‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 269 sur 287 · RÔLE DU FLUIDE PANCRÉATIQUE · texte numérisé non relu

RÔLE DU FLUIDE PANCRÉATIQUE

Propriétés et coiiipositio» «lu fliiicle i>ancréatl<|ue. — Ce li-

(|iii(le pris dans le canal ex( réleiii-, iinniédiatemcnt après la mort, ou obtenu sur l'animal vivant, par une (istule, est incolore, sans odeur, d'une saveur un peu salée; il est souvent épais, visqueux, lilant comme la salive maxillaire et susceptible de mousser par l'agitation ; mais sa viscosité est très faible sur le cheval et le porc, et à peu près nulle sur tous les animaux lorsqu'il est produit longtemps après l'établissement de la fistule.

Sa densité est de 1008 à 1010; sa réaction constamment alcaline chez les divers animaux, quel que soit le uionient de l'expérimentation ; son alcalinité paraît due au carbonate et au [)lios|>liate de soude.

Ce liquide est extrêmement putrescible; il se trouble en se décomposant, dégage une odeur d'hydrogène sulfuré, et laisse précipiter, comme M. Robin l'a observé le premier sur le ciiien, des grains blancs formés d'aiguilles de sulfate de chaux, que j'ai trouvés depuis dans le suc pancréatique de tous les animaux domestiques.

Soumis à l'action de la chaleur ou traité par un acide concentré, le suc pancréatique donne des flocons d'apparence albumineuse, ou même se prend quel- (luefois en masse comme du blanc d'œuf. Sa coagulabilité, que Cl. Bernard a trouvée très marquée sur le chien, surtout immédiatement après l'établissement de la fistule, diminue à mesure que la sécrétion devient plus abondante, et finit par devenir à peu près nulle une fois que l'irritation s'est emparée du tissu de la glande. Elle est quelquefois très prononcée sur le bœuf et le mouton, mais le suc pancréatique du cheval, des autres solipèdes et du porc s'est montré incoagulable; il n'a donné qu'un léger trouble ou quelques flocons albumineux.

La coagulabilité du suc pancréatique est due aune matière albumineuse, qu'on appelle depuis peu la pancréatine. Son degré est en rapport avec les proportions de cette matière, proportions qui varient beaucoup suivant les animaux et l'activité de la sécrétion. En général, elle est à son maximum dans les premières quantités recueillies et tant que la sécrétion est très faible; alors le liquide sur le chien, le bœuf, le mouton, se prend presque en masse. Mais une demi-heure, une heure après l'établissement de la fistule, il ne donne plus que des flocons de moins en nloins volumineux. Toutefois, si la tislule ne commence à verser du liquide qu'au bout d'une demi-heure ou d'une heure, les premières quantités obtenues sont très coagulables et peuvent même demeurer telles si la sécrétion est longtemps languissante.

L'extrême coagulabilité n'est donc i»as un caractère constant du suc pancréatique nornud; elle peut manquer sans que. pour cela, le liquide soit altéré. J'en trouve la j)reuve dans les résultats de [ilus de vingt-cinq expériences suivies à toutes leurs phases sur le bélier, le cheval, Tàne, le porc et le chien. On voit, en effet, chez les ruminants, par exemple, la sécrétion persister quelquefois pendant une semaine entière avec des caractères réguliers; les animaux manger, ruminer, et plus tard guérir à merveille, après la chute du petit appareil adapté à la listule. Or, à part les petites quantités de suc recueillies pendant les premières minutes de l'expérience, le reste ne se prend point en masse sous l'inlluence de la chaleur : il donne seulement des fiocons albumineux, et de plus il émulsionne

et aciditle les matières grasses à tous les moments de cette longue période.

Je ne veux pas dire pour cela qu'on n'obtienne jamais dans les expériences un produit plus ou moins modifié et altéré. Sans doute, lorsque la sécrétion devient, sur le chien, excessivement abondante le second jour après l'opération, par le fait de la péritonite et de l'inflammation du pancréas, le produit de la glande n'est plus, à beaucoup près, semblable à celui de l'état normal. De même, lorsque, après une suspension de trois, quatre, cinq jours, la sécrétion se rétablit brusquement, elle ne fournit pas tout d'abord un liquide identique à celui qu'elle donne, une fois que l'irritation du tissu glandulaire s'est entièrement dissipée. Dans ce cas, l'aspect trouble du suc et la présence de débris d'épithéliums indiquent assez qu'il n'a point encore recouvré ses caractères habituels.

La composition du suc pancréatique est à peu près connue, mais elle n'a été déterminée jusqu'ici que pour le cheval, le chien et la brebis.

Leuret et Lassaigne,en analysant celui qu'ils ont obtenu sur le cheval dans la première demi-heure de l'expérience, y ont trouvé 99,1 d'eau, 0,9 de matière animale soluble dans î'alcool, de matière soluble dans l'eau, d'albumine, de mucus, de soude libre, de chlorure de sodium, de potassium et de phosphate de chaux.

Tiedmann et Gmelin ont trouvé dans celui de la brebis 96,3.5 d'eau, de l'osmazôme, une matière caséeuse, beaucoup d'albumine, un peu d'acide libre, des carbonate, clilorure, phosphate, sulfure alcalins, du carbonate et du phosphate calcaires, 3,65. Celui du chien était épais, filant comme du blanc d'œuf étendu d'eau; il contenait une faible proportion d'albumine, 91,28 d'eau et 8,72 de parties solides.

Bidder et Schmidt ont trouvé dans le suc pancréatique du chien, immédiatement après l'établissement de la fistule, de 844 à 900 d'eau pour 1000; 90 de substance organique et 8 de sels. Le chiffre de la matière organique est tombé à 23, à 15 et même à 9, une fois que la fistule est devenue permanente; alors ils ont obtenu la composition moyenne suivante, qui est loin de représenter, selon moi, celle du liquide pris dans de bonnes conditions, c'est-à-dire une heure ou deux après l'établissement de la fistule; elle exprime celle d'un liquide très aqueux produit sous l'influence d'une irritation chronique de la glande. Voici les deux analyses :

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