DIFFÉRENCE
à la charge du train antérieur.
kil,
Dans les mouvements progressifs, la répartition de la charge sur les membres, l'étendue de la base de sustentation et la situation du centre de gravité varient considérablement. Ainsi, dans le pas, sauf celui qui est extrêmement lent, la charge afférente au train de devant n'est jamais portée que par un seul membre antérieur, et.celle du train de derrière que par un seul membre postérieur ; dans cette allure, la base de sustentation est toujours très étroite, car elle est donnée seulement par un pied antérieur et par un postérieur, alternativement en bipède latéral et en bipède diagonal. Dans le trot, la base de sustentation est constamment fournie par un bipède diagonal, et sur les trois temps de cette allure, il en est un où le corps est en l'air, ce qui crée une instabilité d'équilibre propre à expliquer l'accroissement de vitesse du trot sur la marche ordinaire. Dans le galop, ou au moins dans une de ses espèces, la charge du corps est portée successivement par un seul pied de derrière, puis par deux pieds en diagonale, par un pied de devant et complètement dépourvue d'appui. Conséquemment, dans ce dernier mode de progression, la base de sustentation n'est représentée que dans un seul temps par la ligne de jonction de deux pieds, tandis qu'elle l'est dans les autres par la petite étendue d'un seul pied, ce qui est bien peu pour un animal aussi long que le cheval, dont les pieds, placés à une grande distance, ne sont, jamais, au moment où ils supportent le corps, sous le centre de gravité. Aussi, dans les instants où un seul membre soutient le corps, il y a imminence de chute du côté du train sans appui, surtout lorsque le membre qui fait l'office de support est un membre postérieur ; car, dans ce cas, le centre de gravité est aussi éloigné que possible du |)oint d'a|)pui, et l'éloignement va croissant à mesure que ce membre passe de l'obliquité en avant à l'obliquité en arrière.
Le péril que crée l'appui sur deux pieds, sur un seul, et suitoutla suspension
MOLlVtMENTS l'ItOGRKSSIFS EN GÉNKHAL. 'j(»:{
complète du corps, riniiniiicnce de la chute qui va en augmentant de rallurc du pas à celle du galop, expliquent parfaitement la vitesse croissante, parfois prodigieuse, d'un animal d'un poids considérable.
La vitesse, soit absolue, soit relative, des difîérentes allures peut iHre déterminée expérimentalement, sans grandes diflicullés, mais elle ne peut être aussi aisément calculée par rapport au |»as de chacune d'elles et à leurs temps. J'ai fait, à ce sujet, quelques expériences à l'aide d'un cheval à allures très régulières, dans une allée qui conservait très distinctement les empreintes des pieds. L(; nombre des pas, leur longueur sur le terrain, le temps exact employé à ell'ectuer leur somme, montre à secondes en main, et signaux pour indiquer le départ et l'arrivée. En voici sommairement les résultats :
Au pas ordinaire, le cheval (de l™,ij.'i de hauteur et de 1"',12 de base de sustentation) a parcouru 272 mètres en 2 minutes 41 secondes; dans ce trajet, il a fait 163 pas de 1™,66 en moyenne, soit 1 pas parseconde. Chaque mendne étant à cette allure, deux temps à l'appui et deux temps en lair, a mis, par conséquent, 1/2 seconde pour effectuer, dans l'espace, une oscillation de 1™,()6; laquelle a, conmie nous l'avons vu plus haut, une amplitude égale au double de l'espace parcouru dans le même temps |iar le centre de gravité.
Au trot, les 272 mètres ont été franchis en 1 minute 13 secondes et en 101 pas 1/2 de 2", 68, soit 7/10 de seconde pour chaque pas. En réduisant, autant (}ue possible, le temps de la suspension du corps, soit à 1/10 de seconde, la durée de l'oscillation d'un membre levé serait de 3/10 de seconde pour une amplitude de 2'",68, d'oîi il suit que l'oscillation a, dans le trot, plus de deux fois et démit; la vitesse de celle du pas. Son amplitude croît et sa durée se réduit.
Au galo[) ordinaire, le même espace a été })arcouru en 22 secondes et en 54 pas de 5 mètres, soit 4/10 de seconde pour la durée de chacun d'eux. En admettant que chacun des trois temps d'appui dure 1/10 de seconde et le temps de la suspension aussi 1/10, chaque membre étant en l'air trois temps sur (piatre, il met, {tour ell'ectuer son oscillation de ;3 mètres, 3/10 de seconde, c'est-à-dire exactement le temps pendant lequel les trois autres opèrent leurs battues successives.
L'accroissement de la rapidité et l'augmentation de l'amiilitude des oscillations des membres, du pas au trot et du trot au galop, ne suivent pas une progression uniforme, eu égard à la vitesse de l'allure. La célérité de la translation du centre de gravité est, par seconde, de 1™,66 dans le pas, de 3", 72 dans le trot, de 12"", 36 dans le galoi» ordinaire. Celle de l'oscillation des membres, ou si l'on veut du mouvement du pied en l'air, qui dépend et de la vitesse du centre de gravité et de la vitesse des contractions musculaires est beaucoup plus grande ou de 3=", 36 dans le pas, 8"°, 93 dans le trot, 16", 66 dans le galo|>.
L'excédent de vitesse du membre sur le centre de gravité )>ermet à ce mendjre de se reposer ou de prendre part à l'appui pendant un temps plus ou moins long, soit seul, soit avec un congénère. Mais, l'excès de vitesse du membre oscillant par rapport à celle du centre de gravité est variable. Dans le |)as, la vitesse du pied est double de celle du centre de gravité: le membre fait en deux temps ce que le centre de gravité fait en quatre. Dans le trot, le membre franchit en deux temps l'espace que le centre frauchil eu trois. Dans le galop, il a besoin de
trois temps pour faire ce que le centre fait en quatre. Conséquemment, le temps de roscillation en Tair s'allonge et le temps d'appui se réduit à mesure que l'allure acquiert de la vitesse. Et cela se conçoit, le membre en l'air peut facilement suivre le centre de gravité, le membre à l'appui ne le peut que dans la limite restreinte de son obliquité en avant à son obliquité en arrière. C'est également parce que le corps est de moins en moins soutenu, ou de plus en plus longtemps en l'air que sa vitesse de translation peut s'accroître. La longue suspension crée l'imminence de la chute et oblige les membres à se déplacer vite pour arriver à soutenir le corps qui tend à tomber et qui tombe en effet successivement sur chaque pied, ad moment où son impulsion, sans s'éteindre, devient insuffisante pour le soutenir à une certaine hauteur.
Les oscillations des membres, dans les diverses allures, ne sont donc pas soumises aux mêmes lois que celles du pendule en physique, car elles n'ont pas constamment, comme les oscillations de ce dernier, la même durée avec une amplitude plus grande ou plus petite. Leur amplitude résulte du mouvement propre, plus ou moins rapide, plus ou moins prolongé du membre, auquel s'ajoute celui qu'éprouve le centre de gravité.
Dans tous les cas le pied levé marche plus vite que le centre de gravité, puisqu'il doit faire, dans une fraction de la durée du pas, ce que le centre fait dans cette durée entière. Le centre parcourt, dans le pas, 1™,10 à 2 mètres par seconde^ 3 à 4 mètres dans le trot et 12 à 14 à l'allure du galop. La vitesse du trot est donc à peu près double de celle du pas, et celle du galop plus que triple de celle du trot.
Au galop les plus grandes vitesses constatées sur l'hippodrome de Paris ont été, par seconde, de 13'°, 79 pour un trajet de 4 kilomètres et de 14", 60 pour un trajet de 2 kilomètres. En Angleterre, Flying Childers n'eut que 14", 29 par seconde dans une course de 5117 mètres et de 14", 75 dans une course de 6650 mètres. Ce sont les plus grandes vitesses authentiques constatées pour un trajet de cette étendue.
La vitesse des allures dépend aussi des espèces, de la taille, de la conformation des animaux, de leur vigueur et de certaines conditions musculaires fort difficiles à apprécier. Les vitesses extrêmes sont déployées sur le sol uni des hippodromes par ces légers coursiers que le régime de l'entraînement a préparés à des fatigues de quelques instants. Le tableau suivant peut en donner une idée suffisante ^
D'autres exemples remarquables de cette vitesse prodigieuse que déploie le cheval de course sont répandus dans les ouvrages d'hippologie. Les plus connus sont ceux de Flying Ch/Uders ^, qui parcourut en 6 minutes 40 secondes 5717 mètres, et en 7 minutes 30 secondes 6650 mètres ; &' Éclipse, qui ne perdit jamais à aucune course et que les meilleurs chevaux de son temps ne pouvaient suivre au delà de 50 mètres. On peut encore citer, comme exemple d'une vitesse considérable, mais un peu moindre, celui des huit chevaux du comte de Queensbury, qui, attelés à une voiture, firent sur la pelous(! de New-Markcl 30,570 mètres
1. De Monlendre {.Inurnai des hafas, octobre 1838, p. 55 etsuiv.)
2, David Low, /fis/:, vat. /njr. des unini. domcsi. : llist. du cheval. Paris, 1812, p. l'J.
MOUVEMENTS PROGRESSIFS EN GENERAL
mètres en 53 minutes 1/2, dont les 9 premiers milles en 4 minutes ' ! Mais il importe de noter que ces vitesses extrêmes ne peuvent être soutenues que de courts instants, et qu'elles appartiennent seulement à des sujets longuement préparcs à de semblables exercices.