CHAPITRE LXI
Le sang est le fluide nutritif qui, chez la plupart des animaux, se meut dans un système vasculaire spécial. Il contient les éléments nécessaires à la constitution des divers tissus et à la fabrication des produits de sécrétion. C'est la matière première avec laquelle tous ces tissus et tous ces produits sont formés. Son étude doit donc précéder l'analyse des actes de la nutrition.
Ce liquide, dont Taspect et les caractères sont très-variables, infiltre la trame organique avant de se confiner dans des lacunes où des canaux propres; il est confondu avec les produits immédiats de la digestion avant de se distinguer du chyle et de la lymphe. Pour en bien déterminer le rôle dans la nutrition et les sécrétions, nous devons en examiner ici la quantité, les propriétés physiques, la constitution et la composition chimique.
L — Quantité de sang continue dans l'organisme.
La détermination quantitative de la masse du sang n'est pas, à beaucoup près, aussi facile qu'elle le parait au premier abord. Bien qu'elle ait été tentée, d'après des procédés assez divers et par d'habiles expérimentateurs, elle n'a pas encore été réalisée avec la précision désirable.
La première méthode, et la plus simple, pour arriver à ce résultat, consistée faire |)érir l'animal par hémorrhagie, en recueillant le sang que donne la section des gros vaisseaux du cou, des membres ou de la poitrine. Mais, quoique alors le cadavre devienne exsangue en apparence, il relient, dans le système capillaire, une petiCe quantité de liquide. Ce qui, après la mort, revient au cœur et dans les gros troncs vasculaires, peut être encore recueilli et ajouté au sang versé. Lamass ainsi obtenue est comparée au poids du corps pris pendant la vie.
A Taide de ce moyen, que j'ai employé sur plusieurs centaines d'animaux, tous préalablement pesés, j'ai vu que la proportion de sang, comparée au poids du corps, varie dans des limites assez grandes suivant les animaux. Parmi les espèces
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domestiques, celai qui donne le plus de sang est le chien ; puis le cheval, le bœuf» le mouton, le porc, le lapin, le chat et les oiseaux. Ainsi, pendant que le chien donne nue quantité équivalente à 1/17 du poids du corps, le cheval en donne 1/18, le mouton 1/2^, le porc 1/26, le bœuf 1/29, le lapin 1/31, le chat 1/33, les oiseaux souvent moins d'un !iO*, d*nn 50*.
Herbst avait trouvé, par la même méthode, 1/12 de sang chez le hœuf, 1/16 chez le chien, 1/20 chez la chèvre, 1/22 chez le mouton, 1/23 chez l'âne, 1/2& chez leJapin, 1/29 chez le canard. Mais il n'a pas opéré sur un assez grand nombre de sujets pour que ses moyennes se rapprochent suffisamment de la vérité. Tout récemment, Lehmann et Weber, en pesant un supplicié avant et après la décapitation, ont obtenu exactement, par diflférence, la quantité de sang perdue par l'bémorrhagie ; elle a été de 5540 grammes pour un homme de 60 kilogr. , soit de 1/10,8 du poids du corps. Ce résultat s'éloigne beaucoup des estimations exagérées et sans bases .sérieuses admises par la plupart des physiologistes, estimations d'après lesquelles l'homme aurait de 10 à 15 kilogrammes de sang.
Un autre moyen de déterminer la masse du sang en circulation a été proposé et employé par Yalentin. Il consiste à saigner un animal et à déterminer la proportion, en centièmes, des parties solides contenues dans le sang recueilli, puis à injecter une quantité d'eau connue dans les veines, et à déterminer de nouveau la proportion de principes solides que le sang délayé contient peu après Tinjection. Alors, d'après la différence quantitative observée entre les résultats des deux opérations, on calcule la somme de sang délayé par l'eau. Ce procédé, que Millier et Duvemoy trouvent ingénieux, me parait condamné par les évaluations mêmes auxquelles il i conduit son auteur. J'ai peine à croire, en présence des résultats obtenus par la section des gros vaisseaux, que la proportion entre la quantité de sang et le poids du corps soit comme 1 est à & 1/2 dans le chien, et comme 1 est à 5 dans le mouton. Un mouton de 52 kilogrammes, donnant par une hémorrhagie mortelle 2360 grammes de sang, devrait en avoir plus de 10000 si les calculs de Yalentin étalent exacts. Or, à supposer que les tissus pâles et épuisés du ruminant aient conservé après la mort autant de sang qu'il s'en est échappé par les blessures des vaisseaux, on serait encore bien loin du chiffre obtenu par ce physiologiste. Un cheval du poids de 518 kilogrammes, et donnant 31 kilogrammes de sang, en aurait plus de 100 kilogrammes, suivant les mêmes calculs! Quoi qu'il en soit, Yalentin trouve, par son procédé, 1/6,5 de sang chez le chien, 1/5 chez le mouton, 1/6,2 chez le lapin, 1/7,7 chez le chat
Blake a cru pouvoir arriver à cette détermination en dosant le sulfate d'alumine d'une certaine quantité de sang, recueillie après l'injection d'une quantité connue de ce sel dans les veines : ce procédé lui a indiqué chez le chien une masse de sang égale au 8' ou au 9' de la masse du corps.
Welcher a cherché à résoudre le problème par une méthode chromométrique qni consiste à recueillir le sang, puis à laver les tissus des cadavres en injectant dans le système vasculaire une quantité connue d'eau. Il a évalué la quantité de sang contenue dans les eaux de lavage en déterminant la proportion de ce fluide nécessaire pour communiquer à l'eau claire la teinte du mélange résultant dn lavage. Mais ce moyen n'a été appliqué qu'à de petits animaux : il a indiqué un
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pea plas de 1 centième de sang chez la perche» près de 2 centièoies chez h tanche, 6 centièmes on environ 1/16 chez la grenouille et le lézard» 1/12 chez la soaris, 1/11 chez le sansonnet Toulefois» d'après deax expériences de fiîschoff faites sur des suppliciés, il n'a' donné pour l'homme qu'une quantité de sang égale au IS* ou au W du poids du corps» chiffre qui, d'âpre ce gu'on obsierre sur les animaux, me paraît peu éloigné de la vérité. D'ailleurs» Yierordt évalue aussi à 5 kil. 1/2 ou au 12* la masse du sang d'un homme du poids de 63 kilogrammes.
En ce qui concerne les animaux domestiques, je n'ai pas cru devoir penser \ l'application de toutes les méthodes sus-indiquées pour déterminer la quantité de sang de chacun d'eux. J'ai constamment employé la méthode directe, celle de l'extraction du sang, tantôt par la carotide et la jugulaire, tantôt par l'artère et la veine fémorales, euGn par la lésion des gros vaisseaux à l'entrée de la poitrine. Les tableaux suivants renferment les résultats que j'ai obtenus sur des sujets dans des conditions variées et spécifiées. Ils me semblent devoir offrir, en dehors de leur intérêt physiologique, quelque utilité au praticien qui veut régler convenablement les émissions sanguines dans chaque espèce, prise dans telle ou telle condition déterminée.
Les variations dans la quantité de sang sont extrêmement nombreuses. Les prin* cipaies dépendent de la classe à laquelle appartiennent les animaux, de leur âge» de leur activité physiologique et des conditions où ils peuvent être placés.
En ce qui concerne les variations dépendant des classes et des groupes secondaires, on possède peu de documents. D'après Welcher» les poissons n'ont que 1 à 2 pour 100 de sang; la grenouille, le lézard, parmi les reptiles, en auraient 5 à 6, les petits mammifères et les petits oiseaux 8. Dans mes expériences, les oiseaux en ont donné 3 à 5 pour 1 00, et les mammifères domestiques 3 à 6^ savoir : S sur le lapin et le chat, U sur le porc et le mouton, 3.sur le bœuf, 5 à 6 sur le chien et le cheval.
La masse du sang éprouve des variations quantitatives» chez un même animal, suivant diverses conditions physiologiques ou morbides. Les principales tiennent k l'alimentation et à l'abstinence, à l'obésité, etc. fiurdach a dit, mais sans preuves suflBsantes, que les animaux dont le corps est imprégné de sucs ont plus de sang que ceux dont la constitution est sèche; que les bêtes à cornes vivant d*herbes humides en ont plus que les rougeurs qui vivent d'aliments secs et boivent peu» que les amphibies en ont une quantité plus grande que les mammifères ordinaires^ ceux-ci que les oiseaux ; mais les faits ne confirment pas ces propositions.
L'absorption digestive donne lieu, évidemment, à une augmentation périodique de la masse du sang ou à une légère pléthore qui se traduit par des signes non équivoques. Le jeûne et surtout l'abstinence un peu prolongée produisent un effet inverse. La réduction a été constatée par divers observateurs et notamment par Chossat sur les pigeons; elle a paru forte à Gollard de Martigny sur les jeunes lapins; mais si la réduction absolue n'est pas douteuse, puisque le sang perd une partie de sa masse comme tous les autres éléments de l'organisme, la diminution relative est contestable. Celle-ci, que Yalentin, Heidenhain et Panum n'admettent pas, m'a paru aussi à peine sensible ou tout à fait nulle sur les animaux d'un embonpoint considérable, dans toute la période de l'abstinence. Un cheval, même
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