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o62 DES MOUVEMENTS.
fois par des mouvements brusques, désordonnés, par une fuite précipitée, etc. La colère, la fureur, se traduisent par des manifestations d'une énergie effrayante chez le chat maltraité, le chien insulté par le passant, le sanglier blessé, l'aigle privé de ses aiglons, la chatte séparée de ses petits.
Plusieurs impressions combinées donnent lieu aussi à des modes d'expression plus ou moins frappants. Les plus nettement accentués sont ceux des femelles séparées de leurs petits, ceux des animaux en rut, des animaux qui se battent, qui mangent, boivent, ruminent, etc. Voyez la vache privée de son nourrisson ! elle demeure debout, s'agite, se livre à une sorte de tic de l'ours, pousse des mugissements plaintifs, regarde de tous côtés; si elle est libre, elle poursuit sa course vagabonde au milieu des pâturages, ne mange plus que par moments, ne rumine que pendant de courtes périodes ; son flanc se creuse, et elle maigrit jusqu'au moment où elle vient à oublier le sujet de sa peine. Voyez l'étalon auprès de la jument ! son attitude, l'agitation de tout son corps, le caractère de son hennissement, le jeu de ses naseaux, de sa crinière, le frémissement de ses lèvres, le battement saccadé de son flanc, son ardeur à flairer la femelle, à la mordre, son impatience à se cabrer, sont caractéristiques. Considérez l'animal qui mange : n'y a-t-il pas une expression indéfinissable chez le chat qui retourne tant de fois le morceau qu'on lui a jeté, avant de se décider à l'attaquer de tel ou tel côté ; une autre toute différente chez le porc qui, sans faire attention à ce qui se passe autour de lui, hume ou dévore ce qu'on a jeté dans son auge? Le premier ne porte-t-il pas le cachet d'un sensualisme raffiné, et le second celui d'une vorace gloutonnerie? Observez, enfin, le paisible herbivore qui rumine, et chaque animal dans les principales situations oiî il peut se trouver, et vous serez frappé de ce reflet que la partie sensible de chaque être jette sur son enveloppe extérieure.
Enfin, parmi toutes les impressions, celle qui se traduit de la manière la plus énergique et la moins équivoque est la douleur, dont les degrés et les caractères offrent mille nuances difficiles à apprécier. Tantôt, notamment lorsqu'elle est légère, elle ne se révèle que par des manifestations vagues d'impatience, d'inquiétude, mêlées à des signes d'affaissement ou de prostration. D'autres fois, si elle est plus vive, elle provoque des cris ou des plaintes plus ou moins répétées. Quels que soient ses caractères, elle s'accompagne, dans certaines circonstances, d'une réaction très vive, et dans d'autres, elle laisse l'animal plongé dans un calme absolu. La douleur chez les animaux qui réagissent, qui luttent contre les causes de leurs souffrances et cherchent à se soustraire aux mauvais traitements, se traduit avec une énergie dont on peut se faire une idée en voyant un cheval tourmenté de coliques, un animal atîecté de vertige, un sujet mutilé par l'opérateur, un chat qu'on étrangle ou qui est jeté a l'eau avec une pierre au cou, un animal pris dans un piège. Celle qui ne donne pas lieu à des réactions de la part de l'animal a un tout autre caractère, comme on le voit chez les chevaux à pneumonie, à maladies graves du pied, chez ceux auxquels l'expérimentateur aouvert l'abdomen. D'ailleurs chaque soufl'rance a sa physionomie propre, et chaque maladie sa douleur spéciale. Lucrèce ^ et Virgile ^ ont chanté la douleur des animaux atteints d'horribles affec-