‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 98 sur 287 · Cuvier, Anatovdr, comparé//, t. I, p. 14G · texte numérisé non relu

Cuvier, Anatovdr, comparé//, t. I, p. 14G

ACTION MUSCULAIRE. 40d

En dynamique animale, le levier est l'os sur lequel le muscle s'insère; — le point d'appui se trouve à une extrémité de l'os ou ù une articulation qui devienl le centre du mouvement, le point autour duquel l'extrémité opposée du rayon représentant la résistance décrit un arc de cercle, — et la puissance est à l'insertion du nmscle ; ainsi, point d'ap[>ui, et centre de mouvement sont ici des expressions équivalentes. Quelquel'ois le levier, au lieu d'être d'une seule pièce, est constitué par une série d'os, tantôt soudés ensemble, tantôt mobiles les uns sur les autres. Dans ce dernier cas, la complication n'est qu'apparente ; il devient facile, par un examen attentif, de ramener le levier llexible aux lois du levier simple.

Un mot de chacune des variétés de leviers en [)arliculier.

Le levier du premier genre est presque toujours, à part quelques exceptions, le levier des extenseurs. Dans le membre antérieur (fig. ,"J6), le sus-épineux, les cinq muscles olécrdniens; — dans le membre postérieur (llg. 58), le grand fessier, le fascia lata, le droit antérieur de la cuisse, le triceps crural, le bifémoro-calcanéen, le plantaire grêle, le vaste externe, le demi-tendineux dans le cabrer, les libres du crotaphite qui s'insèrent au sommet de l'apophyse coronoïde chez les . animaux où cette éminence est très longue, etc., nous en donnent des exemples. Dans l'homme (lig. 57), le triceps brachial B, qui correspond aux olécràniens des animaux, agit également sur un levier du même genre; mais la puissance représentée par ce muscle y a un bras de levi<'r beaucoujt plus court que chez les quadrupèdes.

Le bras de la puissance est, dans ce levier, quelquefois assez considérable. Ainsi, pour les extenseurs de l'avant-bras, il est représenté par la distance qui existe entre le sommet de l'olécrùne et le milieu de l'articulation huméro-radiale, centre du mouvement ou point fixe du levier constitué par la réunion du radius et du cubitus ; — pour le bifémoro-calcanéen et le plantaire grêle, il est mesuré parla distance qui se trouve entre le sonunet du calcanéum et le centre de l'articulation tibio-astragalienne; — pour les ischio-tibiaux, parcelle qui sépare le milieu de la cavité cotyloïde de la partie la plus postérieure de l'ischium. Le bras de ia résistance est constamment de beaucoup plus long que le premier ; il est, par exempl(\ pour les muscles olécràniens, représenté par toute la longueur du ladius; — pour les muscles rotuliens, par celle du tibia, etc.

Ce levier a ceci de remarquable, que la direction du muscle (|ui le meut est d'autant plus perpendiculaire que le rayon à étendre se trouve préalablement plus iléchi, de telle sorte que la puissance est plus favorisée au commencement qu'à la fin de son action. Ce sera, eu partie le contraire pour le levier du troisième genre.

Le levier du troisièmegenre est, disions-nous tout à l'Iifurc, le levier des muscles lléchisseurs; on en trouve de nombreux exemples. Les lléchisseurs delà tête, le sterno-maxillaire, ledigastriquc, le masséter, leptérygoïdien interne, l'angulaire de l'omoplate, le grand dorsal, les abducteurs, radducteur du bras, le coraco- radial, rimméro-radial, le fléchisseur interne du nu'tacarpe, agissent évidemment sur cette espèce de levier. Il en est de même du moyen fessier AB (lig. 58), du long vaste CD dans les circonstances ordinaires, du tibio-prémétatarsien EF, des

psoas des lombes et iliaque, du grêle antérieur, du carré crural, des dentelés de la respiration, des intercostaux.

Le biceps bracbial de l'homme AG (fig. 57), le demi-tendineux, le demimembraneux, le biceps crural, le jambier antérieur, agissent aussi évidemment sur un levier de ce genre. ,

La puissance qui meut ces leviers a un bras très long pour le digastrique, par

Fig. 56. — Membre antérieur du cheval.

Fig. 57.

— Membre supérieur de l'homme.

exemple, pour le masséter externe, les llécliisseurs de la tête, mais beaucoup moins étendu pour les fléchisseurs de l'avant-bras et pour ceux du métacarpe. Elle est d'autant plus favorisée que le mouvement arrive plus près de sa limite, puisque alors l'insertion du nmscle est presque perpendiculaire au rayon osseux, comme on peut le voir dans la ligure suivante, 58, pour le tibio-préméfatarsien, le long vaste, le moyen fessier.

ACTION MCSCULAIRE,

Ce levier a le grand avantage de |)ermettre des mouvements fort étendus, par suite d'un raccourcissement très peu considérable du muscle. Il suffit, en t'IM, que le fléchisseur du métacarpe se contracte d'une niiniino Iraction de sa longueur, pour (pie le pied s'élève à une grande hauteur au-dessus du sol : de même il suffit d'un faible raccourcissement des iscliio-tibiaux pour que l'extrémité infé-

FiG. 58. — Membre puslérieur (lu cheval.

FiG. — 59. Membre inférieur de l'homme.

rieure du membre abdominal soit projetée très loin en arrière, ainsi qu'on le voit lors d(! la ruade. C'est donc bien là le levier de la vitesse.

11 ne faudrait pas croire (lue tous les iléchisseurs agissent sur des leviers du troisième genre ; quelques-uns d'entre eux exercent leur action sur un levier du premier genre, tel le lléchisseur oblique du métacarpe. De même quehpies extenseurs, comme celui du métacarfie, au lieu d'agir sur un levier du premier

genre, mettent en jeu un levier du troisième ; mais ces quelques exceptions n'infirment point la règle précédemment rappelée.

Le levier du deuxième genre est un peu plus rare que les autres, parce que, dit-on, il favorise la force au détriment de la vitesse. L'exemple classique de ce dernier, et c'est à peu près le seul qu'on cite, est celui du bifémoro-calcanéen agissant sur le calcanéum et le pied tout entier lors de l'appui sur le sol. Dans ce cas, en effet, le levier est formé par le tarse, le métatarse et la région digitée, — le point d'appui est au sol, — la résistance à vaincre est le poids du corps s'exerçant sur l'articulation tibio-astragalienne, — et la puissance, constituée par l'extenseur du métatarse, agit sur le sommet du calcanéum. La puissance a donc pour bras de levier toute la distance qui sépare la pointe du calcanéum de la pointe du pied ; elle est, par conséquent, extrêmement favorisée.

Chez l'homme (fig. 59), les jumeaux, le soléaire, le plantaire grêle, réunis au tendon d'Achille E, agissent sur un levier du second genre, lorsque le corps se soulève sur la pointe du pied. Ici le levier est représenté par le pied entier. L'appui est à l'extrémité des phalanges, — la puissance au sommet du calcanéum, — la résistance ou la masse du corps à soulever dans l'articulation tibio-astragalienne.

Lorsque le membre antérieur d'un quadrupède (fig. 56) pose sur le sol, les extenseurs de l'avant-bras A, B, G, agissent également sur un levier du deuxième genre et non pas sur un du premier, comme lorsque le nlembre était en l'air. Alors le point d'appui est au sol, — la puissance au sommet de l'olécrâne, — et la résistance représentée par le poids du corps se trouve à l'articulation huméroradiale qui tend à se fléchir. Ce qui arrive ici pour les extenseurs de l'avant-bras se reproduit pour le sus-épineux, les muscles rotuliens, etc., toutes les fois que le membre repose sur le sol.

En mécanique animale, les leviers offrent quelques particularités fort remarquables qu'il importe de signaler avec précision pour éclaircir certains points susceptibles de donner matière à contestation.

Premièrement, il y a des leviers qui sont d'un genre à une période de l'action d'un muscle, et d'un autre genre à une période différente de la même action. Ainsi, par exemple, lorsque le cheval s encapuchonné, c'est-à-dire lorsqu'il a la tête fortement fléchie sur l'encolure, les grands complexus, pour la relever, agissent sur un levier du troisième genre, dont le point d'appui est à l'articulation occipito-atloïdienne, la puissance en avant, à la protubérance occipitale, et la résistance dans tout le reste des parties antérieures de la tête ; mais à mesure que celle-ci s'élève et bascule sur l'atlas, l'occiput se renverse en arrière, de telle sorte qu'au moment où l'animal porte au vent, le levier devient du premier genre, puisque le point d'appui est intermédiaire à la puissance et à la résistance. C'est là ce qu'on pourrait appeler le levier successif.

Deuxièmement, il est aussi des leviers qui sont d'un genre déterminé dans certaines circonstances, et d'un autre genre dans des circonstances différentes, bien qu'ils soient toujours mis en jeu par les mêmes muscles, tels que le levier de l'avant-bras pour les muscles olécrâniens et celui du métatarse pour le bifémoro-calcanéen. En effet, lorsque le membre se trouve plus ou moins fléchi et élevé au-dessus du sol, les extenseurs de l'avant-bras agissent sur un levier du

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premier genre dont la puissance est au sommet de l'olécràne, — le point d'ap|)ui à l'articulation hunirro-radiale, — et la résistance dans la masse de l'avant-hras à ramener à sa direction verticale. Mais, lorsque le membre est à l'appui et que ces muscles extenseurs se contractent seidcinent pour la station, c'esl-à-dire dans le but d'empêcher le radius de sellécliir, ils exercent leur action sur un levier du deuxième genre : ici la résistance à vaincre est le poids du corps qui est transmis à l'articulation huméro-radiale, — l'appui est au sol — et la puissance toujours au sommet du cubitus; il y a donc eu transposition de la résistance qui est venue occuper la place du point d'appui lorsque le levier était du premier genre. J'appelierai celui-ci le levier alternatif, pour le distinguer du précédent, dont il difière en ce que : 1° le déplacement du point d'a|)pui est absolu au lieu d'être relatif; 2° en ce que le passage du levier d'un genre à un autre tient à des conditiens autres que les difterentes périodes de l'action des muscles.

Cette remarquable particularité d'un levier de changer de nature suivant les circonstances dans lesquelles les puissances musculaires le mettent en jeu, se lie à des exigences dynamiques et entraîne des avantages faciles à reconnaître. Lorsque, par exemple, les extenseurs de l'avant-bras se contractent pour ramener le rayon radio-cubital dans sa direction habituelle, ils meuvent un levier du premier genre et luttent soulenuMit contre la résistance représentée par le poids de la partie inférieure du membre soulevé; le bras de la résistance étant alors très long, la vitesse est très favorisée, tandis (pie la puissance ne l'est guère; mais, dans ce cas, la rapidité du mouvement importe plus que la grande intensité d'une force déjà inliniment supérieure à ce qu'elle a besoin d'être, pour vaincre la minime résistance qui lui est opposée. Au contraire, quand les mêmes muscles se contractent, dans la station, pour empêcher l'avant-bras de se iléchir, le levier devient du deuxième genre : la résistance se trouve plus considérable, {Puisqu'elle est représentée par la part du poids du corps que l'un des membres antérieurs doit supporter; cette résistance agit sur l'articulation, précisément au point d'appui du levier précédent, et le point d'appui lui-même se trouve au sol. Or, pour lutter contre cette nouvelle résistance, il fallait que la puissance des extenseurs fût favorisée, et elle l'est par un bras de levier qui s'étend du sommet de Vo\écràne à l'extrémité inférieure du pied : il est vrai que le bras de la résistance a pris des dimensions à peu près égales à celles du premier, mais, enlin, le bras de la puissance est ici supérieur à l'autre, au lieu d'en être le quart, le cinquième, le dixième, etc., comme dans la plupart des circonstances. Voilà donc pourquoi, lors de la station ou de ra[»pui momentané pendiuit les allures, le levier du deuxième genre, ou de la puissance, s'est substitué au lexierdu |>remier genre à bras inégaux, si favorable à la vitesse des mouvements.

Ce qui arrive ici pour les extenseurs de l'avant-bras se reproduit pour l'extenseur du métatarse, pour les muscles rotuliens, etc.

Troisièmement, enlin, il y a dans l'économie des leviers qui sont d'un genn^ pour une partie d'un muscle, et d'un genre dilférent pour une autre partie du même muscle, et cela indépendamment des conditions dans lesquelles le muscle se contracte et des périodes de son action : ce sont les leviers cot/iposés dont le crotaphite et le lléchisseur du métacarpe nous donnent des exemples Le crota-

plîite agit sur un levier du premier genre par les fibres insérées au sommet de l'apophyse coronoïde et sur un levier du troisième par celles qui se terminent en avant et en bas de cette éminence. Le fléchisseur externe du métacarpe des solipèdes agit sur un levier du premier genre par sa branche sus-carpienne et sur un levier du troisième par sa branche métacarpienne. Il ne saurait y avoir la moindre contestation à cet égard.

Quant aux assimilations que l'on pourrait faire des trois régions du rachis et de quelques parties des membres aux différents genres de leviers, je les passe sous silence, me réservant d'y revenir plus tard d'une manière spéciale : il faut se garder de tomber dans les exagérations et de faire de la mécanique inintelligible, sous prétexte de la rendre savante.

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