‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 228 sur 287 · MÉCANISME DE LA RUMINATION · texte numérisé non relu

MÉCANISME DE LA RUMINATION

La rumination est, avons-nous dit, l'acte qui renvoie les aliments à la bouche pour y subir une nouvelle mastication et une seconde insalivation, après lesquelles ils reviennent dans les réservoirs gastriipu's.

Par quel mécanisme ces aliments, broyés et insalivés une première fois, sont- Us ramenés dans la cavité buccale, régulièrement, sans trouble, sans elforl. par

692 DE Lk DIGESTION.

masses ou par bouffées d'un poids déterminé, et comment ces mêmes aliments, après une seconde trituration, reviennent-ils à leur point de départ?

Pour exposer clairement ce qui se passe lors de la rumination, examinons successivement : 1" dans quel compartiment de l'estomac se rendent les aliments et les liquides après leur première déglutition ; 2" suivant quel ordreces matières s'accumulent dans l'estomac ; 3° les mouvements qui se produisent dans la masse alimentaire pendant la rumination ; 4" le mode de la réjection ; et 5° les particularités qui se rattachent à la deuxième déglutition.

1" Estomacs où se reodentles aliments après la première déglutition.

Les aliments, après avoir éprouvé une première et incomplète mastication, se rendent-ils dans tous les estomacs à la fois, ou plus spécialement dans quelquesuns, dans un seul d'entre eux ?

Peyer croit qu'ils arrivent en totalité dans la panse après la première mastication, et qu'ils y demeurent jusqu'au moment où ils sont ruminés; Duverney, Perrault, Haller partagent cette opinion, généralement admise à leur époque ; Camper pense qu'ils vont à la fois dans le rumen et le réseau ; mais tous ces auteurs tranchent la question par des conjectures : Flourens^ va, pour la première fois, lui donner une solution expérimentale.

Le savant physiologiste fait manger de la luzerne verte à un mouton qu'il tue aussitôt ; ce fourrage se trouve en grande partie dans la panse et en petite quantité dans le réseau : le feuillet et la caillette n'en contiennent pas. A un second, il donne de l'avoine, qui se trouve aussi dans les deux premiers réservoirs, et non dans les deux autres. A un troisième, il fait avaler des morceaux de racines poussés dans le pharynx à l'aide d'un tube de fer : ces morceaux sont encore retrouvés, en totalité, dans le rumen et le réseau ; enfin, à un quatrième, il fait prendre des racines réduites en bouillie fine : celle-ci s'est rendue, en grande partie, dans le premier estomac ; mais elle est arrivée aussi, en quantité notable, dans le réseau, le feuillet et la caillette.

Ces résultats peuvent être rendus manifestes sur l'animal vivant. Si, comme je l'ai fait souvent, on engage le bras jusque auprèsdu cardia, par une ouverture pratiquée dans la région du liane, on sent que les bols de fourrage tombent, soit dans le réseau, soit à la partie antérieure de la panse ; ils sont arrondis, ovoïdes, plus gros qu'un œuf de poule, enduits de mucus et se déforment difficilement. Ceux de racines et d'avoine tombent dans les mêmes estomacs; mais nous verrons bientôt qu'ils passent aisément de l'un dans l'autre.

Ainsi, les aliments grossiers, quelle qu'en soit la nature, vont, partie dans le rumen et partie dans le réseau; ceux qui sont très divisés, diflluents ou réduits en bouillie, vont à la fois, mais en proportion variable, dans les quatre réservoirs gastriques. II ne reste plus aucun doute à cet égard.

Les liquides suivent la même marche que les aliments diflluents : ils tombent directement dans les deux premiers estomacs, et se rendent dans les deux der-

1. Flourcns, Mémoires d'unalomic cl de phijslului/ii' comparées. Paris, 1844, p. 3G.

niers, en partie par la gouttière œsophagienne, et en partie par l'intermédiaire du réseau.

Faber \ qui parait avoir le premier décrit le demi-canal œsophagien, qu"il appelle la voie lactée, dit que le lait, glissant facilement entre les deux lèvres de ce demi-canal, arrive directement dans la caillette, et Duverney, étendant ce rôle à tous les liquides, pense qu'ils sont ainsi amenés dans le feuillet, où les aliments desséchés ont besoin d'être délayés, et non dans les deux premiers réservoirs, où leur présence lui paraît inutile. Perrault est à peu près du même sentiment : il dit que l'eau ne tombe pas dans le premier estomac, d'où elle ne pourrait être que très difficilement exprimée dans l'intestin ; il croit qu'elle est amenée par le demi-canal dans le second elle troisième ventricule.

Tous les auteurs se trompent. Peyer, en rapportant l'assertion de Faber, fait observer que la gouttière œsophagienne doit laisser échapper dans la panse une partie du liquide chassé entre ses lèvres; et Girard prétend que les liquides, pris à grandes gorgées, arrivent en partie au rumen et au réseau, tandis que ceux pris lentement et à petites gorgées sont conduits direofoment dans la caillette; mais leur manière de voir ne repose sur aucune preuve. Flourens démontre que les liquides se rendent à la fois dans les quatre compartiments, en faisant des ouvertures aux quatre estomacs, ouvertures par lesquelles les liquides s'échappent simultanément dès que l'animal boit.

J'ai pu, sur plusieurs taureaux m'assurer que l'eau arrivait directement en grande quantité dans le rumen. Lorsqu'on donnait à boire aux animaux, dont le premier estomac portait une large fistule au flanc gauche, on voyait les aliments s'élever légèrement vers la partie supérieure de l'hémisphère gauche; bientôt un courant de liquide s'établissait entre la paroi droite de l'organe et la masse alimentaire; ce courant, de plus en [»lus marqué, s'élevait insensiblement, et finissait par dépasser le niveau des aliments qui se trouvaient alors inondés. Un instant après, par suite des mouvements imprimés à la masse contenue dans la panse, le liquide se mêlait aux aliments et cessait de les surnager. Pour reconnaître comment les liquides abordent dans le viscère, j'ai engagé la main jusqu'à l'orifice cardiaque. Quand l'animal boit dans un seau, les ondées, régulièrement espacées, sont lancées avec force dans le réseau, car l'insertion de l'œsophage est il la jonction de ces réservoirs. Le réseau ne tardant pas à se remplir, l'eau dépasse le niveau du repli qui sépare le premier du second estomac et se répand ainsi abondamment dans la panse. Enfin, le doigt en contact avec les lèvres de la gouttière légèrement rapprochées fait sentir la très petite quantité de liquide qui coule directement dans le feuillet, et de là dans la caillette. De plus, les contractions énergiques du réseau renouvelées à des intervalles variables, poussent, d'une part, dans le rumen, d'autre part, dans le leuillet, une certaine portion de son contenu. Les ondées sont si fortes, quand l'animal boit librement, que quinze à seize suffisent pour envoyer dix litres d'eau à l'estomac ; elles sont petites si le liquide est versé lentement dans la bouche ; alors un litre d'eau en fait (luelquefois six à huit, qui tondjenten grande partie dans le réseau.

Page 1