‹ Traité de phrénologie. Tome 2Chapitre 33 sur 44 · N° II · texte numérisé non relu

N° II

Texte , tome 1 , page» 100, 308 , et tome II , page 2.

Objections contre la classification de Spurzheim des facultés mentales ; par Robert Cox. — Analyse du Phrenological Journal, vol. X, page 154.

Toute faculté mentale peut agir sous diverses formes ; en d’autres termes, elle peut exister dans différents états, chaque état donnant lieu à une variéLé distincte du sentiment du moi, à une affection distincte de l’esprit (s). Le sens de la sensation', par exemple, est une des facultés fondamentales; mais le sentiment du moi résultant de son activité se modifie selon l’étal particulier de ces organes, par suite de l’influence de quelque cause externe ou interne. Ainsi, tenons-nous nos doigts près du feu , le sentiment de la chaleur naît en nous; et c’est là une affection, ou un mode d'action des facultés. Nous piquonsnous avec une aiguille, l’affection est celle de la douleur. Chatouillez la plante des pieds, vous produisez une sensation de démangeaison; plongez les mains dans de b neige fon-

(1) Phrenological Journal , vol. II, pag. 73 et «uivanlc».

(2) Je me sers du mot affection comme Spurzheim t'emploie. « Conformément à son étymologie seule, pour indiquer les différents états des pouvoirs fondamentaux , quand ils sont affectés. « Vovex ses Principes physiologiques (te la phrénologie, p. 43.

Qigiti»xtt3y-€t>Ogle

liante, vous éprouvez la sensation du froid. Cependant toutes ces affections ne proviennent que dune seule faculté : ce sont les modes d’action d'un pouvoir unique.

Spurzheim divise les affections ou modes d’action des pouvoirs fondamentaux en affections qualitive et quantitive; c’està-dire d'abord celle qui diffère en qualité, comme la sensation de la chaleur diffère de la sensation de la douleur, du froid et de la démangeaison; et, ensuite, celle qui diffère en intensité ou en pouvoir. Le sens du goût, par exemple, est, comme celui de la sensation, sujet à des modifications qui donnent lieu à des affections différentes ou états différents du sentiment du moi. Selon la nature des substances mises dans la bouche , l’affection est celle du doux.de l’amer, du sur, de l’âcre, et ainsi de suite. Ce sont là des affections qualitives d'une même faculté , affections différentes en espèce, et non pas simplement en degré. De même le sens de l’odorat se modifie selon qu’il est stimulé par différentes substances odoriférantes, et celui de l'ouïe est affecté diversement par les sons, selon qu’ils sont grêles, graves, aigus ou sifflants. De même aussi les sentiments de l’orgueil et du mépris sont deux affections qualitives d’une même faculté, l’estime de soi.

Les affections quantitives ne sont autres que les qualitives, à des degrés différents, dans l'échelle de l'intensité, de In quantité ou du pouvoir; une seule affection qualitive reçoit souvent des noms différents, selon le degré de sa force. Ainsi une affection qualitive générale reçoit , selon les degrés dans l’échelle de l’intensité, les noms de velléité, désir, ardeur et passion. Une affection qualitive générale de l'acquisivité , ou de l’amour de l’approbation, portée à un certain degré, se nomme plaisir; à un autre, joie; à un troisième, extase; tandis qu’une autre affection qualitive et générale des mêmes facultés se nomme tantôt contrariété, tantôt chagrin, et enfin désespoir. L’affection spéciale qualificative de la circonspection,

COVBE. — TRAITÉ DE PHBÉSOLOGIE. T. It. SS

appelée crainte, comprend les affections quanlilives de la précaution, l'appréhension, l'anxiété, la frayeur et la terreur panique.

Pour plusieurs facultés, les affections sont de deux espèces : d'abord une inclination ou un penchant à agir d’une manière particulière, et ensuite certaines émotions ou sentiments qui accompagnent le penchant, mais qu'on peut facilement distinguer du penchant. Ainsi une affection de I’acquisivité est une inclination à prendre possession de la propriété et à l'entasser, tandis qu'une autre affection est le sentiment d’avidité. L'estime de soi est la source d’une inclination à faire de l'autorité, et en même temps de l'émotion que dénote son nom, comprenant les diverses affections quanlilives de la satisfaction de soimême, de la confiance en soi, de l’importance, de l’orgueil et de l’arrogance. Le mépris, affection qualitive de celte même faculté, tombe, comme l'émotion nommée estime de soi, dans la seconde classe sentimentale des affections. Spurzheim fait reposer sur l’existence de ces deux espèces d'affections une partie importante de sa classification.

Gall et Spurzheim s'accordent à diviser les facultés mentales en deux grands ordres: le premier comprenant ce qu'on est convenu d’appeler les dispositions, et le second les pouvoirs de l’entendement. Dès les temps les plus reculés, celte division a été admise sous le nom de l’âme et de l’esprit, la volonté et l’entendement, les facultés morales et les facultés intellectuelles, le cœur et la tête. Spurzheim appelle toutes les facultés qui dérivent de l'âme , sentiments ou facultés affectives (t). Il dit de ces facultés : « Leur nature essentielle est d’éprouver des émotions (*) ; » et des facultés intellectuelles : c Leur nature essentielle est de procurer la science (s). » II est impossible

(1) Phrénologie , p. 131.

(2) Principes philosophiques de Phrénologie , p. 48.

(5) Ibid., p. 52.

de faire aucune objection à cette désignation : Facultés intellectuelles; mais comme il n’est nullemement évident que les émotions sont particulières aux émotions qu’il appelle affectives , ce mot, tel que le définit Spurzheim, semble être impropre. En effet, plusieurs émotions générales sont des modes d’action des pouvoirs intellectuels aussi bien que des pouvoirs affectifs. Toute faculté, sans exception, désire; et qu'est-ce que le désir, sinon une émotiou ? Toute faculté éprouve le plaisir et la douleur; et ne sont-ce pas là des émotions? Prenons le sens du goût pour exemple. Le goût étant une faculté intellectuelle n’est susceptible , d’après Spurzheim , d’éprouver aucune émotion; mais nous demanderons, comme l’a déjà fait le DrHoppe, de Copenhague, si, < quand nous nous asseyons devant une table bien servie, et que nous jouissons de tous les bons mets qui la couvrent, le travail du sens du goût n’est pas entièrement affectif (t). > Je propose donc de définir les facultés affectives, celles dont la nature essentielle est d’éprouver des émotions ou inclinations , ou toutes deux , mais qui ne procurent pas la science.

La classification de Spurzheim ne s’arrête cependant pas là. « Les deux ordres de fonctions, dit-il, peuvent être subdivisés en plusieurs genres, et chaque genre en plusieurs espèces. Quelques pouvoirs affectifs ne produisent que des désirs , des inclinations, ou des instincts; je les comprends sous la dénomination générale de penchants. Le nom de penchants ne s’applique donc que pour indiquer les impulsions internes qui invitent à certaines actions. Les penchants correspondent avec les instincts ou pouvoirs instinctifs des animaux. Il y a d'autres facultés affectives, continue-t-il , qui n’ont pas seulement des inclinations, qui ont quelque chose de supérieur qu’on peut appeler sentiment. L’estime de soi , par exemple , produit un

(1) Phrtnological Journal, vol. IV, p. 308.

certain penchant à agir; mais en métne temps elle éprouve une autre émotion ou affection, qui ne tient pas seulement du penchant (t). > Les facultés affectives, comprises sous le nom de penchants par Spurzheim, sont l’amativité, la philoprogéniture, l'habitalivilé, l’adhésivité, la combativité, la destructivité, la secrélivité, l’acquisivité et la constructivité; celles qu'il nomme sentiments sont l'estime de soi , l’amour de l’approbation, la circonspection, la bienveillance, la vénération , la fermeté , la conscienciosité , l’espérance , le merveilleux, l’idéalité, l’esprit de saillie ou gaieté, et l’imitation.

La division de Spurzheim des facultés affectives en penchants ou simples tendances à certains modes d’action et en sentiments qui sont des penchants avec émotions , n’offre point, à mon avis, matière à objection ; mais cependant, comme je le prouverai dans la suite, il me semble qu’il faudrait introduire un troisième genre. Je crains pourtant que, quand on analysera minutieusement les droits des facultés individuelles à être rangées dans l’une ou l’autre des subdivisions, on n’y reconnaisse beaucoup d'inexactitude.

Jugeant d'après ce que nous connaissons actuellement des pouvoirs fondamentaux de l'esprit, toutes les facultés affectives, à l’exception de cinq seulement, semblent avoir droit à être comprises dans les sentiments, tels que Spurzheim les a définis. A mon avis, ces cinq exceptions doivent être : 1° la constructivité , qui n'est qu'une inclination ou tendance à façonner ou à dessiner sans aucune émotion particulière autant que je puis en juger; 2° l’imitation qui, quoique classée dans les sentiments par Spurzheim , se trouve absolument dans la même catégorie que la constructivité et enfin l’amour de l'approbation, l’espérance et l’idéalité, qui paraissent n’ëtre que des émotions spéciales ne se rattachant à aucun penchant quel-

(I) Phrénologie, p. tôt.

conque. Je le répèle, toutes les facultés affectives, à l’exception des cinq que je viens de nommer, semblent n’ôtre que des penchants, des tendances ou des inclinations, qui ne se lient à aucune émotion. Peut-être sera-t-il nécessaire d’analyser cette proposition dans tous ses détails. En repassant les facultés, je ferai d’abord remarquer les espèces d’actions auxquelles elles donnent une tendance, et enfin les simples affections ou émotions dont cette tendance est accompagnée.

L’amativilé comprend à la fois une tendance à agir d’une certaine manière et une émotion concomitante. La tendance est celle à la propagation, et l’inclination pour les plaisirs de l’amour, tandis que l’émotion est l’amour sexuel. Cette faculté, d'après la définition de Spurzheim , tombe donc dans les sentiments.

La même chose est vraie de la philoprogéniture. La tendance de cette faculté est une inclination pour la société des enfants, et son émotion est de l’attachement pour les enfants.

L’adhésivité est une tendance à s’associer à notre prochain; et l’émotion qui y correspond est l’amour ou l’attachement entre amis. Cette émotion n'existe jamais sans se combiner avec le désir d’être dans la société des personnes aimées.

La faculté qui vient ensuite est ordinairement nommée combativité; mais pour des raisons que j’ai publiées ailleurs (<), je crois que le nom d’opposivité convient mieux. Le penchant qui en émane n'est pas dans tous les cas une tendance à combattre; mais bien une inclination générale à faire de l'opposition. L’émotion dont l’esprit a la conscience, quand cette tendance agit, est la hardiesse ou le courage.

La destructivité est une tendance à faire du mal. L’émotion qui s’y lie n’a pas de nom que je sache, excepté quand elle s'élève très-haut dans l’échelle des affections quantitives. La

(I) Voir l’hrenological Journal, vol. IX , p. 147.

férocité est le nom qu’elle reçoit alors. Cette émotion est un composé de diverses affections telles que la colère, la jalousie, la méchanceté et l’envie.

L’alimentiviié peut être considérée comme un penchant à manger et à boire. La faim et la soif ne sont pas ordinairement attribuées à cet organe; mais telles cependant semblent être les seules affections sentimentales qui accompagnent le désir de se nourrir.

La secrélivité est un penchant à tout celer; son émotion, comme celle de la destructivité, n'a de nom que quand son action est très-vigoureuse; on l’appelle alors ruse et soupçon.

L'acquisivité est une tendance à acquérir ou à amasser des richesses. La cupidité ou l’avidité est le nom qu’on donne à celte émotion, quand elle est puissante.

La constructivité est une tendance à façonner; comme nous l’avons déjà observé, aucune émotion spéciale n’accompagne l’activité de celte faculté. Ainsi , d’après Spurzheim, on doit la classer dans les penchants.

L’estime de soi est le nom donné à une émotion qui émane de l'organe n° 10. La complaisance pour soi est presque synonyme, et l'orgueil est le nom de l’émotion poussée au plus haut degré dans l’échelle des affections quantilives de cette faculté. Le penchant correspondant est une tendance 5 primer, à exercer de l’autorité, à soigner ses propres intérêts, à écouter scs désirs, à se préférer aux autres.

L’amour de l’approbation est une émotion qui , portée à l’excès, prend le nom de vanité. 11 parait douteux qu’un penchant l’accompagne. La honte est une affection de ce pouvoir.

La circonspection est une émotion d'inquiétude, qui prend le nom de crainte lorsqu’elle est puissante. Le penchant porte à se mettre en garde contre le danger.

La bienveillance n'est certainement pas moins un penchant que la destructivité; et il n’est aucune raison qui puisse la

faire classer différemment. C’est une tendance à augmenter la jouissance et à diminuer la misère des êtres sentants. Les émotions accompagna^ cette tendance sont le désir d'obliger et la compassion.

La vénération est le penchant h agir avec déférence, soumission ou respect envers nos égaux, à obéir à nos supérieurs et à adorer l'Être suprême. L’émotion à laquelle cette faculté donne lieu est bien rendue par les mots vénération et déférence et par celui de dévotion quand son action est énergique.

Selon moi, la fermeté est une tendance à persister dans un plan de conduite, dans une opinion, dans un projet. La résolution est le nom qu’on donne à l’émotion qui en dérive.

La conscienciosité semble être le penchant à rendre à tout homme ce qui lui est dû. L’émotion qui dérive de celte faculté est le sentiment de la justice, et les actions auxquelles elle excite sont honnêtes, sincères et justes.

L’espérance n’est qu’une émotion; elle ne se rattache à aucun penchant. On peut à peine dire qu’elle donne la tendance à agir d’une manière intéressée, à moins que ce ne soit indirectement. C’est l'acquisivité modifiée par l’espérance qui porte à agir ainsi.

Aucun penchant ne paraît s'unir à l'idéalité; elle donne seulement une vive émotion du beau et du sublime.

Le merveilleux est certainement une émotion ; mais on peut douter qu'une inclination s’y rattache. Ce ne peut être , par exemple , un penchant à l'exagération.

L’émotion de la gaieté est accompagnée du penchant à agir comiquement. L’imitation n’est qu’un penchant sans aucune émotion spéciale.

Ici finit la liste des facultés affectives. Prenant pour guide le même principe que Spurzheim.on devrait, je crois, les diviser en trois genres au lieu de deux. Le premier comprendrait les facultés qui donnent lieu à des penchants aussi bien qu’à des

émotions ; le second , celles qui sont des penchants sans émotions; et le troisième, celles qui sont des émotions sans penchants. Dans le premier seraient donc .compris l'amalivité, la philoprogéniture, l’adhésivité, l’opposivilé, la destructivité, la secrétivité, l'acquisivité , l’estime de soi, la circonspection, la bienveillance, la vénération , la fermeté, la conscienciosité, le merveilleux et la gaieté ou l’esprit de saillie. Dans le second genre, comprenant les penchants sans émotions, je placerais la constructivité et l'imitation ; et dans le troisième, comprenant les émotions seulement , les facultés de l’espérance, et de l’idéalité, et peut-être encore l’amour de l’approbation. Telle parait devoir être la classification des facultés affectives, d'après le principe de Spurzhcim et conformément à l’état actuel de la science phrénologique.

Gall n’a point" subdivisé les pouvoirs intellectuels ou ceux qui procurent la science ; mais Spurzlieim a entrepris de les classer minutieusement. « On peut, dit-il, les subdiviser en quatre genres. Le premier comprend les fonctions des sens externes et du mouvement volontaire ; le second , les facultés qui font connaître à l’homme et aux animaux les objets externes et leurs qualités physiques; et le troisième, les fonctions qni se rattachent 5 la connaissance des rapports entre les objets et leurs qualités. Je comprends ces trois genres dans la dénomination de facultés perceptives. Le quatrième genre comprend les facultés qui agissent sur toutes les autres idées et sensations, que je nomme facultés réflectives (t). » Je ne me permettrai aucune remarque sur le premier et le dernier de ces genres. Le second comprend l'individualité, la forme, l’étendue, la pesanteur et le coloris; et toutes ces facultés, à l'exception de l’individualité, semblent bien classées. J’excepte ici l’individualité, d’après ce principe , qu’il n’y a que les qualités qui

(t) Phrénologie , p. 131.

perçoivent les objets externes qui peuvent être dites perceptives, et qu’elles seules nous révèlent l'existence des objets, si bien qu’on pe peut dire de l’individualité, qu'elle perçoit, puisqu’elle ne prend connaissance d’aucune qualité. Sa nature essentielle parait être, comme le dit Spurzheim, de produire la conception d’un être ou d'une existence, et de connaître les objets dans leurs capacités individuelles (t). > En la décrivant, Spurzheim évite avec soin le mot perception; il ne parle que de conception, de savoir et de connaissance.

Dans le troisième genre des facultés intellectuelles, < celles qui perçoivent les rapports des objets externes; » Spurzheim comprend la localité, l’ordre, le nombre, l'éventualité, le temps, les tons et le langage. Ici encore il se trompe sous quelques rapports. Ni l'éventualité, ni le temps, ni le langage ne prennent connaissance des rapports des objets externes ; les tons perçoivent seulement les rapports des sons; et d'après ce que nous savons, l'ordre n'est autre chose que ce que Spurzheim l’appelle, une < disposition à arranger > et le désir de voir tout à sa place.

Dans ses Principes philosophiques , et dans ses Esquisses de phrénologie, Spurzheim confond mal à propos le second et le troisième genre des facultés intellectuelles en un seul , qu'il dit embrasser « les sens internes ou facultés perceptives, » qui font connaître les objets externes, leurs qualités physiques et leurs divers rapports.

(1) Manuel de Phrénologie , p. TfO.

— TRAIT* or rRRÊSOLOGlE. T. II.

— Ai*

Noms el ordre des facultés mentales adoptées par Gall.

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