‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 62 sur 287 · V. — Du CAEACTÈRE, DES SENTIMENTS ET DES PASSIONS · texte numérisé non relu

V. — Du CAEACTÈRE, DES SENTIMENTS ET DES PASSIONS

En parlant des instincts, j'ai cherché à démontrer que ces facultés sont constantes, immuables comme les espèces, et qu'elles se trouvent toujours en rapport avec l'organisation d'une manière plus ou moins évidente. Les actes qu'il nous reste à étudier ont beaucoup d'analogie avec ceux qui dérivent de ces facultés : les liens qui unissent les premiers avec les seconds sont même tellement intimes, que l'on pourrait dire, sans exagération, que les passions, les sentiments divers des animaux, sont instinctifs, bien qu'ils puissent être modifiés et développés, jusqu'à un certain point, sous l'influence de l'éducation.

Les passions que Descartes^ détinit ou des perceptions, ou des sentiments, ou des émotions de l'âme, et que Reid^ considère comme l'exagération des désirs, des affections, ou des appétits, ne sont nullement propres à l'homme. Leur existence dans les animaux nous porte à croire qu'elles ont en nous et en eux une commune nature.

Comme elles comprennent, d'après la plupart des psychologistes, les différents états de l'âme, les impressions vives, les émotions, les affections violentes, les sentiments divers, les inclinations, les penchants, elles sont fort nombreuses. Descartes n'en veut que six primitives dont les autres dérivent : l'admiration, l'amour, la haine, le désir, la joie, la tristesse. Il les attribue à des mouvements excités dans le sang par les objets de ces passions, à des impressions vives et profondes, produites sur le cerveau : aussi, dans sa pensée, il n'y a pas de sagesse humaine, ni de volonté capable de s'opposer à ce que l'âme aime, haïsse, éprouve de la joie, de la crainte. C'est, également l'opinion de Malebranche* quand il affirme, avec tant de raison, que ce qui constitue la passion n'est pas libre, et que cette inconnue est en nous, sans nous et même malgré nous. Elles dominent, elles tyrannisent l'homme qui ne peut ni les empêcher de naître, ni les étouffer, mais seulement, avec une grande force de volonté, se refuser à l'accomplissement des actes auxquels elles le soliicitent.

Les passions n'ont rien d'artificiel : ce sont des états, des modifications essentiellement spontanées et involontaires de l'être ; elles résultent de dispositions innées, comme le disent les philosophes de l'école écossaise. Ce sont bien, ainsi que Malebranche en convient, des impressions de l'auteur de la nature, relatives, pour la [)liipart, h la conservation du corps et à la satisfaction de ses désirs. C'est d'elles, disent de sages philosophes, que dépendent les plus vives jouissances et les plus grandes amertumes.

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