lois : en effet , pour bien diriger l’espèce humaine , il faut en connaître l’organisation. Les philosophes , après avoir examiné , nous ne dirons pas toutes les fonctions du corps humain , mais la plus importante de toutes , celle de l’organe de l’ame , du cerveau , auront une idée plus juste des facultés morales et affectives , et ne s’égareront plus dans un dédale de Vaines théories. Nous ne voulons pas dire que les travaux philosophiques dès modernes doivent être considérés comme rien : loin de nous une pareille pensée ; mais nous sommes forcé de convenir, après avoir lu les meilleurs traités de philosophie publiés jusqu’à ce jour, qu’il n’en est pas un où l’histoire de l’intelligence soit complète. Les livres mêmes des meilleurs physiologistes de notre époque, celui de Gall excepté, ne nous ont présenté que des idées plus ou moins défigurées des anciennes philosophies, ou des analyses imparfaites de la doctrine de Gall. Quelques-uns ont ajouté aux explications de Locke et de Condillac 'quelques expériences mutilaioires dont, jusqu’à présent, la science a retiré peu de profit. Nous sommes convaincu que l’histoire des actes psychologiques de l’homme, et celle de ses facultés morales, n’ont pas été bien traitées jusqu’à ce jour, parce qu’elles exigent deux conditions indispensables : d’une part, une connaissance profonde du système nerveux, et de l’autre, un esprit d’observation et de logique. Nous voyons des philosophes étrangers à la physiologie , et des physiologistes peu ou point philosophes , traiter l’histoire des facultés psy-
qu’avec Je temps. Pour les arts d'imagination , tels que la poésie, la peinture, la Sculpture,, nous reconnaissons toujours les Grecs et les Romains comme nos meilleurs modèles.
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chologiques do l’homme. C’est ainsi que , d’un côté , négligeant l’étude do la physiologie , et de l’autre , analysant avec peu de soin les facultés de l’esprit humain, nous n’avons pas possédé jusqu’à ce jour , un vrai traité de physiologie cérébrale ou de philosophie , sciences que nous regardons comme parfaitement identiques.
De tous les savans qui ont cherché à expliquer les facultés morales et intellectuelles de l’homme y Gall nous paraît seul , si-non avoir traité ce sujet complètement , du moins avoir trouvé la voie qui peut conduire à un système inattaquable, et à la découverte de la vérité. Philosophe physiologiste, et par-dessus tout, homme de génie, Gall a réuni toutes les qualités qui n’existaient que séparément chez ses devanciers : son Traité des fonctions du cerveau , malgré les erreurs qu’il contient , sera toujours considéré comme l’œuvre d’un homme du premier ordre. On pourra corriger les erreurs qui lui ont échappé, ajouter beaucoup à ce qu’il a fait , mais ce sera toujours en marchant sur ses traces : il nous guidera lui-même dans les travaux que nous entreprendrons pour étendre et perfectionner sa doctrine. En effet , c’est le propre des sciences d’observation de toujours gagner avec le temps : un homme ajoute aux travaux d’un autre homme, un siècle aux travaux d’un siècle, et ce n’est qu’après une suite de plusieurs générations , que les faits recueillis constituent un vrai corps de science.
Jetons pour un instant nos regards vers le passé , et considérons ce qu’était la chimie du temps de Lavoisier et de Fourcroy. Personne ne contestera sans doute au premier le litre d’homme de génie, et cependant quelle différence entre l’étal actuel de la chimie et ce qu’elle était à la mort de cet illustre savant, il serait donc absurde de croire qu’un seul homme, quel que soit son génie, puisse porter une science de faits à son plus haut degré de perfection : il arrive même une époque dans l’histoire des sciences naturelles , où les progrès sont si rapides, que peu d’années suffisent pour les faire changer entièrement de face. La découverte d’un nouveau corps en chimie, comme la découverte ou l’analyse d’une nouvelle faculté en physiologie mentale , peuvent apporter de grandes modifications dans l’une ou l’autre de ces deux sciences.
Le seul moyen d’arriver d’une manière sure aux sciences de faits , serait sans doute de cultiver une seule des branches dont l’ensemble doit constituer l’édifice. L’expérience de tous les temps a constaté que quand les efforts d’un esprit se trouvent dirigés vers un seul objet , les résultats obtenus sont plus parfaits. De grands travaux entrepris dans ce système et distribués selon l’organisation des personnes qui devraient s’y livrer , mais par-dessus tout , traités avec bonne
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foi , fourniraient , au bout d’un certain temps , une masse de faits que rien ne pourrait ébranler. On ne verrait plus ces théories anatomiques et physiologiques si communes de nos jours, attestant souvent l’ignorance ou la mauvaise foi des auteurs. Ce reproche s’adresse surtout à ces hommes sans pudeur , qui donnent pour bases de leurs observations des faits mal vus , ou faut-il le dire ? imaginés dans le cabinet. De pareils ouvrages ne peuvent que nuire aux progrès des sciences, et donner des résultats d’autant plus fâcheux, que les auteurs jouissent quelquefois d’une espèce de réputation usurpée, ou appartiennent à un corps savant dont l’autorité impose au public. Séduit par l’annonce d’ouvrages qui ont reçu l’approbation d’une Académie , le savant laborieux qui veut continuer des recherches sur le même sujet , est forcé de les lire et de perdre un temps précieux qu’il eût mieux employé en se livrant à l’étude plus pénible mais plus sûre de la nature elle-même.
Bien convaincu que pour arriver à une connaissance exacte d’une certaine classe de faits anatomiques ou physiologiques , il était indispensable d’en faire une étude exclusive , nous avons choisi un sujet, avec la ferme résolution de le traiter d’une manière consciencieuse : nous avons pris celui qui nous plaisait le plus , malheureusement sans prévoir les nombreuses difficultés et les recherches immenses qu’il demandait. Elles sont telles, que si nous les eussions seulement entrevues au commencement de nos travaux, nous ne les eussions jamais entrepris. Nous ne croyons pas indifférent de faire connaître à nos lecteurs comment nous avons été conduit à nous livrer préférablement à cette étude.
En 1818, l’Institut royal de France avait proposé un prix à l’auteur du meilleur mémoire sur l’anatomie du cerveau , dans quatre classes d’animaux vertébrés : je résolus de faire quelques recherches sur le système nerveux cérébral, et de les consigner dans un mémoire que j’avais l’intention de soumettre au jugement de cette société savante. Je possédais déjà, en 1820, une masse de faits anatomiques assez considérable, et d’autant plus précieux, selon moi, qu’ils avaient été recueillis avec le plus grand soin et la plus fidèle exactitude. Mes recherches , jusqu’à cette époque , s’étaient bornées à l’anatomie du système nerveux ; j’aurais été flatté cependant de pouvoir les rattacher aux fonctions de ce même système; et bien que plus riche en faits que Haller (1) et Yicqd’Azir (2), il m’avait été impossible de saisir les relations entre la masse encé-
(1) Voiries mémoires sur l’organisation du cerveau des oiseaux et des poissons, publiésen 1750 et 1765. Bien qu'intéressantes, les recherches de Haller pèchent souvent par l’exactitude.
(2) Œuvres de Yicq-d’Azir publiées par Moreau de la Sarthe, Paris, 1805, Bien que ce
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phalique et ses fonctions. J’avais été frappé néanmoins du mode de conformation que m’avaient présenté les cerveaux de certains oiseaux et quadrupèdes : je citerai pour exemple les oiseaux voyageurs dont je possédais alors plus de soixante cerveaux, ceux de quadrupèdes carnassiers que j’avais étudiés avec encore plus d’attention , et que j’avais conservés dans l’esprit-de-vin. Il m’était impossible de croire qu’à des variétés si nombreuses d’organisation ne se rattachaient pas des facultés spéciales :mais comment connaître ces facultés, si je n’avais pas , avant tout , fait une longue étude des mœurs et des habitudes des animaux. Je commençai donc par me livrer avec ardeur à la lecture des ouvrages les plus célèbres sur ce sujet , et pour juger de l’exactitude des observations de ces auteurs , je pris le parti de faire élever un grand nombre d’animaux , d’étudier leurs mœurs , de noter leurs actes les plus remarquables , et de confronter mes propres observations avec celles de ces savans illustres. Je lus Pline et Buffon. Pline me parut une des plus vastes têtes qui se soient occupées des sciences. Son Histoire naturelle prouve l’étonnante étendue de son esprit. Dans les trente-six livres qui composent son ouvrage , il a mis à contribution les faits . recueillis par un homme peut-être encore plus extraordinaire , Aristote, et il y a joint tout ce que l’on connaissait de son temps. Mais quelque intéressans que soient les livres de ces deux grands génies, ils brillent plus par l’étendue des vues que par l’exactitude des descriptions. A côté de pensées quelquefois très-ingénieuses, et offrant toujours le caractère d’une grande puissance intellectuelle, se trouvent trop souvent des idées admises sans examen et sans choix; de là ces récits entièrement fabuleux sur certains animaux. Aussi Aristote et Pline ont moins traité toutes les sciences naturelles, qu’ils n’ont indiqué la voie qu’il fallait suivre.
Les ouvrages de Buffon me frappèrent d’admiration ; mais malgré le style inimitable, l’éloquence même de ce grand écrivain , je les trouvai plus brillans que profonds, et je vis plus dans Buffon le poète que le naturaliste. Quoique incomplet, Linnée m’a paru de beaucoup supérieur à Buffon :à une grande facilité de style , le naturaliste suédois réunit cette exactitude de description anatomique, sans laquelle les sciences naturelles ne peuvent arriver à la perfection; et nous sommes même convaincu qu’elles ne sont parvenues au point ,oü elles sont maintenant , que grâce à la marche indiquée par cet homme célèbre.
médecin ait été un des premiers à insister sur l’avantage que la physiologie peut retirer de l’étude de l’anatomie comparée, son ouvrage, quant à l’anatomie du système nerveux cérébral, est peu riche en faits , et conséquemment de peu d’inlérct pour la physiologie du cerveau.
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Deux auteurs trop peu connus , Georges Leroy (1) et Dupont de Nemours (2), ont recueilli sur les animaux des observations pleines d’intérêt. En lisant les ouvrages de ces hommes estimables , on regrette que leurs connaissances en histoire naturelle et en physiologie aient été trop bornées et dénuées de l’appui de l’anatomie : cependant , il est plusieurs faits remarqués par eux , que nous mettrons à profit dans notre ouvrage , et dont nous ferons ressortir toute l’impor-
lance.
Les travaux de Gall m’étaient alors inconnus, et j’étais loin de croire qu’ils me fourniraient l’idée dominante qui a dirigé mes nombreuses recherches : tout ce que j’en avais entendu dire , ce que j’en avais lu dans certains ouvrages où cet homme célèbre était peint comme un charlatan, loin de me déterminer à l’étudier, aurait suffi pour me le faire prendre en aversion. Cependant je ne voulus pas le condamner sans l’entendre. A peine eus-je lu ses ouvrages, que je vis aussitôt que j’avais affaire à un de ces hommes à part, que l’envie ombrageuse cherche toujours à éloigner du rang auquel leur génie les appelle , et
contre lesquels elle emploie l’arme des lâches et des hypocrites. Haute capacité cérébrale , profonde pénétration , sens droit , connaissances variées , telles étaient les qualités qui me paraissaient distinguer Gall. Aussi l’indifférence que j’avais d’abord eue pour ses écrits fut promptement remplacée par la plus profonde vénération. Tel fut le sentiment que j’éprouvrai à la première lecture de sa physiologie du système nerveux cérébral. Mais je dois faire ici un aveu; il estle résultat de mes longs travaux sur le même sujet : je crois donc, et toutes les personnes qui consulteront l’ouvrage de Gall et le compareront avec le nôtre , partageront sans doute la même opinion ; je crois , dis-je , que Gall a mis beaucoup d’adresse dans sa manière de présenter les faits, surtout en physiologie comparée. Personne , à l’entendre , n’a porté les recherches anatomiques et physiologiques aussi loin que lui : il a, dit-il, observé depuis le cerveau de l’éléphant jusqu’à celui de la musaraigne, c’est-à-dire qu’il a examiné l’anatomie du cerveau des principaux vertébrés. Nous ne pouvons cependant juger leshommes, et surtout les anatomistes , que par leurs travaux , et non sur parole ; et il nous est facile, par l’inspection de l’atlas et la lecture de l’ouvrage de Gall, de voir que l’anatomie du cerveau et les faits pratiques venant à l’appui de sa théorie, s’y trouvent traités bien superficiellement, et dans beaucoup de cas, complé-
(1) Lieutenant des chasses et administration des bois et forêts de Versailles et de Marly, a publié, sous le titre de Lettres philosophiques sur l'intelligence des animaux , un recueil d'observations extrêmement intéressantes.
(2) Mémoire sur différens sujets présentés à l’Institut national de France.