Y. — BRUITS DU COEUR
Les mouvements du cœur s*accompagnent de deux bruits que l'oreille, armée du stéthoscope ou appliquée simplement sur la région cardiaque, peut percevoir chez la plupart des animaux, surtout s'ils sont de grande taille. Ces deux bruits ont une grande importance, parce qu'ils permettentàl'observateur de jugerde la régularité de l'action du cœur et des troubles que cette action éprouve dans diverses maladies.
Ils sont au nombre de deux : le premier est sourd, prolongé et fort ; le second est clair, éclatant et bref.
Le premier bruit qui est systolique coïncide avec le choc du cœur sur les parois thoraciques ; il est parfaitement isochrone avec la contraction des ventricules et la pulsation artérielle. Comme il persiste sur le cœur mis à nu, il est facile de s'assurer qu'il se produit à l'instant où l'organe se durcit, se ride, se dévie à gauche, au moment du soulèvement des valvules auriculo-ventriculaires et de la dilatadon des crosses aortique et pulmonaire.
On l'entend très-bien sur les solipèdes et les ruminants, en arrière du coude gauche, surtout si le membre antérieur est un peu porté en avant, c'est à-dire au niveau du cinquième espace intercostal et de la sixième côte gauche. On le perçoit avec une égale netteté sur une étendue d'eilviron un décimètre carré correspondant au tiers inférieur de la face gauche du cœur et à l'écbancrure pulmonaire; mais son intensité diminue à mesure qu'on s'éloigne de ce centre. Elle est plus grande sur les animaux maigres, dont les parois costales sont minces, que sur les sujets gras et très-musclés. Elle augmente à mesure que la circulation devient plus active.
Le second bruit, plus clair, plus bref que le premier, lui succède après un court intervalle ou un court silence ; il coïncide avec le début de la diastole ou du relâchement des ventricules, c'est-à-dir avec le moment où les valvulves sigmoîdes des orifices aortiques et pulmonaires se ferment sous le poids de la colonne sanguine qui tend à revenir vers le cœur; il précède^ par conséquent, la systole des oreillettes. Laennec s'était trompé en le faisant coïncider avec celle-ci, dont il est séparé par le long silence qui sépare deux révolutions successives du cœur. On l'entend au niveau de tous les points de la face gauche du ccôur ; mais son maximum d'intensité correspond à la partie supérieure des ventricules, ou à l'origine de l'aorte et de l'artère pulmonaire. C'est en ce point qu'il est le plus perceptible sur le cœur dénudé.
La succession des bruits est telle, que les trois temps perceptibles et mesurables d'une révolution complète du cœur sont caractérisés de la manière suivante : le premier, par le bruit systolique et fortde^ ventricules; le second, par le bruit clair du début de la diastole^ et le troisième, par le silence qui répond au relâchement de toutes les parties du cœur et à la fin d'une révolution.
Quelle est la cause et quel est le mécanisme de ces bruits ?
BRULIS OU CCeUH. /il 5
Évidemment, si chacun d'eux coïncidait avec un seul phénomène de l'action du cœur, sa cause pourrait se déduire de la coïncidence constatée; mais il n'en est pas ainsi. D'une part, le bruit sourd répond à la fois à là, contraction des ventricules, au choc précordial, au soulèvement des valvules aurlculo-ventricuiaircs et des sigmoïdes, à la projection du sang dans les grosses artères. D'autre part, le bruit clair, bref, coïncide avec le relâchement des ventricules, l'abord du sang dans leur cavité, avec celui des oreillettes, avec l'abaissement des valvules sigmoîdes et auriculoventriculaires. Chacun d'eux tient-il à un seul ou à plusieurs de ces phénomènes?
Le premier bruit a été attribué à la contraction des ventricules, au choc de la pointe du cœur sur les parois costales, aux frottements des surfaces ventriculaires internes avec elles-mêmes, aux frottements du sang sur ces surfaces, à la collision des fluides dans les cavités des ventricules, enQn, aux vibrations des valvules auriculo-ventriculaires. Il paraît dû à deux de ces causes.
D'abord, il tient aux vibrations des valvules mitrale et triglochine soulevées et tendues par le sang lors de la systole des ventricules. Carsweli et Rouannet l'ont dit sans en donner la preuve ; les comités anglais et américains l'ont démontré il y a longtemps déjà. Ce bruit tient en même temps au choc ^u cœur sur les parois costales^ car, lorsque ce choc n'a plus lieu sur l'animal dont le thorax est fenêtre en regard du cœur, le premier bruit perd beaucoup de son intensité ; mais il ne cesse pas, comme Magendie l'avait cru. D'un autre côté, il s'affaiblit lorsqu'on Insinue entre la pointe du cœur et les parois thoraciques un coussinet capable d'amortir le choc, et on lui donne un grand retentissement capable de le rendre perceptible à distance si, comme je l'ai fait, on interpose entre le cœur et la sixième côte une règle métallique qu un disque de même nature. De ces deux causes, la vibration, le claquement des valvules auriculaires parait la principale, parce que le premier bruit est encore assez intense sur le cœur dénudé.
La force du premier bruit est exagérée dès que la circulation s'accélère et qu'elle s'accompagne de palpitations, comme dans Thypertrophie et les états inflammatoires du cœur ou de ses membranes. £lle est, au contraire, atténuée dans le cas d*épanchement péricardique qui aflaiblit le choc du cœur sur les parois costales.
Quant au second bruit, éclatant, bref, qui marque le début du relâchement des ventricules, il a été rapporté aussi à une foule de causes dont quelques-unes ne coïncident pas avec lui. Laennec l'avait attribué à la contraction des Qreillettes, à laquelle il ne répond pas, M. Bouillaud le fait dériver de l'abaissement des valvules auriculoventriculaires, Hope et Williams l'ont considéré comme le résultat des vibrations des valvules sigmoîdes de l'origine de l'aorte et de l'artère pulmonaire, et ils en ont donné la démonstration expérimentale.
Ce second bruit paraît bien, en effet, dépendre du claquement des valvules syg« moîdes, non en s'élevant pour laisser pénétrer l'ondée sanguine dans les artères, mais en s'abaissant dès que la systole ventriculaire a cessé, sous l'influence du choc en retour ou de la pression du sang que l'élasticité des parois artérielles refoule vers le cœur. Alors elles se tendent brusquement^ en fermant les orifices de l'aorte et de l'artère pulmonaire, et en se tendant instantanément, elles vibrent comme par la percussion de la colonne artérielle qui les affaisse du côté du cœur. Rouannet a reproduit ce biuit en faisant refluer brusquement de l'eau dans un tube adapté à
l'origine de l'aorte. Les comités de Londres et de Dublin, en 1834, et le comité de Philadelphie ont vu qu'il cesse lorsque, à l'aide de fils métalliques introduits dans les crosses ds l'aorte et de l'artère pulmonaire, on maintient les valvules appliquées sur les parois vasculaires, et l'expérience se répète plus ou moins bien, sans trop de difficulté, sur le cheval tué par la section du bulbe, le thorax étant fenêtre et la respiration entretenue artificiellement. Il cesse encore lorsque les contractions cardiaques sont impuissantes à lancer le sang dans les artères, lorsque la pointe du cœur est ouverte, lorsque l'aorte et l'artère pulmonaire sont blessées, ou enGn, quand on applique, comme je l'ai fait, une pince sur les crosses vasculaires, car, dans ces divers cas, les valvules sigmoîdes jouent faiblement ; elles n'éprouvent plus le choc en retour du sang dans les deux crosses artérielles.
Les deux bruits du cœur peuvent devenir, suivant les cas,, plus forts ou plus faibles, plus sourds ou plus clairs ; leur timbre peut devenir doux ou rude, prendre un éclat métallique, dans une foule de conditions anormales, dont l'élude n'est point ici à sa place.