IV. — Des déplacements du coeps et du centre de gravité
L'impulsion que les membres donnent au corps produit des déplacements, plus ou moins rapides et plus ou moins étendus, dont il faut déterminer la vitesse et les principaux caractères.
L'étendue de ces déplacements, qui est loin d'être la même dans toutes les allures, peut être très exactement précisée par la voie expérimentale, surtout en ce qui concerne le pas, l'amble et le trot. Déjà, nous savons, théoriquement, que l'espace parcouru par le corps et le centre de gravité, pendant la durée du pas complet d'une allure quelconque, est mesuré par l'amplitude de l'oscillation d'une extrémité, ou, en d'autres termes, par la distance qui existe entre la foulée qu'un pied vient de quitter et celle qu'il va occuper immédiatement après. Partant de cette donnée, il sera facile de traduire, par des chiffres, la formule abstraite qui a été établie dans nos précédentes démonstrations. Or, dans le pas très lent, l'espace franchi par une extrémité ne dépasse guère l'intervalle qui existe, lors de la station, entre le pied de devant et celui de derrière du même côté. Dans le pas ordinaire et dans le pas de grande vitesse, cet espace est plus considérable, puisqu'il peut égaler une fois et demie la longueur de la base de sustentation, bien que la piste du pied de derrière ne fasse que recouvrir celle du pied antérieur: enfin, dans le trot, il est le double de la distance qui sépare, pendant la station, le pied antérieur du pied postérieur.
L'étendue de l'espace franchi par une extrémité à chacun des déplacements (ju'elle eflectue n'est pas le seul élément de la vitesse. Celle-ci tient encore à la
1. H. Bouley, Troi/c do forrianisntion du piud du cheval. Paris, 1851, p. 239.
MOUVEMENTS PROGRESSIFS EN GÉNÉRAL. 'lt*)l
rapidité avec laquelle les pas s'opèrent, se succèdent, rapidité qui, t'iie-mêine, dépend de l'instabilité de l'équilibre.
L'instabilité de l'équilibre, regardée dp[)uis longtemps comme la mesure delà vitesse, va croissant du pas à l'amble, an trot et au galop ; car, dans le pas, le corps est toujours supporté par deuxextrémités qui appartiennent tour à tour à un bipède latéral et à un bipède diagonal; dans le trot, ilestalternativementenl'air et sou tenu par un bipède diagonal ; dans le galop , il est successivement sur un seul pied , sur deux et en l'air. Gonséquemment, la masse du corps projetée en haut et en avant, étant de plus en plus en danger de tomber, il l'aut que les membres se portent en avant, avec une rapidité graduellement croissante, pour la soutenir; et on conçoit que leur jeu doive arriver à son maximum de rapidité lorsque le tronc est lout à fait détaché du sol, même lorsqu'il est seulement soutenu par un membre.
Pour se rendre compte des modilications apportées à l'équilibre dans les diverses allures et dans les divers tem|)s de chacune d'elles, il faut prendre pour point de départ les conditions d'équilibre de la station normale.
Dans la station quadrupédale, le corps a une base de sustentation d'une étendue considérable, représentant un parallélogramme dont la longueur, chez les solipèdes, est trois à quatre fois égale à sa largeur. Le centre de gravité, dont la position exacte n'a jamais été déterminée, correspond à peu près à l'intersection de deux lignes, l'une verticale tombant en arrière de l'appendice xiphoïde du sternum, l'autre horizontale séparant le tiers moyen du tiers inférieur du corps. Gonséquemment, la ligne de gravitation, voisine du plan de la huitième côte, doit tomber à environ 15 centimètres en arrière du coude et à 40 en arrière de la pince des pieds antérieurs, sur un cheval de taille moyenne dont le parallélogramme de la base de sustentation a, à peu près, 1",20 de longueur sur 35 de large, soit au tiers antérieur du grand axe de cette base. Il serait à une hauteur de 1°,20 environ, hauteur égale à la longueur de la base de sustentation, sur un cheval de selle bien proportionné.
Gomme la ligne de gravitation tondre plus près des membres antérieurs que des postérieurs, les premiers doivent supporter, dans la station comme dans les mouvements progressifs, une plus forte charge que les derniers. D'après une expérience de MM. Morris et Baucher, l'excédent de charge des premiers équivaut à un sixième de la charge des autres. Get excédent est accru, dans des proportions considérables, par suite de l'abaissement de la tète, et il est diminué, au contraire, par suite de son élévation.
Il est clair que la position du centre de gravité et la répartition du poids du corps sur les membres doivent varier beaucoup, suivant la conformation des animaux dont la tète, l'encolure, l'abdomen et la croupe oITrent des [iroportions si diverses. En expérimentant, à l'aide de la bascule de l'Ecole, sensible à 1 ou 2 kilogrammes près, et en pesant successivement le train de devant et le train de derrière, j'gii constaté, sur un cheval du poids de 419 kilogrammes, que le train de devant supportait 73 kilogrammes de plus que celui de derrière ; et, sur un cheval de trait de 470 kilogrammes, que le premier train portait 88 kilogrammes de plus que le second, soit un excès de charge équi\alant à plus du cinquième du poids total. Le cavalier a fait porter par le train antérieur environ les deux tiers
de son poids dans la position \erticale, les quatre cinquièmes et plus dans la situation très inclinée en avant, et les trois cinquièmes seulement, alors qu'il se renversait fortement en arrière. Dans ces deux dernières positions, l'inclinaison était plus prononcée qu'elle ne l'est sur l'animal en mouvement. Voici les résultats donnés par la bascule :